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Notre Cerisaie
Le temps des cerises au NTH8
Ce théâtre attachant est installé au sein d’un quartier populaire, non loin d’une longue avenue bordée d’im-meubles gris et au croisement d’une autre aux lignes à peine adoucies par les fatals et persistants troènes. La particularité du Nouveau Théâtre du 8e est peut-être cet ancrage dans la société, cette envie de porter la création, et des plus exigeantes, au cœur de la ville. La compagnie résidente est taillée pour relever ce défi. Les Trois-Huit ont une longue expérience du travail collectif et de l’ouverture au monde qui l’entoure. Cette année, une 2e chance nous est donnée de voir Notre Cerisaie , inspirée de Tchekhov. Guy Naigeon, c’est l’ancien de la bande, il est comédien, metteur en scène, et se plaît à transmettre aux nouvelles générations, comme il le faisait déjà dans les années 1970 au TNS (Théâtre national de Strasbourg), son expérience et ses lectures. “Sylvie Mongin-Algan, la metteuse en scène, est en Nouvelle-Calédonie pour la tournée de Lambeaux”, m’explique-t-il comme pour s’excuser d’être mon interlocuteur. C’est un plaisir pour moi, monsieur Naigeon.
Notre Cerisaie : ce titre, bien entendu, fait référence à Tchekhov… Mais ce n’est pas le titre de sa pièce.
Nous avons décidé de monter un texte de Tchekhov parce qu’il est de ces auteurs, avec Shakespeare, qui permettent de s’interroger sur le jeu. Il faut savoir que Stanislavski, au début du XXe siècle, invente la mise en scène grâce aux pièces de Tchekhov. Dans cet esprit, nous avons voulu une page blanche pour repenser notre façon de faire du théâtre. Notre Cerisaie, c’est aussi celle qu’on a tous. Un parti politique auquel on a cru, une maison d’enfance ou, pour la compagnie des Trois-Huit, la friche où nous avons tant travaillé. Vendre ou non la cerisaie, ce dilemme, vous savez, ce déchirement, c’est la peur de perdre le trésor confrontée au désir de construire quelque chose de neuf. Dans une 1re étape, les artistes et les techniciens ont écrit “leur” Cerisaie. Et puis nous sommes ensuite passés à l’exploration du texte original…
… que vous jouez sur scène ?
En effet, même si nous l’avons un peu déconstruit, remonté à notre sauce. C’est un beau hasard qui fait que La Cerisaie de Tchekhov compte 4 générations différentes, c’est-à-dire autant que dans la compagnie des Trois-Huit. Je joue donc le vieux Firs, qui représente le “passé lointain”. Il est un serviteur témoin d’une époque révolue, lui le serf qui a même refusé d’être affranchi. Le présent est, lui, représenté par le jeune commerçant qui va racheter la cerisaie et remue ainsi les passions. Et il y a aussi cet étudiant politisé qui est comme la résurgence policée, dans cette microsociété, de la Russie prérévolutionnaire, assez violente. Il faut songer que, même s’il n’est pas vraiment pris au sérieux, ce garçon fera bientôt la révolution. Bien sûr que la pièce de Tchekhov entre en résonance avec le monde d’aujourd’hui, et cela sans prendre parti. A contrario, j’ajoute que même si nous ne soulignons rien au stylo rouge et que nous nous préoccupons d’abord de la qualité du spectacle, nous, artistes, nous engageons fermement contre le système capitaliste et ce pouvoir écrasant de l’argent. Ce n’est pas dans les circonstances actuelles que nous allons changer de discours, n’est-ce pas?
Du 3 au 17 décembre au NTH8, 04 78 78 33 30
Propos recueillis par Étienne Faye
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