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DES BALADES D'ÉTÉ

Envie d’un voyage, d’un cheminement, d’une balade. D’une promenade joyeuse, qu’un soleil tant espéré baigne enfin, dans les rues de Lyon rendues à la poussière, ou d’un moment de gravité, très agréable aussi, de culture, d’envie, d’humanité. La Maison d’Izieu est de ces lieux qui incitent au recueillement. L’endroit, pourtant, mémorial des enfants martyrs d’Izieu, retentit encore de bruits de cour d’école, de brouhahas de classe ou de réfectoire. Ces enfants, si vifs, le mariolle, sur les photos, ou la jeune fille au regard ingénu, assassinés par les nazis, habitent ici, souriants, courageux, solidaires, pour toujours. C’est donc en cette montagne superbe et émouvante que sera projeté le film consacré à Friedel Bohny-Reiter, Journal de Rivesaltes 1941-1942, de Jacqueline Veuve, jusqu’au 24 octobre. Friedel Bohny-Reiter était, en 1941 et 1942, avant l’invasion de ce qu’on appelait alors la “zone libre”, infirmière du Secours suisse aux enfants, volontaire au camp de Rivesaltes. Elle y a tenu un journal, dessiné les enfants du camp. Elle y a croisé nombre d’enfants qu’elle a pu sauver du transfèrement vers Auschwitz, aidée en cela par celui qui allait devenir son mari, August Bohny. À Izieu, lieu de la tragédie ultime, c’est, avec ce film, l’évocation d’une notion de combat, du refus des fatalités, de résistance.

C’est également la vocation, comme son nom l’indique, du Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, dans les lieux mêmes où furent torturés tant de femmes et d’hommes, pendant le règne de la Gestapo. Y seront exposées, à partir du 17 juin et jusqu’à la veille de Noël, des photographies de Bruno Amsellem, “Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l’Europe”. La magnifique vocation du centre de la rue Berthelot est bien d’être présent au monde, aussi vif qu’intransigeant, résistant à la marche des totalitarismes contre les êtres humains. Il y a aujourd’hui des bidonvilles en France, il faut le rappeler, puisqu’on a l’air d’oublier. Il y en a dans la proche périphérie de Lyon, à Lyon. Ce sont des Roms qui les peuplent, des Roms de Roumanie, et leurs conditions de vie, en France, ne sont pas dignes. Le photographe a entrepris de suivre 2 familles tsiganes, leur retour au pays, avec la journaliste Sophie Landrin. Déjà dans le plus grand dénuement, installées au milieu de nos ordures, les familles sont expulsées de leurs habitations de fortune, à Vénissieux, et, quand elles ont accepté l’aide au retour, une prime de 147 euros par adulte et de 47 euros par enfant, elles sont déportées vers un autre camp, encore plus pauvre, à Tinca, Roumanie. Il y a Tarzan Covaci, sa femme Crijma, enceinte, et leur petite fille rieuse, ils ne peuvent couper avec leurs racines, ils oscillent, tel un pendule, entre les 2 pays, traversent l’Europe, chaque année, plusieurs fois. Expulsés à leur tour, ils se retrouvent en Roumanie, où ils ne mangent pas tous les jours, où le rejet est plus violent encore qu’en France. Ils reviennent un peu plus tard s’installer dans la région parisienne. Il est bien sûr impossible de penser à toutes ces vies tous les jours, disons qu’on a aussi la nôtre, qu’elle nous prend du temps, qu’elle ne nous laisse pas souvent si serein qu’on pourrait se préoccuper, au jour le jour, du sort de nos semblables. Il est vrai que malgré nos empires qui s’étendent, s’épanouissent, nous n’avons guère le sentiment d’en profiter nous-mêmes, et il y a bien des raisons à cela. Nos empires, clinquants, construits sur la misère des hommes.

Et sur du sable. Philippe Chancel est allé à Dubaï, où il a photographié la grande fantasmagorie urbaine et les gentils esclaves qui la fondent. Son exposition, intitulée “White Spirit”, durera jus-qu’au 3 juillet à la galerie Le Bleu du ciel, à Lyon. L’impression de majesté qu’inspirent certaines tours, comme la plus haute du monde, Burj Dubaï, fierté de Dubaï, le toc plastique des imitations d’Occident, l’absence presque totale de ressources en dehors de la spéculation foncière et financière de ce petit émirat en font un symbole tout à fait ahurissant de notre richesse, ou du moins de celle qu’on peut voir à la télé – parce qu’on la palpe peu. Dubaï, c’est le Disneyland du grand capitalisme, mais rien à voir, par exemple, avec New York. La métropole américaine est un peu la capitale du monde, peut-on entendre, et même, selon Paul Auster lui-même, la capitale de l’Europe. Ce fut aussi le lieu d’un grand drame télévisé, quand s’effondrèrent les 2 tours construites en l’honneur du commerce mondial.
Serge Clément est allé photographier en noir et blanc cette mégalopole, déjà si souvent mise en image qu’il est difficile d’y trouver, a priori, son style, ce que fait pourtant très bien l’artiste. Il s’agit de reflets de New York, à travers les vitres, avec des effets de miroir sur les vitrines, les façades de verre. C’est un peu comme une ville qui se mire, dans laquelle circulent des fantômes d’humains qui se confondent avec la matière de la ville, les vieux tissus brûlés dans les caves et qui resurgissent, un tas de bois tel un amas d’entrailles quand Serge Clément se photographie. La ville semble comme brouillée, parfois, ou habillée. SoHo, Alphabet City, Lower East Side, Chinatown, Greenwich Village… Les humains sont des ombres et des idées. Ici une main, là une paire de pieds, une forme humaine aperçue au loin, recadrée par un reflet. “N à Y from END to WHY” est une très belle exposition, d’images à la fois lisibles et, par le jeu des reflets, des matières, énigmatiques, et sera visible à la galerie Le Réverbère 2, à Lyon, jusqu’au 24 juillet. À noter que Serge Clément expose en même temps sa série “Courants, contre-courants” à l’espace Malraux de Chambéry jusqu’au 18 juillet (et tout le mois de juillet à Shanghai pendant l’Exposition universelle). Et c’est d’ailleurs dans cette série que l’artiste a photographié un graphe, à la craie, qui dit : “The revolution will not be televised.” CQFD bien sûr. Tiens, pour finir, une petite balade à l’espace Arts plastiques de la Maison du peuple de Vénissieux. Nicolas Delprat y présente jusqu’au 3 juillet une série inspirée du film 2001, l’odys-sée de l’espace, de Stanley Kubrick. De grandes toiles comme autant d’arrêts sur image de cette œuvre si étrange, où le spectateur doit voyager, et se perdre, dans les crépuscules sombres et colorés, dans les phrases lumineuses, en anglais. Bref, oui, de quoi décoller de sa télé.

Friedel Bohny-Reiter, jusqu’au 24 octobre à la Maison d’Izieu (01).

“Voyages pendulaires”, du 17 juin au 24 décembre au Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, à Lyon (69). “White Spirit”, jusqu’au 3 juillet à la galerie Le Bleu du ciel, à Lyon (69). “N à Y from END to WHY”, jusqu’au 24 juillet à la galerie Le Réverbère 2, à Lyon (69). “Courants, contre-courants”, jusqu’au 18 juillet à l’espace Malraux de Chambéry (73). “The Dawn of Man”, jusqu’au 3 juillet à la Maison du peuple de Vénissieux (69).

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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