
ANTICODES
Eh bien, oui, aux Subsistances, le désir est au cassage des codes. C’est-à-dire à la recherche artistique, à la création, à la nouveauté… L’institution a la riche idée de présenter régulièrement des week-ends complets de spectacles, “Ça tchatche”, “Ça danse”… qui de salle en salle et sous la verrière, dans la cour, nous mènent de proposition en proposition, de danse, de cirque, de théâtre. Ce festival Anticodes est une manifestation maison, avec son foisonnement caractéristique, et, en plus, un festival itinérant. Anticodes est né l’année dernière de la collaboration de 3 structures. L’énorme Théâtre national de Chaillot de Dominique Hervieu, la grosse Scène nationale de Brest, dirigée par Jacques Blanc, et les petits, oui, les petits, en termes de moyens, nos Subsistances, codirigées par Cathy Bouvard et Guy Walter. Les 3 structures ont décidé, donc, pour la 2e fois, de s’associer pour nous présenter des spectacles en commun, avec cette ambition toujours présente de “réconcilier le grand public avec l’art contemporain”. Le Big Dance Theater, l’ensemble américain créé par Annie-B Parson et Paul Lazar, revient à Lyon, après le triomphe d’une création 2009 qui fit un carton aux États-Unis. Ils viennent montrer Femme surnaturelle, leur nouveau spectacle, de danse mais pas seulement, puisque théâtral, et mêlant les ambitions avec une musique originale signée David Lang… L’histoire : le roi Admète se fait remplacer en enfer par sa femme Alceste, qui lui fait promettre qu’en retour il n’aimera jamais plus une femme. Une tragédie inspirée d’Euripide, du classique, mais alors bien revisité. Autre habitué des lieux, le collectif Ildi ! eldi sera lui aussi présent, avec Heaven on Earth, une création avec la compagnie Witness Relocation, du metteur en scène et chorégraphe Dan Safer. Un spectacle international, ce qui explique le titre en anglais : le paradis sur Terre n’étant toujours pas une exclusivité anglo-saxonne. Mais c’est le sujet de ce spectacle, qui s’annonce assez barré. La rencontre, voire la confrontation de 2 arts, se fera après notre civilisation, enfin disparue. Et comment vivront les gens, à cette époque ? Eh bien, à peu près comme nous. Dans un autre genre, la création 2010 de la compagnie La Coma, dirigée par Michel Schweizer, se proposera de donner la jeunesse en spectacle, dans Fauves. Michel Schweizer a donc cherché, auditionné de nombreux adolescents pour trouver ses chanteurs ou ses danseurs amateurs qui, chacun, présentent une personnalité différente. Dans leurs touchantes certitudes, leurs craintes ou, au contraire, leur énorme culot, les adolescents se montrent, sur scène – telle est l’ambition de Fauves –, comme ils sont : leurs jeunes corps, leurs volontés, leurs espérances sont la matière même du spectacle voulu par le metteur en scène. Probablement un joli moment en perspective. Ensuite, des danseurs, emmenés par Séverine Rième et Alexandre Roccoli : cela s’appelle Drama per musica. Les chorégraphes ont voulu exposer, à leur façon, une œuvre de la Beat Generation, dont l’influence aujourd’hui est encore tellement vive. Ainsi Howl, le poème d’Allen Ginsberg, est-il à l’origine de ce spectacle, avec 2 danseurs, Michel Abdoul et Andros Zins-Browne, et des musiques de Sergio Cruz, qui a récolté des sons dans le théâtre lui-même. Théâtre, danse, c’est déjà bien, mais un week-end aux Subsistances ne serait pas complet sans le cirque ! 2 rien merci est une troupe de cirque forain, avec la roulotte et tout. Elle nous convie dans son minichapiteau, en fait une yourte, pour une expérience de cinéma des premiers âges, puisque les artistes ont déniché de vieilles bobines asiatiques au fond d’une malle. Moulinoscope promet d’être de ces pièces clownesques et nostalgiques, avec de belles images, un peu à la Fellini. Ensuite, la compagnie L’Immédiat de Camille Boitel propose un spectacle éponyme, L’Immédiat. L’espace est surchargé d’objets divers, chaises, bidons, buffet, brouettes… qui s’écroulent pendant que 6 acrobates cherchent à s’y frayer leur chemin. Enfin, pour finir cette évocation des spectacles de ce festival Anticodes à Lyon, les Subsistances ont voulu nous montrer une compagnie finlandaise, Circo Aereo et Race Horse Company. Un cirque que l’on classe dans les “virtuoses”, et pour cause. Petri Tuominen, Rauli Kosonen, Kalle Lehto sont des spécialistes de breakdance, de trampoline, de mât chinois, bref, ils sont acrobates et, paraît-il, possèdent une folle énergie. Bon week-end !
Du 31 mars au 3 avril aux Subsistances
Etienne Faye
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