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© Julien Piffaut   Cie käfïg  


Tricôté
Chorégraphie
de Mourad Merzouki

Après sa création, en janvier à l'espace des Arts, à Chalon-sur-Saône, la compagnie de danse Käfig présente aujourd'hui Tricôté à Lyon. Malgré ce nom, il ne s'agit pas vraiment d'une leçon de tricot. Cette pièce pour 5 danseurs, dédiée aux enfants, n'explique pas tout non plus de la manière dont se fabriquent les spectacles… Pas tout, mais mieux : elle nous entraîne dans les coulisses d'un ballet de danse, hip-hop, a priori.
Avec une réelle volonté de lisibilité, de pédagogie. Ainsi, Mourad Merzouki, le chorégraphe, a composé une trame en 3 temps, énoncée, presque comme à l'école, par des gros titres : l'audition, les répétitions et le spectacle. Des pancartes résument sur scène la présence du "1er assistant" ou du "chorégraphe", qui intervient également en voix off pour donner des consignes techniques et quelques conseils bien sentis.
Très présent, l'inventeur en chef est tout de même évincé physt comment le hip-hop est entré dans la danse. Mourad Merzouki n'a de cesse d'en parler.

Tricôté : n'est-ce pas un peu féminin pour un spectacle essentiellement dansé par des hommes ?
C'est vrai. Tricôté ne compte que des danseurs. Ce n'est pas un refus de travailler avec des femmes, bien au contraire - c'est d'ailleurs dit à un moment dans le spectacle, et Käfig accueille régulièrement des danseuses… Mais c'est tout de même une réalité : cette danse est majoritairement masculine. Lorsque nous organisons une audition, il y a souvent 5 hommes pour 1 femme.
Et pourquoi donc l'image du tricot ?
C'est une image qui me plaît et qui rappelle notre travail. Monter des spectacles, c'est un peu comme le tricot. Au départ, nous ne voyons rien, qu'une multitude de gestes et de mouvements. Et petit à petit, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, ces gestes et ces mouvements construisent un ensemble. Notre manière de travailler ressemble un peu au tricot. On part dans une direction, puis on défait quelques mailles, on ajoute quelques bouts de laine…
Qu'avez-vous voulu raconter ?
À l'issue des spectacles, les gens ont souvent l'impression que la création est sortie d'un chapeau, comme par magie. Nous avons donc souhaité raconter, en particulier à un jeune public, tous les moments qu'il a fallu pour aboutir à l'œuvre. Nous avons essayé de faire partager 3 étapes importantes dans la création et dans la vie des danseurs : les auditions, tout ce qu'ils peuvent donner à ce moment-là, les répétitions et enfin les 1res représentations. Eh oui, le danseur de hip-hop doit s'échauffer, il fait des pointes. Eh oui, il travaille. Pour moi, il est essentiel de dire cela. Peu de gens savent l'exigence que cela demande, combien le danseur doit faire attention à son corps, à son alimentation… C'est extrêmement important à dire aux jeunes. La danse, ce n'est pas que bouger son corps. C'est du plaisir et beaucoup de travail, avec une grande conscience de soi et de l'espace, aussi.
Tricôté évoque aussi les métissages entre les danses, chers à Käfig…
Bien sûr. Je profite en particulier des auditions pour faire voyager les danseurs et le public d'une danse à l'autre. À la fin, le spectacle est un clin d'œil au ballet classique. Je m'amuse de la manière dont le hip-hop peut intégrer la danse, et pourtant c'est aussi ma manière de travailler, dans l'ouverture.
Avez-vous beaucoup sollicité l'imaginaire des danseurs pour inventer ce spectacle ?
Cette histoire est la mienne et la leur. Dans l'audition, les personnages qui se présentent sont fortement inspirés des leurs, de leurs univers propres. Les moments rappellent des situations vécues, les tensions à l'audition, comment ils se regardent et s'envient, s'imitent le plus discrètement possible… Nous avons vécu cela plein de fois !
Après cette création, 2008 sera une année riche en événements pour Käfig…
Oui. Avec Tricôté, d'abord, nous avons plus de 100 dates jusqu'au mois de juin. C'est très important, le spectacle va s'affirmer, devenir plus fluide. Personnellement, je vais accompagner le groupe de Bron qui participera au défilé de la Biennale, à l'automne. Les répétitions commencent en mars. Puis, cette année, je vais aussi coordonner le défilé dédié aux "Légendes d'avenir". Tisser le fil conducteur, en quelque sorte. En septembre, nous attendons aussi l'ouverture à Bron du Centre de création et de développement chorégraphique de la danse hip-hop. Les travaux viennent de commencer.

Du 2 au 9 février à la Maison de la danse, à Lyon, 04 72 78 18 00
Du 4 au 14 mars à l'espace Albert-Camus, à Bron, 04 72 14 63 40
Le 15 février aux Abattoirs à Bourgoin, tel 04 74 19 14 20

Florence Roux