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REDBONG
LE RAP
QUI DÉCAPE

Spécialiste des pamphlets corrosifs, le groupe stéphanois nous dévoile aujourd’hui un 3e album affreusement jouissif, intitulé Divisés (pour mieux régner). Un condensé d’auto-dérision et une satire, parfois féroce, notamment en ce qui concerne les dérives du tout médiatique de la société française. Entretien avec Sébastien Pilato alias MC Crayon.

Ainsi avez-vous détourné le “Diviser pour mieux régner”…
Cet album s’articule autour d’un scénario précis, écrit à l’avance, et cette phrase (et du coup son détournement : le divisés en lieu et place du diviser) prend tout son sens à la fin de l’histoire… que je ne vais pas vous raconter en début d’interview !
Vous vous présentez une fois de plus en loosers tels les Poulidor du hip-hop… Est-ce à dire que l’autodérision est toujours une alliée de 1er choix sur la route du Tour de France ?
Bien sûr, et je crois que les traditionnels “premiers” ont beaucoup moins d’intérêt à nos yeux que les “loosers magnifiques” à la Poupou… Et puis, il faut bien se l’avouer, 11 ans de carrière dans la musique en général et dans le rap français en particulier, quand tu es un petit groupe de province, ça enseigne l’humilité.
Votre scénario est celui d’un film noir. Signe des temps ?
noir car cet album, tel un hommage appuyé au cinoche que l’on défend, c’est avant tout une histoire qui finit dans les tréfonds. Ça ne veut pas forcément dire que l’on se morfond dans la déprime, mais une histoire digne de ce nom est bien souvent une histoire qui finit mal ; les émotions étant, à mon sens, exacerbées. Peux-tu imaginer une seule seconde, par exemple, un happy end à Requiem for a Dream [ndlr : film très noir réalisé par Darren Aronofsky, sorti en France en 2001] ?
Les titres de cet album évoquent autant de tranches de vie : peut-on y voir quelques envolées autobiographiques ?
Il m’arrive effectivement assez souvent de poignarder des mecs à qui je dois de l’argent pour de la drogue, mais je n’aime pas trop que ça se sache (…) et ne serait-ce parce que ma mère lit nos interviews ! Plus sérieusement, nous sommes partis de personnages volontairement proches de nous, pour que la frontière entre fiction et réel soit on ne peut plus floue. Ensuite, à chacun de se faire son idée.
Comme Renaud en son temps avec Hexagone, vous nous avez enfanté un sacré condensé de France avec Contre
Flatté de la comparaison avec Hexagone ! L’idée est venue d’un constat assez triste : compte tenu des dernières présidentielles, de l’ambiance générale dans le monde du travail, des affres de la télé-réa-lité… disons que l’on se sent parfois un peu seuls. D’où l’idée du refrain “Ils sont contre moi” ; et ça correspond bien au caractère paranoïaque des 2 personnages principaux de cette aventure.
Le hip-hop a envahi tous les secteurs de la culture en France (danse, art contemporain, groupes, radios, etc.) avec plus ou moins de bonheur : comment appréciez-vous le phénomène ?
Il y a effectivement du bon et du moins bon… Disons que la culture hip-hop est aujourd’hui orientée vers “les jeunes”, alors forcément ça devient aussi une grosse machine à faire de la thune… Les graffeurs et les danseurs s’en sortent finalement le mieux, focalisés qu’ils sont sur leur art et plus imperméables aux sirènes du consumérisme. À l’inverse, combien de dejays ou de MC ne s’intéressent qu’au bizness alors qu’ils pourraient parler un peu de musique ?
Vous animez des ateliers quant à la pratique du rap et de la poésie ; quel message avez-vous envie de transmettre à la jeunesse ?
1. Que faire de la musique doit être un plaisir plutôt qu’une échappatoire ou un éventuel moyen d’engranger de la caillasse… sinon ça biaise complètement le processus de création. Et 2. de cultiver sa propre identité artistique, parce que c’est quand même la base.
Votre zapping radio (in Flash Infos) évoque la dérive totalement people de l’information dans ce pays : c’est grave, docteur ?
C’est grave, parce que ça fait vendre du papier, et donc couper des arbres, et cela rend dingue Nicolas Hulot… Sinon, quand je vois notre petit Napoléon dans les pages people, j’en viens à regretter Jacquot… Et ça, oui, c’est très grave.
Musicalement et intellectuellement parlant, il semblerait que le groupe s’aventure de plus en plus vers le côté dark de la force ?
C’est vrai que les Rebelles commencent à nous fatiguer, alors que l’Empire nous attire de plus en plus… C’est quand même le seul côté de la Force où tu as le droit d’être en colère. C’est même conseillé, me disait encore mon maître sith ce matin à l’entraînement.
Les groupes de rap qui, à vos oreilles, sortent actuellement de l’ordinaire ?
Toujours les Svinkels pour le délire, Booba pour les phrases de fou, Orelsan, que je trouve de plus en plus sympa avec tout ce qui lui est arrivé, Oxmo pour la poésie, nos potes de Karlit & Kabok parce qu’ils sont vraiment crétins, et puis bien sûr nos compères stéphanois parce qu’ils sont les meilleurs : Piloophaz, Warwick, Requiem, Souljah’z, Rumstick, Mash, 12Mé & Raph, KNX Crew. On ne va quand même pas s’excuser d’avoir la meilleure scène rap de l’Hexagone ! Et là, je vais me faire plein d’amis…
Le mot de la fin ?
J’invite les camarades végétariens à venir voir notre clip sur le Net, avec tout plein de zombies et de barbaque dedans…

Redbong en concert le 20 novembre au Fil (04 77 34 46 40) et le 12 décembre au Marché-Gare (04 72 40 97 13). Nouvel album : Divisés (pour mieux régner) [Yes High Tech / Yotanka / Discograph] dans les bacs depuis le 19 octobre.

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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