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Géraldine Bénichou et son Grabuge investissent avec énergie la cité pour mieux habiter la scène. Lors de la 1re mouture des Larmes d’Ulysse dans les conditions exceptionnelles des Nuits de Fourvière, le théâtre romain plein à craquer, la nuit estivale aspirant l’espace jusqu’aux lumières de la ville, le public avait assisté à un spectacle grandiose. Les chœurs, magistralement menés par Sylvain Bolle-Rédat, comédien hors pair, avaient alors contribué à la magie de cette unique et magistrale représentation. Avec des moyens plus modestes, mais aussi après beaucoup de travail, la troupe se présente cette fois en les murs de l’excellent Nouveau Théâtre du 8e (NTH8) pour 3 dates… gratuites. Sur cette scène populaire qui cultive ses relations avec le quartier, la compagnie du Grabuge sera particulièrement à sa place. Depuis plus d’une dizaine d’années, les artistes développent en effet un travail original d’intimité avec les populations que sans cesse ils rencontrent, dans les centres sociaux, les maisons de retraite, les foyers. Les “larmes d’Ulysse” sont celles du héros mythique, celles aussi des exilés de Géorgie, de Côte-d’Ivoire ou d’Asnières-sur-Seine… La metteuse en texte et en scène, Géraldine Bénichou, qui sait si bien allier la qualité du spectacle et du discours, nous explique.
Est-ce un nouveau spectacle ou la reprise de celui des Nuits de Fourvière ?
Je vais intituler cet opus “#2”, car chacune de nos créations est un objet singulier. Nous allons répéter 15 jours avant de nous présenter devant le public. Ce n’est certes pas une très longue durée, mais ils s’ajouteront néanmoins aux 15 jours de juillet, et entre-temps nous aurons travaillé dans le quartier des États-Unis. Nous y aurons rencontré des gens différents, riches de témoignages divers, et nous pourrons ainsi, tout en continuant à suivre le récit d’Homère, porter leur parole.
Car vous mêlez 2 dimensions narratives et 2 sortes de comédiens…
Je voudrais inviter le spectateur à lire le monde d’aujourd’hui par le prisme de l’Odyssée. Les réfugiés politiques ou économiques, les exilés, peuvent raconter les aventures d’Ulysse et donner le sentiment de ne parler que d’eux-mêmes. Ce grand roman est comme inscrit dans notre patrimoine invisible, nous le comprenons d’instinct. Lorsque Ulysse, qui ne dit pas son nom, est mal accueilli dans une contrée lointaine, on lui propose de partir derechef : “Vous savez, ici, on n’aime pas beaucoup les étrangers…” N’est-ce pas un genre de discours très moderne ? Ainsi, le spectacle #1 mettait en scène, en plus de l’incroyable comédien Jean-Philippe Salério, 7 Ulysse d’origines diverses, des hommes rencontrés pendant les 3 mois précédents où nous avions assuré une soixantaine de réunions avec différents publics. Ces Ulysse portaient leurs histoires personnelles, leurs récits, dont je me suis un temps emparée, pour les écrire, et qu’ils reprenaient à leur compte sur scène. Des histoires d’arrachement à la terre natale, comme celle de ce Géorgien qui, du temps de l’URSS, en luttant pour la justice, a “perdu son pays”. Des histoires d’exil comme cet Ivoirien qui dit avoir pris la nationalité française “comme une arme”. Ces hommes sont des combattants, oui, des héros, comme Ulysse.
Du 13 au 15 novembre au Nouveau Théâtre du 8e, 04 78 78 33 30
Propos recueillis par Étienne Faye
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