SENS INTERDITS
Voilà, c’est fini. L’été a fait ses malles, les vacanciers aux prunelles encore ensoleillées s’angoissent à l’idée du long hiver qui s’annonce, et l’automne, s’il n’est indien comme on l’espère, est aussi morne qu’un mois sans théâtre. Car septembre marque le début d’une année scolaire, le lancement des saisons théâtrales, mais n’offre, généralement, que peu de possibilités de sorties. Que nenni, cette année, le Théâtre des Célestins nous offre la 1re édition du festival international Sens interdits. Du 17 au 26 septembre, de nombreux spectacles seront proposés à notre curiosité, dans des salles lyonnaises et de la région : aux Célestins, bien sûr, mais aussi à la Comédie de Saint-Étienne, à Vénissieux, aux Ateliers ou au Point du Jour… Une programmation aussi hétéroclite que passionnante, entre tragédie et comédie, en passant par un “théâtre documentaire”, des compagnies turques, afghanes, croates ou russes… qui auront l’occasion de se montrer souvent pour la 1re fois en France. Le thème de cette année, prodigieusement vaste, se décline en 3 mots qui pourraient bien planer sur toutes les prochaines éditions du festival : “Mémoires, identités, résistances”.
Des questions à Patrick Penot, programmateur.
Sens interdits est un festival international, c’est-à-dire que vous avez voulu que soient programmées de nombreuses troupes étrangères. Pouvez-vous en évoquer quelques-unes ?
Par exemple, nous allons accueillir 2 metteurs en scène turcs. La Turquie est le repoussoir favori quand on parle d’Europe, alors qu’elle fait sans nul doute partie de notre histoire. Genco Erkal montre 2 sociétés, l’une très tournée vers l’Europe, cultivée, curieuse… et l’autre fermée dans les mosquées. Il raconte un Oradour organisé par des islamistes, et c’est tout de même un spectacle qui tourne aussi en Turquie ! Dans un autre genre, la compagnie Ashura de Mustafa et Övül Avkiran fait revivre sur scène une quinzaine de populations et de langues en voie de disparition en Turquie. C’est une dénonciation en musique. Dans Transfer !, le Polonais Jan Klata met quant à lui en regard les petites histoires du quotidien avec la grande histoire. Il y aura aussi des Russes, pays, on le sait, de belle tradition théâtrale, avec Opus 7, pour la 1re fois en France. Dmitry Krymov propose un questionnement de la mémoire et du peuple juif en Russie dans un spectacle époustouflant, plastique et musical qui marquera les esprits.
Beaucoup d’artistes européens, comme c’était une ambition, mais aussi une troupe afghane…
Oui, l’Europe, nous avons tellement de mal à joindre les 2 bouts du continent. Mais le Théâtre Aftaab, aidé par le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, a monté un Tartuffe au pays des talibans ! En Afghanistan, comme vous le savez sûrement, les artistes sont en grand danger. Une des actrices qui viendra salle Célestine, et en tournée dans la région, son mari a été égorgé parce qu’elle est comédienne. Mais les artistes afghans nous raconteront aussi, dans Ce jour-là, leur journée du 11 septembre 2001. Ces artistes qui nous viennent des 4 coins du monde et d’Europe, de Pologne, de Croatie… vivent une réalité que nous ne pouvons appréhender autrement qu’en leur laissant la parole, ou la scène.
Du 17 au 26 septembre, au Théâtre des Célestins et dans toute la région, 04 72 77 40 00
Étienne Faye
|