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MARS N°135
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38/139
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SEPTEMBRE N°140
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OCTOBRE N°141
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Don Quichotte
Jazz à Rive-de-Gier

NOVEMBRE N°142
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Idem
Denis Plassard
Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



 

Philippe Ménard

 


Depuis quelque 18 ans, il défie les lois infaillibles de la pesanteur et de la gravité. Fasciné par l'envol des petites balles et par la tension qui naît de leur chute.
Philippe Ménard, jongleur émérite trop peu connu, est un drôle d'animal à 2 pattes. Un zappeur devant l'Éternel puisque son travail s'amuse à croiser sans fin les formes disciplinaires (danse, théâtre, vidéo, musique ou jonglage). Premier credo de cet artiste hors norme : l'engagement dans l'acte de création. Il définit chacune de ses pièces "comme des manifestes poétiques et politiques. Si l'on doit monter sur scène, c'est que l'on a quelque chose à y faire, à dire. Pour ma part, j'ai un vrai positionnement politique. […] On est la génération du K.-O. (celle du sida, du chômage, de la fin des utopies). On s'est construit sur cet imaginaire invivable. Et ce qui transpire, c'est une poésie du K.-O. Je ne suis pas un romantique, je suis plutôt punk : je suis passé du no future à… toujours no future !" On imagine que les sujets abordés par Philippe Ménard ne sont pas vains, qu'ils interpellent et peuvent faire mal. Il s'interroge depuis toujours sur l'identité humaine, qu'elle soit physique ou réelle. Reflet de ses états d'âme et de sa quête personnelle.

Autre facette de son approche : cette volonté de déconstruire le jonglage et de le repousser dans d'autres retranchements.
"Le jonglage doit être un sujet de questionnement. Je ne suis pas là pour faire le beau, ni le clown. Qu'est-ce que je fais de ces objets que je lance en l'air ? La balle n'est pas magique ! C'est un jouet, un simple objet." Du jonglage, certes, mais éloigné de l'idée qu'on s'en fait. "Je suis arrivé à un cycle que j'appelle l'injonglabilité. À savoir, m'intéresser à des objets qui ne font pas partie des codes ni du jongleur, ni du spectateur. Et les considérer comme des objets de véritable confrontation pour le jongleur. De manière que le jongleur prenne une autre position à l'intérieur. Celle du dompteur, celle de l'équilibriste… étendant ainsi le champ imaginaire du spectateur." Alors, oui, Philippe Ménard jongle avec des balles… mais aussi des poupées gonflables, des bouées, des boules dites "fécales", et même des grêlons. Tel un fakir de l'ère glaciaire. La glace, justement, dernier dada de cet extraterrestre surdoué. "C'est un objet que je ne peux pas maîtriser, je ne peux donc pas jouer de la belle virtuosité du jongleur qui va faire croire qu'on peut tout faire. Ça ramène à une notion très importante qui est l'enjeu, auquel s'ajoute la notion de perte, de chute irremplaçable, car une boule de glace qui tombe par terre éclate. Je ne vais donc pas pouvoir la reprendre et la rejongler. C'est un objet destructible, un objet de l'éphémère."
PPP est donc sa 8e création. Position Parallèle au Plancher, ou quand on se retrouve à plat ventre, sur le dos. Mais aussi Pour Plaire au Public ou Partenariat Public-Privé ou encore Protocole Point Point. Ce sera donc un solo avec la glace ("véritable matière vivante qui donne à l'objet son existence") pour protagoniste, une mise en scène épurée avec de gros congélateurs robotisés comme seule décoration.
"Au début j'ai de l'espace pour me mouvoir. Très vite, la glace envahit tout, tout devient périlleux ; plus l'espace est trempé, plus la position du jongleur est inversée, c'est lui-même qui est en déséquilibre ou dans un état d'équilibre précaire puisque la matière remplit son espace. Pour arriver à ce paroxysme, le PPP. Cet être humain se retrouve isolé face à cette matière qui le rend très fragile. Plus l'univers est de glace, plus le moindre geste chorégraphique devient délicat. Parce que ça peut être une glissade, une chute, une blessure. C'est une pièce sur la mise en tension. Ma réflexion est de renvoyer la question du corps étranger dans l'espace. En filigrane, la différence. Cette glace qui fond, avec laquelle je vais travailler, elle porte l'argument de se débarrasser de souvenirs. Comme si j'avais conservé des souvenirs dans la glace et que je décidais de les casser une bonne fois pour toutes. Pour accepter que le monde est en train de changer et mon propre changement d'identité. Mais je veux que le spectateur soit libre d'imaginer et de lire ce qu'il veut."
Il y aura donc une trame dans PPP, mais aussi d'autres choses non maîtrisables, ce caractère unique de la représentation. Il y aura du jonglage si l'on peut dire, de la beauté, des glissades, de gros grêlons suspendus prêts à lui tomber dessus telle une épée de Damoclès, de l'espoir, des rires.
"[…] Une pièce très plastique d'une grande qualité visuelle parce que la matière glace est très belle. Ça m'amène aussi à un travail chorégraphique et théâtral d'une grande pureté. Je ne pense pas que ce sera mélancolique, je crois qu'on va en rire. Pour une fois, une pièce de quiétude : j'ai envie d'un moment de répit et je reviens à une certaine forme de jonglage, même si c'est assez loin de ce qu'on appelle jonglage !"
Du 18 au 24 janvier aux Subsistances, 04 78 39 10 02

Anne Huguet