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SANDRINE LANNO
Jouer à la vie,
à la mort
Profonde et pétillante. Telles sont à la fois la Golden Vanity de Britten et la mise en scène concoctée par Sandrine Lanno, dans une coproduction Opéra de Lyon et Théâtre de la Croix-Rousse, à l’affiche de ce dernier du 3 au 7 février. Cette création relevait d’un double défi, car il fallait la rendre accessible à tout public en ne faisant jouer et chanter que des enfants, des garçons en l’occur-rence, puisque cet opéra avait été créé pour le Wiener Sängerknaben en 1966. Sandrine Lanno, qui avait assisté François Girard à la mise en scène du Vol de Lindbergh et des Sept Péchés capitaux de Weill et Brecht à l’Opéra de Lyon en 2006, réalise ici une de ses grandes ambitions, faire jouer et chanter des enfants. Et ce, grâce aux jeunes talents de la maîtrise de l’Opéra de Lyon.
Comment avez-vous procédé pour mettre en scène ce vaudeville de Britten avec cette double contrainte, faire jouer des enfants et jouer pour être aussi compris par les enfants ?
Tout d’abord, pour revenir sur la notion de vaudeville, c’en est un, effectivement, mais pas au sens où on l’entend maintenant. Le livret est assez noir et sombre. Et puis le thème de l’enfance est omniprésent dans l’œuvre de Britten ; dans l’enregistrement que je possède de Golden Vanity, Britten est lui-même au piano avec une maîtrise, donc il joue avec des enfants. Les enfants sont certes joyeux, mais aussi féroces… C’est donc un vaudeville, mais pas au sens des pièces de Labiche, par exemple. Ensuite, pour revenir à votre question de fond, il y a toujours eu des textes qui m’intéressaient à mettre en scène au théâtre, mais trouver et faire jouer des enfants est très contraignant. Lorsque j’ai vu le spectacle Celui qui dit oui, celui qui dit non (Kurt Weill) mis en scène par Richard Brunel pour l’Opéra de Lyon, j’ai pensé que travailler avec les enfants de la maîtrise de l’Opéra était la solution idéale, qui me permettrait de faire enfin ce dont j’avais envie : un spectacle tout public avec des enfants. Au départ, je n’étais pas fixée sur un opéra, mais je voulais travailler avec une forme pure, juste un piano et des voix d’enfant. C’est alors que j’ai découvert la Golden Vanity, de Britten, qui correspondait en tout point.
Comment est née votre collaboration avec l’Opéra de Lyon ?
Très simplement. J’ai contacté le directeur en lui expliquant que j’avais très envie de travailler avec la maîtrise de l’Opéra, puis j’ai proposé Britten. Cela a été très rapide.
Vous mettez également en scène, dans le même spectacle, un extrait du Marin perdu en mer de Joël Jouanneau. Quel est le fil rouge de ce spectacle ?
Avec Joël Jouanneau, je dois d’abord dire que nous avons une sorte de collaboration artistique sur toutes nos mises en scène. Or, il y avait 2 textes de Joël que j’aimais, dont Le Marin perdu en mer, une pièce que je pensais pouvoir adapter aux enfants. Ce qui est amusant, c’est que Joël Jouanneau était lui-même en train de l’adapter pour en faire un spectacle “jeune public”. Contrairement au livret de Britten, qui raconte l’histoire d’un petit matelot qui troue le bateau, tombe à l’eau, puis que l’on repêche mort, Le Marin perdu démarre par l’histoire d’un enfant qui est à l’eau, crie “Ohé, du bateau !”, qu’un équipage repêche et qui va s’en sortir. J’ai donc fait le pendant, et suis partie du monde de l’enfance en prenant référence sur le film de Claire Simon Récréations. Avec tous ces éléments et mon équipe, nous avons décidé une mise en scène sur la base du thème de la cour de récréation, et donc du matériau fourni par les enfants de la maîtrise de l’Opéra, qui ont entre 10 et 15 ans. De petits scénarios se créent entre eux, et progressivement les enfants montent le décor, affalé sur scène, pour jouer des rôles de “grands”, d’enfants de guerre… Les enfants vont s’y reconnaître, et les adultes reconnaître leurs enfants.
Qu’en retirez-vous en termes de direction d’acteurs ?
Ce sont de vrais moments de bonheur, probablement liés à cette maîtrise dont la qualité de travail est exceptionnelle ; ce sont des enfants très généreux. Et puis, ils s’amusent tout en jouant comme si c’était la première fois. Ils jouent “à la vie, à la mort”. Il y a plein d’acteurs qui aimeraient avoir cette fraîcheur de jeu ! C’est d’ailleurs ce qu’ils recherchent durant toute leur vie. Cela m’apporte énormément en théâtre.
Avez-vous d’autres projets qui intègrent la musique ?
Oui. Dans le cadre d’un festival à Paris, À court de forme, en 2009, j’ai travaillé avec Mélanie Menu (chant) sur la manière dont on met en regard la parole poétique, la parole dite et le chant, notamment sur des chansons de Joséphine Baker, du jazz noir américain… L’idée aujourd’hui est de le développer et de travailler en même temps sur des images de publicités datant de l’empire colonial, qui évoquent la négritude. J’envisage aussi d’introduire de la musique dans ce spectacle, chanté a cappella jusqu’à présent.
Plus proche dans l’agenda, vous mettez en scène aux Subsistances Question : où nagent les grands-mères ?, de Paola Comis, du 25 au 28 mars.
Paola Comis a travaillé à partir d’enquêtes auprès de gens qui ont migré et d’autres qui sont toujours restés sur place. Beaucoup de témoignages ainsi récoltés sont distillés au fil du spectacle, et là aussi le son est important, car certaines parties ne sont constituées que d’image et de sons. La question à l’origine du spectacle est “Quelle est ma place, ici, aujourd’hui ?”, c’est une recherche sur l’identité…
Au théâtre de la Croix-Rousse du 3 au 7 février Aux Subsistances du 25 au 28 mars
Caroline Faesch
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