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LIA RODRIGUES

“Je continue, parce que je suis toujours en chantier moi-même. Je pense que faire de l’art au Brésil aujourd’hui, c’est être continuellement en chantier – ça ne finit jamais”, affirmait, il y a quelques mois, Lia Rodrigues, lors d’un entretien avec Gilles Amalvi pour le Festival d’automne à Paris. L’image est forte et n’a certainement jamais été aussi vraie. La chorégraphe brésilienne, à la personnalité bien trempée et au militantisme fervent, s’est installée au cœur de la favela de Maré – une zone de non-lieu en plein cœur de Rio de Janeiro – avec le projet de bâtir un centre culturel (dédié à la fois à la création, à la formation et à la diffusion des arts) actuellement en rénovation. En chantier, donc ! C’est aussi par des Chantiers poétiques qu’elle a démarré un long travail de réflexion pour mettre en place sa nouvelle création, Pororoca. Il s’agissait à ce moment-là de tenter de rendre visible l’ensemble des actions qui donnent naissance à une œuvre et d’en dessiner de vagues contours. Pororoca est l’aboutissement de toutes ces phases de travail intermédiaires. “Après le Chantier, l’un des principes de travail a été de reprendre cette matière et de chercher à la fois à l’exploser et à l’explorer davantage, pour mettre plus de choses en relation. Une autre idée importante était de construire une partition pour chaque danseur, ainsi qu’une partition pour les moments de groupe – partitions qui pourront ensuite se croiser ou s’échanger.” L’écriture du spectacle est issue de lectures communes et des nombreuses improvisations réalisées autour de la notion de groupe, des répercussions de l’acte individuel au sein du collectif. Quels sont les éléments qui unissent et séparent les uns des autres ? Comment, au cœur des difficultés de vie, mettre en mouvement ce en quoi l’on croit, tenter de résoudre une partie de ces problèmes ? Dans cette pièce, Lia Rodrigues affirme sa démarche qui porte sur les rapports entre les êtres humains, en particulier les situations de conflits, qu’elle étudie à partir du corps et du mouvement. On peut imaginer que le nom même du spectacle n’est pas anodin. La pororoca, phénomène naturel spectaculaire, est une immense vague (déferlant sur une dizaine de kilomètres et parfois d’une hauteur de 4 mètres) qui naît de la puissante rencontre des eaux de l’océan Atlantique avec celles du grand fleuve Amazone. Quelque chose qui est à la fois destructeur et régénérateur. À l’image, peut-être, du travail de Lia Rodrigues, qui peut être intense, voire violent. À l’image de son implication dans la favela de Maré, la rencontre d’un autre Brésil, cette envie aussi, peut-être, de montrer un autre regard sur la favela, mais encore la volonté d’amener un autre regard sur l’art… “Ce n’est pas à l’art de faire un travail social, ce n’est pas son rôle. Mais la pièce parlera de la manière dont se construit une communauté : comment chacun y trouve sa place, avec ses similitudes, ses différences, les uns vers les autres, les uns avec les autres.” Ce sont donc 11 danseurs qui vont explorer les variations inspirées par la confrontation du singulier et du pluriel. Ces situations de rencontre, de fuite, de solitude ou de folie, ces moments de suspension, d’utopie, délivrent une vision tournée vers l’avenir. On le sait, le travail de la chorégraphe brésilienne est aride et entier, il bouscule les idées préconçues et interpelle. Cette plasticienne des corps crée des images fortes d’une beauté étrange, farouche même. Lia Rodrigues est une artiste qui cherche toujours à se mettre en danger, à expérimenter, repousser la danse dans des retranchements toujours plus lointains, sortir du cadre. Pororoca devrait être de cette essence-là, sans réel début ni fin, tout à la fois débridé, violent et fort, à l’image même du Brésil, pays des extrêmes et des contrastes.

Les 1er et 2 décembre au Toboggan, 04 72 93 30 00

Anne Huguet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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