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Le 7e Week-end des Subsistances aura lieu du 3 au 6 avril et il s'intitulera "Ça tchatche !". Comme son nom l'indique, il tournera cette année autour de la langue (sic). L'institution lyonnaise, comme à l'occasion de chacun de ces petits festivals, ne lésinera pas sur la programmation, mobilisant toutes ses forces afin de présenter au public la plus complète et la plus belle manifestation de son travail de fond, toute l'année, avec les créatrices et les créateurs du spectacle vivant. Pendant 4 jours, il y aura donc de la danse, du théâtre, du cirque et de la musique, et puis nombre de mariages de genres… mais toujours autour de ce thème du langage. Ainsi le danseur américain Jeremy Wade a-t-il voulu évoquer ce que les pentecôtistes américains appellent le "parler en langue", une sorte de transe ou de possession, je bave partout, je m'agite en tous sens, mais non je ne suis pas fou. Le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly s'est intéressé au français, qui est sa langue et pourtant, en France même, le marginalise. Le Faso Danse Théâtre dialoguera sur l'idée du langage qui tantôt libère, tantôt exclut avec la danseuse indienne Kalpana Raghuraman dans J'ai perdu mon français. Au cours de nos substantielles pérégrinations, nous irons voir aussi la pièce de Michel Laubu, turakien bien connu, auteur de pièces quasiment muettes et qui se saisira tout de même d'une Grammaire des oncles et apprentissage du silence. Il se souviendra de son enfance dans une cité minière lorraine, quand ses voisins étaient tous ses oncles, les tables en Formica et les salons en Skaï. Arrêtons-nous un peu sur la pièce assez extraordinaire de Gilles Pastor : Conversation avec la Léa. Il s'agit d'un enregistrement vidéo en un long plan-séquence de 20 minutes, la rencontre de l'artiste avec une vieille femme de plus de 80 ans, esseulée dans son chalet de montagne. La Léa, donc, est sourde depuis une quinzaine d'années, sa parole en a été altérée et, bien sûr, le dialogue avec elle est impossible. Le personnage, Gilles, lui achète 2 tommes et l'on comprend très vite qu'il est du pays. Il n'est en effet pas venu dans ce village par hasard, nous confie-t-il, car son travail vidéo est né ici, lorsqu'il a filmé son grand-père qui allait mourir. Aller voir Léa, c'était d'abord revenir dans son monde, au milieu des odeurs, des bruits et des paysages de son enfance. Et dans cette "conversation qui n'avance pas", dans cette étrangeté du "parler sans rien dire", Gilles Pastor cherche à montrer sa propre difficulté à s'exprimer. Le créateur, en nous montrant cette femme sourde, fait son autofiction. Le son exacerbé nous plongera dans l'atmosphère estivale de ce chalet des Aravis, et la mise en scène, sur la fin, devrait nous surprendre. À un autre moment, Stille Nacht ("douce nuit" en allemand) sera un autre spectacle à suivre, imaginé par Alexandra Fleischer, avec la musique de Joachim Latarjet. Il s'agit de l'évocation de l'enfance d'un petit Allemand, René Fleischer, né en France avant la guerre, qui doit absolument taire ses origines et oublier sa langue maternelle. Le week-end "Ça tchatche" ne serait pas complet si, outre la danse et le théâtre, il n'y avait aussi la possibilité de voir du cirque. Par exemple, l'Allemand Jörg Müller montrera son Tubework#7, un concept un peu dingue, un grand tube de verre rempli d'eau et dans lequel 7 performers, un à un, se succéderont. Ensuite, Jade Duviquet et Cyril Casmèze de la Compagnie du Singe Debout s'inspireront d'un texte de leur cru, En-corps parlé, ainsi que de l'Autoportrait d'Édouard Levé, dans CQPVD, Ce que parler veut dire ?. Trois hommes, chacun sous le regard des 2 autres, explorent leurs limites, à la frontière de l'animalité… Mais il n'y aura pas que des spectacles, en cette fin de semaine. Pendant que des bénévoles polyglottes se proposeront d'enseigner aux spectateurs quelques mots, les Subsistances commenceront leur grande bibliothèque des langues, recueillant des vidéos, des mots, des textes dans chacune des langues humaines, avec l'ambition ultime de toutes les réunir… En attendant, il semble que ce week-end printanier, dans un cadre splendide, confortable, pourrait être l'occasion de jolies promenades.
Étienne Faye
Levers de rideau,
écrits par Olivia Rosenthal et Marie Vialle
L'une, centrafricaine, parle français et sango, l'autre, palestinienne et canadienne, parle français, arabe et anglais. Celui-ci est roumain, il parle français, roumain et hongrois... Si chaque langue est un territoire, comme font ceux qui, parce qu'ils ont émigré, en parlent plusieurs ? Comment cohabitent en nous les idiomes qui nous ont fait et ceux que nous avons dû apprendre plus tard ?... Dans le cadre du week-end "Ça tcahtche", Cathy Bouvard et Guy Walter ont demandé à l'écrivain Olivia Rosenthal de recueillir la parole de personnes étrangères vivant en France. L'auteure, qui a déjà écrit pour le théâtre Les félins m'aiment bien (Actes Sud), a interviewé en novembre et décembre derniers à Lyon, une vingtaine de personnes d'origines diverses. Elle en a tiré dix scènes d'une dizaine de minutes, monologues ou dialogues, qui seront présentées pendant le week-end en préambule -lever de rideau - de chaque spectacle. Dix-sept des bénévoles interviewés ont ensuite accepté de répéter ces scènes, pas forcément leur histoire, en mars, avec la metteure en scène Marie Vialle et deux comédiennes, Courtney Kraus, Jocelyne Desverchere. Les textes, des retranscriptions théâtrales des récits des personnes, s'intitulent L'Albanais, Le Norvégien ou Le Hongrois. Ils pourraient, selon les organisateurs, faire l'objet d'une publication... Avec traductions ?
Florence Roux
"Ça tcahtche" du 3 au 6 avril aux Subsistances, 04 78 39 10 02
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