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Fruit d’une collaboration étroite entre la Villa Gillet et le journal Le Monde, la 5e édition des Assises internationales du roman (AIR) se tiendra aux Subsistances du 23 au 29 mai. Comme chaque année, moult auteurs du monde entier seront amenés à débattre de sujets choisis, en résonance, bien sûr, avec l’évolution du roman contemporain, mais aussi avec l’actualité d’une planète qui tourne parfois à l’envers. En associant lectures et prises de parole, les Assises génèrent ainsi, face au vertige du temps et de l’espace, un moment privilégié pour penser et repenser le monde d’aujourd’hui. Entretien avec Raphaëlle Rérolle, rédactrice en chef du Monde des livres et coconceptrice des AIR.

Dites-nous comment ce rendez-vous est perçu en dehors de la région.
C’est un événement qui s’est imposé de façon très rapide dans le milieu littéraire : les Assises ne ressemblent pas à ce qui se fait ailleurs et sont devenues incontournables parce qu’elles suscitent le désir des écrivains ! Habituellement, dans nombre de manifestations littéraires, les auteurs sont invités pour parler de leur dernier livre… point à la ligne. Ici, ils le sont avec d’autres écrivains pour débattre d’un thème, certes en résonance avec leur propre livre, mais l’ambition est bien de générer des regards croisés et, in fine, une vraie réflexion approfondie sur un sujet abordé de façon transversale. Tant concernant leur travail que lorsqu’ils signent leurs ouvrages dans une fête du livre lambda, les écrivains sont dans une posture solitaire ; durant les Assises, ce n’est pas du tout le cas. C’est un vrai laboratoire de confrontation des idées.
Cette édition s’accompagne-t-elle de nouvelles orientations ? Plus encore que les autres années, nous avons décidé de croiser les disciplines. C’est dire que nous retrouverons autour des tables rondes autant de talentueux écrivains comme Maylis de Kerangal que de brillants sociologues ou philosophes tels Pierre Zaoui ou Étienne Klein, etc. Les AIR s’ouvrent justement de plus en plus aux sciences sociales.
Le roman n’est pas un monde clos. C’est certes un monde en soi, mais ouvert sur le monde en général et qui permet d’en décrypter beaucoup de choses. La 1re thématique choisie en 2007 était “Roman et réalité”, et c’est depuis resté une des lignes directrices des Assises : de quelle manière le roman est-il en prise avec le réel ? Nous permet-il de comprendre une époque ? D’où l’intérêt de croiser le regard de romanciers avec celui de philosophes et de chercheurs en sciences sociales, eux-mêmes investis, via des problématiques différentes, dans cette opération de décryptage du réel.
“Le roman est une méditation sur l’existence vue au travers de personnages imaginaires” : a priori, selon Milan Kundera, le roman n’analyse pas la réalité mais plutôt l’existence ?
Je dirais que le roman est une manière, via l’imaginaire, de donner des éclairages au réel ; une manière parfois plus juste, plus fine et plus pertinente.
Je vous cite : “Les choses que personne ne sait, il faut bien les inventer. C’est à cela, aussi, que servent les romans. À inventer des explications plausibles aux mystères qui nous enveloppent.
… Mario Vargas Llosa a écrit un très beau livre (La Fête au bouc chez Gallimard) centré sur la dictature de Trujillo en République dominicaine durant les années 1960. Et à l’instar de toutes les dictatures, celle-ci a toujours été enveloppée de mystères, et très peu d’écrits permettent de savoir ce qui s’est passé pendant cette période. Vargas Llosa l’a ainsi imaginé de façon extraordinairement juste et nous raconte finalement ce que personne n’a jamais su. Il perce ainsi un secret ; ce n’est certes pas la vérité historique, mais ça nous en donne néanmoins une idée précise. Et cela, seul le roman peut le permettre !
Sans comparaison avec le roman social emblématique du XIXe (Hugo, Zola, etc.), ne pensez-vous pas que le roman soit à nouveau aujourd’hui plus perméable à la situation socioéconomique et politique ?
Le roman français des années 1980 et 1990 – je précise, “en général” – semblait effectivement peu en phase avec le “monde extérieur”, et c’est beaucoup moins vrai aujourd’hui. Voyez Maylis de Kerangal dont je vous parlais : son roman (Naissance d’un pont, éd. Verticales) est à la fois très lyrique et littéraire, mais en même temps reste centré sur le phénomène très réel et contemporain de la mondialisation.
Vous avez justement choisi comme thème d’une table ronde “La mondialisation : vertige du temps et de l’espace”. Lorsque l’on conçoit les Assises, a-t-on forcément le souci de coller à une certaine actualité ?
Il y a en effet des tables rondes qui ont un écho particulier avec l’actualité, comme celle baptisée “Partir”, qui nous a été inspirée par la situation des Roms depuis l’été dernier. Cela nous interpelle parce que c’est vraiment une question symbolique de notre époque. Mais il y aura aussi beaucoup de sujets de réflexion qui ne sont pas d’une actualité brûlante.
Avec un thème tel que la migration, on a le sentiment que l’histoire en marche risque de vous rattraper au détour d’une table ronde…
Et c’est tant mieux.
Quel serait votre souhait à l’aube de cette 5e édition ?
Simplement que le roman continue de nous tenir en éveil !

Du 23 au 29 mai aux Subsistances

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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