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  Turak Théâtre  


Michel Laubu
prend le large

On ne présente plus Michel Laubu aux lecteurs assidus de …491. L'artiste brocanteur marionnettiste à la poésie gestuelle évidente et les décors aussi jolis que chaleureux se multiplie encore cette année, poursuivant les tournées de ses spectacles, très populaires, et la création en cours aux Subsistances, où sa compagnie, le Turak Théâtre, est en résidence (une "sortie de chantier" est prévue ce mois-ci). Mais si le bonhomme rend un hommage appuyé à Guy Walter et à Cathy Bouvard, codirecteurs des lieux, à leur écoute comme à leur force de proposition, il n'en oublie pas moins l'accueil du Volcan, scène nationale du Havre, dont il est artiste associé, celui des Lisboètes du centre culturel de Belém, celui des Islandais… Et il sait ce qu'il doit aux théâtres lyonnais, ou plus précisément de sa périphérie, comme le Théâtre de Vénissieux, dont il loue la belle et méritoire fidélité. Il y présentera en février Intimae (petits opéras obliques et insulaires). Comme son nom l'indique, des petites pièces musicales, sur une île faite de brique et de broc', tel un radeau, à la manière du Turak.

Questions à Michel Laubu, dont la compagnie vient de déménager dans la Villa Neyrand au parc Champvert, dans le 5e arrondissement, pour "des conditions de travail assez géniales", et qui commence donc 2008 de superbe façon.

Intimae, c'est une île, et en même temps c'est votre histoire à vous ?
Mon île de Moselle, c'était la cité minière. Mes voisins, je les appelais Tata et Tonton, vous savez. C'était un milieu autarcique au climat on ne peut plus continental et pourtant, finalement, assez insulaire. J'ai imaginé que ma mémoire était un océan ; un souvenir, une île où je peux accoster. Une île intérieure mais que je voudrais montrer. Par exemple, je me souviens, j'ai 14 ans, ma mère accepte de m'acheter une guitare électrique. On va au magasin, j'ai la guitare dans les mains, ma mère découvre qu'il faut aussi acheter un ampli. Trop cher. En 20 secondes, j'ai touché mon rêve et je me suis retrouvé dans la bagnole sans rien. J'étais alors ramené à ma condition sociale, à mon microcosme. Mon père était minier, nous n'avions pas les moyens, je ne pouvais quitter mon île. Dans Intimae, la guitare est sous le canapé, elle gémit lorsqu'on s'assied.
Comment avez-vous imaginé ce spectacle ?
Il s'agit de "petits opéras" composés comme des dialogues entre 2 musiciens qui jouent en direct et des instruments-machines au son plus brutal. Le spectacle est comme une île, on accoste par différents endroits, ce qui fait plein de petites pièces. Dans l'une d'elles, et pour la 1re fois au Turak, j'ai voulu faire entendre une chanson de Dominique A et Yann Tiersen, où ils chantent les bras de mer qui enserrent la terre ; cela m'a fait penser aux bras de la mère qui ne veut pas que parte son fils. J'aime raconter des épopées ordinaires, comment les petits riens de nos vies intimes sont de grandes histoires. Je veux emmener l'ordinaire sur des terrains fabuleux. Pour cela, l'image de l'île est évidente : à la fois enfermement, car on ne peut la quitter, et l'infinitude de la mer, tout autour. Vous savez peut-être que j'aime les armoires ; sur l'une d'elles j'ai juché un personnage, c'est son île. Non loin, sur une autre île, une télé diffuse un programme scientifique qui explique que les îliens ont des ailes trop petites pour partir. La marionnette se vexe, elle va pour casser la télé, mais pour cela il faut qu'elle traverse la mer, alors elle est ingénieuse, elle construit un pont. Et c'est à l'instant où elle arrive à destination que, derrière elle, le pont s'écroule.
On ne peut revenir en arrière…
Oui, c'est à l'instant que je le réalise. C'est bel et bien ce qu'exprime cette scène. Une fois qu'on est parti, on ne peut revenir en arrière. C'est l'autobiographie qui me rattrape.

Intimae (petits opéras obliques et insulaires), du 13 au 15 février au Théâtre de Vénissieux, 04 72 90 86 68 Chantier le 12 février aux Subsistances, 04 78 39 10 02 www.turak-theatre.com

Étienne Faye