ASSISES
INTERNATIONALES
DU ROMAN
De l’AIR dans la ville
Rencontre Avec Guy Walter
Cette 3e édition confirme par sa programmation votre volonté d’ouvrir les Assises internationales du roman sur le monde. Comment avez-vous articulé cette programmation ?
Oui, la relation du roman au monde reste au centre de nos préoccupations, la relation du roman au réel. La littérature invente des langages nouveaux pour répondre à la complexité de la vie, pour la célébrer aussi comme une richesse partageable, un bien inaliénable. Traduire le monde, c’est en quelque sorte l’éman-ciper. Lorsque nous avons décidé, avec l’équipe du Monde des livres, d’intituler cette 3e édition “Le roman : hors frontières”, c’est à cela que nous pensions, à cette liberté émancipatrice des formes. Le roman migre d’une culture à une autre, d’une langue à une autre, passe les frontières mais aussi les redessine, les redistribue, parfois les efface. Le roman transgresse les genres, les hybride. Dans ce titre que nous avons choisi, il faut être attentif au deux-points. Le roman ne se laisse pas enfermer. Comme les individus, il s’in-vente et s’échappe. La relation au monde passe par des effets de décadrage et de hors champ. Les thèmes que nous avons choisis – ils sont trop nombreux pour que je les cite tous – ont aussi une qualité transitive. Ils nous ouvrent à la réalité, à sa diversité. Quelle psychologie aujourd’hui pour le roman ? Quelle écriture pour la violence ? La mémoire en héritage… Le roman a une puissance d’irruption dans la réalité. Il ne fait pas que la décrire. Il la fait parfois exploser. Il l’oblige à se redéfinir. Il traque l’illusion, le mensonge. Le roman a une lucidité salutaire.
Installer la littérature et les auteurs au cœur du débat, c’est le leitmotiv des Assises ?
Installer la littérature et les auteurs au cœur du débat, sans aucun doute. Nous l’avons souvent dit, les Assises ont le souci de nous faire entrer dans l’expérience de l’écriture et de la lecture. Il ne s’agit pas de célébrer les auteurs, mais de considérer leurs livres comme des œuvres vives, comme des actes de pensée. Il s’agit de participer ensemble à cette expérience. Pour y parvenir, nous avons opté pour des contraintes d’organisation qui s’avèrent fécondes. Les romanciers proposent pour chaque table ronde des contributions inédites qu’ils prononcent dans leur langue et qui nous parviennent assez longtemps avant le début des Assises. Ils viennent donc tous en ayant une connaissance de ce que les autres vont dire, car tous les textes ont été traduits et réadressés aux participants de la table ronde. Nous nous donnons donc les conditions d’un vrai débat. Les romanciers nous le disent souvent. Ils ont enfin le sentiment de se rencontrer.
Il y a de belles nouveautés cette année : la musique, la découverte d’un texte de Marguerite Duras, “Les fous du soir”…
La musique, c’est vrai, avec le récital Alain Planès et Pascal Quignard, le grand entretien avec Alfred Brendel. Montrer comment le roman et la musique dialoguent, comment la littérature nourrit la sensibilité d’un interprète ou d’un psychanalyste, avec l’invitation du très brillant psychanalyste britannique Adam Phillips, cela nous importe, cette puissance de propagation du roman. “Les fous du soir”, pourquoi se coucher ? La littérature nous éveille, non ? J’attire votre attention sur une autre initiative, “La ‘veille’ : le temps des guetteurs”. Commencer les Assises la veille du jour où l’on commence. Ce paradoxe temporel résonne assez bien avec ce que l’écriture peut avoir de rebelle. Et puis nous rappeler à cette vigilance qui est une qualité humaine si fondamentale, celle qui nous empêche de faiblir, de transiger. Claude Lanzmann est un témoin précieux de notre temps, un écrivain exigeant et rare. Le Lièvre de Patagonie est un livre précieux. Oui, le roman veille. La littérature est aux aguets. C’est le sens profond de ces Assises.
L’action se passe aux Subsistances, avec quelques autres moments éclatés dans la ville (bibliothèques, musées, librairies), du 25 au 31 mai. 04 78 39 10 02, www.villagillet.net
Bruno Pin
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