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CLAIRE RENGADE
Auteur parmi
les autres
En animant ce mois le festival Débordement d’auteurs, à Vienne, puis en participant à la Nuit des auteurs vivants, au NTH8, à Lyon, Claire Rengade, metteur en scène du Théâtre Craie, invite des comparses auteurs dont elle aime le travail. L’idée : faire découvrir au public des écritures théâtrales singulières, ensemble. C’est une œuvre de fond, sur le long terme. En amont des rencontres, lectures et concerts – voire, mais c’est top secret, des happenings dans la ville –, quelque 400 personnes ont participé à des ateliers d’écriture, dans une vingtaine de lieux de l’agglomération. Les 6 auteurs invités sont Marion Aubert, William Pellier, Marie Dilasser, Sylvain Levey, Marie Henry, Claudius Lünstedt et son traducteur, Frank Weigand. Claire Rengade est auteur parmi les autres.
Comment est né le festival Débordement d’auteurs ?
Le Théâtre de Vienne, où notre compagnie est en résidence depuis 2006, est une scène conventionnée avec l’État pour les écritures et les auteurs vivants. C’est pourquoi son directeur, Giuliano-Maria Tenisci, nous a proposé un travail autour de l’écriture. Nous organisions déjà des ateliers dans la ville. Et nous nous sommes rendu compte que le public viennois était très intéressé par la littérature. Il y avait un terreau. Or j’avais envie de dire que le théâtre contemporain n’est pas qu’un, mais qu’il y a des écritures plurielles, qui parlent de nous, de la vie. Il y a quand même un truc un peu ancien et qui perdure en France, où le texte est “naphtalisé”, ce qui crée un rapport spécial au livre. À distance. Nous avons d’abord organisé des Abords, des rencontres avec des auteurs chaque trimestre. Le prochain Abord ouvre le festival. Dans le Débordement, les comédiens, qui sont des orfèvres des textes, vont chacun parrainer un des 6 auteurs et mettre en place des lectures et des petites formes. Tous les auteurs seront aussi traduits en musique par le compositeur Radoslaw Klukowski et joués par des musiciens. En tant que metteur en scène, j’ai une envie de lire des textes pour les monter, et aussi, comme auteur, envie de vivre quelque chose avec d’autres.
Pour ne pas rester seuls ?
Les auteurs sont souvent isolés. Ils ont besoin d’être entourés. À un moment du travail de création, d’ailleurs, l’auteur est mis à la porte du théâtre. J’avais envie moi aussi de partager ce plaisir-là, de parler d’écriture ou d’autre chose dans une espèce de conservatoire ambulant. Alors j’ai choisi des gens que j’aime. Soit parce que je les connais depuis longtemps, comme William Pellier, soit que j’ai croisés plus récemment, comme Marie Dilasser, dont j’avais lu et aimé des textes, mais que j’ai mis 4 ans à rencontrer… Il y a une histoire avec chacun, une espèce d’intériorité commune quand on se rencontre, et, en même temps, personne n’est dupe. Quand tu écris, tu sais très bien dans quel état peut se trouver l’autre. Dans quelle fragilité.
Qu’est-ce qu’être auteur ?
Il y a quelque chose d’un peu ampoulé quand on parle d’“auteur”… Un auteur, c’est un écrivant, c’est ce que je vis, en fait. Dire “Je suis auteur”, ça ne se fait pas. C’est une transgression, comme écrire. Moi, je n’ai pas réussi à me dire auteur avant que quelqu’un ne me dise “Tu es un auteur”, qu’on ne me conseille d’envoyer un texte. J’ai une formation d’orthophoniste et de comédienne. Puis j’ai commencé à écrire parce que je mettais en scène, dans le travail avec les acteurs. C’est un travail de la disparition. Cela s’est fait comme un glissement. Mais je n’ai jamais quitté le plateau et les comédiens, je ne peux être qu’écrivant.
Qu’est-ce qu’écrire, pour vous ?
L’écriture, c’est une sorte de fièvre. C’est mon TOC. Parfois, j’écris pour écrire. J’ai toujours un carnet sur moi. Je suis quelqu’un d’assez poreux et j’ai besoin de dépenser beaucoup de mots pour que ça devienne quelque chose. Au début, j’écrivais 10 pages pour 1, maintenant c’est plutôt 50… Au début, aussi, je n’imaginais pas être publiée. Je n’étais pas sur la trace, collectionneuse des choses. Je ne voulais pas que l’écriture se fige. Puis j’ai fait 2 rencontres, celle d’Yves Olry, des éditions Color Gang, à Givors, et celle de Sabine Chevallier, des éditions Espaces 34, à Montpellier… Avec eux, j’ai découvert une autre mise en scène du texte sur la page. Et je me suis amusée à écrire des didascalies, qui deviennent comme un minitexte, latéral. J’ai compris que la page est une scène. Le livre n’est pas une œuvre finie. Tout peut exister à partir du moment où il y a des collaborations entre les gens.
Du 18 au 21 mai au Théâtre de Vienne, 04 74 85 00 05 Le samedi 22 mai au NTH8, 04 78 78 33 30
Florence Roux
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