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LE RIZE
ET LES HOMMES

La Rize a des abords riants qui subsistent, en plein cœur de Villeurbanne, et il fait bon, paraîtil, s’y promener. La rivière, détournée, enterrée, canalisée, n’est pourtant que l’ombre de ce qu’elle fut, au XIXe siècle. L’urbanisation rapide de la région a failli la condamner à jamais. Le Rize, salle d’exposition toute neuve, en portant ce nom, veut en garder trace, comme elle s’ingénie, jusqu’à la fin du mois, à se souvenir de la vie et de la mort d’une cité de funeste mémoire : Olivier de Serres. Il ne s’agit pas de galvauder les existences et les souvenirs, forcément contrastés, des anciens habitants de ces grands immeubles grisâtres qu’un jour il fallut détruire (à écouter, le reportage sonore Quartierlointaind’Irène Berelowitch sur www.arteradio.com). On alla même, à l’époque, jusqu’à débaptiser la rue OlivierdeSerres, mais c’est que la honte habitait là aussi. 1960, la cité est construite par la régie Simon, montée pour l’occasion par les propriétaires de la friche où furent bâtis les objets du délit. Depuis les “événements” d’Algérie, l’État promet des prêts préférentiels aux investisseurs privés, il y a un besoin urgent de logement pour les piedsnoirs qui débarquent en nombre. Au moment de délocaliser leur usine de selles de vélo, les industriels s’en frottent les mains, puis se les lavent. Ils acceptent un cahier des charges, construisent 6 barres de 8 étages, logent les gens, encaissent des loyers, augmentent les loyers, ne respectent jamais leurs engagements. 1963, les premiers habitants, échaudés par les prix, par l’ambiance délétère, dégoûtés par les ascenseurs en panne et jamais réparés, par la dégradation spectaculaire de leur immeuble où la régie Simon ne fera jamais le moindre travail d’entretien, fuient. Et ce sont les ouvriers maghrébins, trop heureux de quitter les bidonvilles et de pouvoir enfin loger leur famille entre 4 vrais murs, qui vont succéder aux piedsnoirs. Le mécanisme de ségrégation est implacable, le ghetto se forme presque instantanément. Très vite, la cité Olivier de Serres est connue pour la violence qui y règne, les bandes, les agressions, les jets d’objets divers depuis les fenêtres. La police ne s’y aventure pas. “C’est Chicago”, aimeront à dire certains de ses habitants, avec cette fierté mal placée des mauvais garçons. La bête nourrissant la bête, le phénomène de ghettoïsation continue, et en 1974, lorsqu’une école est créée dans le nouveau quartier de la Perralière, les enfants d’origine européenne migreront, et sur 410 élèves de l’école JulesFerry, 400 sont d’origine maghrébine. Petit détail croustillant, relevé par les parents d’élèves auteurs d’une pétition lisible dans l’exposition, les lits de la maternelle JulesFerry, à l’époque, sont tous enlevés pour servir aux petits de la nouvelle école ! Mais il faut dire que si la honte est toujours le sentiment le plus courant lorsqu’est évoqué, à Villeurbanne, le nom du “père de l’agronomie”, qui implanta la culture de la soie dans la région, c’est à cause du racisme écœurant que les événements (sic) de la cité Olivier de Serres mirent en lumière. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les plaintes nauséabondes de certains bons Français, conservées aux Archives et montrées devant le décor, grandeur nature, de La Valise, le film de Fouad Chergui (luimême ancien habitant). La “verrue”, le “cancer”, comme l’appelle à l’envi la presse de l’époque, c’est Charles Hernu, élu en 1977 à la mairie, qui se charge de l’éradiquer. Il fait reloger les habitants, parfois dans d’improbables villas “mauresques”, nouveau ghetto né d’une certaine idée d’urbanisme saugrenue de la gauche bienpensante, et dont l’histoire est encore édifiante puisqu’il faudra les effacer, elles aussi, en 2007. La mairie achète l’ensemble d’immeubles à la régie Simon (jamais inquiétée) et, plutôt que de le détourner, de le canaliser, l’atomise et l’enterre. Elle débaptise la rue, l’appelle Victor Basch, et, dès 1984, c’est une autre histoire qui débute. Celle de la nouvelle cité Jacques Monod, dont l’exposition du Rize, passionnante de bout en bout, évoque aussi la naissance.

Jusqu’au 30 janvier au Rize, 04 37 57 17 17, http://lerize.villeurbanne.fr

ÉtienneFaye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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