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"Comment, interroge Éric Massé, metteur en scène de la Compagnie des Lumas, peut-on vivre dans une réalité, un entourage, aux antipodes de ses racines, de ses croyances ?" Migrances, le nouveau spectacle des Lumas, est né de la rencontre avec Yi-Ping Yang, percussionniste, virtuose de la timbale, qui a quitté Taïwan et vit en France. Inspiré de la vie de la jeune femme, le texte de Dorothée Zumstein évoque "les troubles des migrants, le frottement entre légende et réalité". Avec les comédiennes Béatrice Chatron et Antoinette Ehrard, le musicien Marc Chalosse, Yi-Ping Yang interprète son propre rôle et, derrière ses timbales, se joue de l'espace. Rencontre avec la musicienne.
Comment a démarré ce projet avec les Lumas ?
Ça s'est passé après les 1ers Rendez-vous internationaux de la timbale * [dont Yi-Ping Yang est lauréate, ndlr], début 2006 à Lyon, et une proposition de créer un spectacle de théâtre autour de la musique. Je pensais donc qu'il s'agissait de créer une musique pour un spectacle, et quand Éric m'a proposé de construire un spectacle à partir de ma vie, j'ai d'abord répondu que je n'avais pas grand-chose à dire ! Puis, de retour d'un voyage à Taïwan, je me suis lancée dans le projet de création, comme dans tout autre projet, en travaillant.
Comment avez-vous travaillé ?
Avec Éric, nous avons d'abord enregistré des interviews sur vidéo. Puis j'ai rencontré Dorothée Zumstein, qui a écrit le texte de son côté. Je ne l'ai pas revue jusqu'au démarrage des répétitions, cet automne. Ce qu'elle a fait est super beau.
Quel effet cela fait-il de retrouver sa vie dans une œuvre ?
J'essaie de prendre de la distance : cette Yi-Ping Yang, c'est un peu moi, mais pas tout à fait moi ! Ce qui était un peu plus dur, c'était de parler de mes parents et d'utiliser des photos de famille. À Taïwan, ces photos très posées, chez le photographe, c'est à la fois un peu sacré et très normal. Tout le monde en fait. On les pose sur le bureau. Mais mes parents ne verront probablement jamais ce spectacle ! Et surtout, j'ai confiance dans le travail d'Éric. Je suis aussi une artiste et je comprends ce travail de création.
Quand et pourquoi avez-vous quitté Taïwan ?
J'avais 21 ans. Je venais de finir mes études supérieures pour enseigner la musique à des enfants. J'avais rassuré mes parents avec un diplôme. J'aurais pu avoir une bonne situation, une maison. Mais une voix me disait que je ne serais pas ça. Partir ? C'était pour survivre. Le lieu où l'on naît n'est pas toujours le lieu qui nous convient le plus. Je suis partie pour étudier la timbale, 2 ans, dans l'idée de revenir. J'ai choisi la France. Paris me faisait rêver. Il y avait un monde à découvrir…
Comment aviez-vous choisi la timbale ?
Un peu par hasard. J'avais commencé le piano à 4 ans et demi, puis le violon à 8. C'était très bien pour les filles : elles peuvent jouer dans la famille devant les invités. Mais, vers 12 ans je crois, je ne pouvais plus jouer du violon. J'avais trop mal aux doigts. Alors j'ai commencé les timbales. Comme j'étais petite, jusqu'à 15 ans je devais monter sur des annuaires pour pouvoir jouer. Et ce n'était pas un instrument bien vu pour une fille.
Pourtant vous avez choisi cet instrument ?
J'ai continué le piano en parallèle. Mais tant de gens en jouent si bien. Je me suis dit que je serais plus utile à la timbale. C'est un instrument très ancien, trop peu connu et qui a besoin d'un répertoire contemporain.
Avez-vous l'impression de vous transformer quand vous jouez ?
Certaines personnes m'ont dit que, quand je joue, c'est comme si une autre personne jouait. Pour moi, la musique, c'est un miroir de l'âme. On ne peut pas tricher.
Du 11 au 16 janvier aux Subsistances, 04 78 39 10 02
*Le spectacle des Lumas s'inscrit aussi en parallèle aux 2es Rendez-Vous internationaux de la timbale, qui se déroulent
du 7 au 12 janvier à l'Auditorium de Lyon.
Florence Roux
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