Ghinzu
Héritiers jusqu’au bout d’un certain esprit rock et francs-tireurs assumés, les Belges de Ghinzu continuent à n’en faire qu’à leur tête. Après avoir attendu 4 ans pour donner un successeur à Electronic Jacuzzi, ils viennent de nous refaire le coup puisqu’il leur aura fallu 5 ans de gestation pour enfanter enfin un 3e album, Mirror Mirror (Barclay). “Il fallait qu’on digère un peu la grosse tournée de . Qu’on reprenne conscience. Ça nous a pris en gros 8 mois avant de revenir à la musique et à la composition”, avoue un John Stargasm très en verve. “Les maisons de disques nous pressaient pour sortir un nouvel album. On n’était pas convaincus. L’objectif étant de faire un album un peu différent dont on serait satisfaits. Et, pour faire quelque chose de réellement différent, il fallait se sentir différent… Ça prend du temps.” Rappelez-vous, 2004, Ghinzu sort discrètement Blow, jubilatoire 12-titres tout en montagnes russes qui alterne guitares rageuses, dissonances bruitistes et douceur vénéneuse. Dans la foulée, à la sueur de leur front, le combo, emmené par son chanteur dandy à la voix de velours, John Stargasm, enfonce le clou sur scène, jouant à fond et très fort, créant “une espèce de montée, une spirale. Il y a une folie, une énergie hystérique […]”, expliquait John en 2004, allant parfois jusqu’à tout casser lors de concerts assez ultimes. Silence radio depuis, même si l’on sait que John a, entre autres, produit l’album des jeunes rockeurs bruxellois de Montevideo. Mirror Mirror, donc, 3e ovni studio pour le quintette frondeur qui a pris tout son temps pour explorer, dessiner, recomposer, sculpter et peaufiner cette palette de sons, de rythmes et d’émotions qui le composent. “On a réécrit beaucoup de morceaux qu’on a laissés vivre le temps qu’il fallait. Tu sais qu’un morceau est bien écrit quand, un an plus tard, il continue à fonctionner. On s’est perdus aussi à enregistrer des milliers de textures sonores [pour la petite histoire, il y a un minimum de 100 à 120 pistes par morceau]. On voulait des morceaux plus compacts, plus concis, plus puissants et moins trippants. C’était aussi une vraie guerre d’écriture, à savoir que les textes soient imparables et que les arrangements tuent.” On retrouve donc un Ghinzu plein de hargne et de lyrisme, capable de grandes envolées baroques et de grands moments de tension. “On voulait rester nous-mêmes ; à savoir qu’on fait du rock, c’est notre identité. En même temps, on avait envie d’une musique un peu actuelle et moderne. On a sûrement été spectateurs des différentes tendances en vogue (revival 80s, vague électro) ! Il y a les mêmes repères de sensations au moment où l’on écoute la musique, l’esprit est le même mais les morceaux sont différents. On a tout fait à fond la caisse, sans frein et jusqu’au bout de nos envies.” Il y a des guitares, beaucoup plus de chœurs, du piano, des ruptures torves, du fuzz-punk, des bidouillages électro, de la distorsion, des cavalcades échevelées et cette douceur trompeuse qui cache la lave en fusion. “Il y a une fresque avec 3 morceaux qui ont probablement été composés pour être liés les uns à la suite des autres (Mother Allegra, Mirror Mirror, Dream Maker). Quasi 10 minutes un peu symphonico-baroques ! Ensuite il y a des morceaux plus bruts et punk (Kill the surfers), d’autres plus classiques (Take it easy). Définitivement, oui, un album beaucoup plus direct, plus énergique que Blow !” On leur tire chapeau bas, parce que ça ressemble à du Ghinzu mais en plus radical et schizophrène. Dernier objet de convoitise, la scène, puisque l’on sait les Belges capables de tous les délits. “En studio, tu prends le temps de réaliser tes fantasmes artistiques les plus fous. Alors que sur scène il doit se passer quelque chose de vrai, et il n’y a que cette vérité qui parle. Après, oui, il y a du show, de l’attitude, tout ce qui fait que tu emmènes les gens au-delà de leur quotidien. Mais je crois que fondamentalement, il faut être assez fidèle à soi-même. L’idée n’est pas d’en mettre plein la gueule… non. La scène est plus… ce que l’on a toujours fait.” Ouvertement recommandé.
Le 8 avril au Fil (Saint-Étienne), 04 77 34 46 40, et le 9 avril au Summum (Grenoble), 04 76 39 63 63
Anne Huguet
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