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JANVIER N°133
Daniel Cohn-Bendit
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FEVRIER N°134
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Chronique Québécoise

MARS N°135
Têtes Raides
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AVRIL N°136
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Maison d'Izieu
Ça tchache !
Lady in the dark
Philippe Delaigue
Territoires singuliers
Impemanence

MAI N°137
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Nuits Sonores

JUIN/JUILLET
N°1
38/139
Les Intranquilles
Jazz à Vienne
Michel Tremblay
Festival des 7 collines

SEPTEMBRE N°140
Septembre de la photographie
Riddim Collision
Emilie Valantin
Guy Darmet

OCTOBRE N°141
Mathurin Bolze
Lola Lafon
Don Quichotte
Jazz à Rive-de-Gier

NOVEMBRE N°142
Traces
Idem
Denis Plassard
Les larmes d'Ulysse

DECEMBRE N°143
Notre Cerisaie (NTH8)
Galeries O.Houg et G.Verney Caron
Dave St-Pierre
Yokohama Zen Rock



  Têtes Raides  


Le nouveau
Têtes Raides est avancé. Aéré. Poétique. Romanesque. Du Têtes Raides tout en rondeur et allégorie, qui renoue avec la chanson néo-réaliste, valse, tourbillonne, charge aussi, bille en tête et batterie au taquet. Parce que les Têtes Raides "continuent à penser qu'ils font du rock", comme galèje Christian Olivier, parolier inspiré et chanteur habité. Banco (Mon Slip / Warner), 10e galette ("Ce n'est jamais un disque de plus. Pour nous, c'est à chaque fois une nouvelle aventure qui démarre") de ce collectif attachant et entier, renoue avec de la belle musique. Rien à voir avec Fragile, brûlot tendu et rêche, qui ne laissait guère respirer et a pu en désarçonner quelques-uns. On se souvient encore, avec effarement, de la tension, de l'électricité et de la puissance de frappe sur scène. Retour, cette fois-ci, à des ambiances plus intimistes (J'ai menti) et des paysages plus voyageurs qui font se croiser guitares flamencas (La Bougie), sonorités arabo-andalouses (le mandoluth d'Hakim Hamadouche), petits cris d'animaux, chœurs d'enfants (Banco), onomatopées têtes-raidesques et batteries au garde-à-vous. "Batterie" au pluriel car, fait inédit, ce sont rien moins que 3 batteurs qui ont joué sur cet album, Lulu ayant quitté le navire pour d'autres rivages. "Et une batterie, dans Têtes Raides, c'est fondamental. Au niveau de la structure rythmique, de la couleur. On a eu envie d'aller vers de nouveaux sons, de chercher d'autres constructions rythmiques", rappelle Christian. "Banco marque aussi le retour de l'accordéon. Je crois qu'on est revenus à des choses plus acoustiques au niveau des sonorités. Au final, c'est un album assez épuré, où il y a pas mal d'air et d'espace. À chaque album, il y a une histoire qui se crée. Sur celui-là, peut-être est-ce lié au texte (et à ce qu'on a à raconter), il y a quelque chose de plus posé. Je crois que lorsqu'on écrit on est toujours lié à une époque." Des Têtes Raides qui avouent s'être recentrés sur la musique avant toute chose. "Il ne faut pas oublier que TR, c'est d'abord un groupe de musique. L'engagement… démarre déjà lorsqu'on se monte sur une scène et que l'on se met à chanter. On est peut-être moins sur le front, en tout cas c'est moins visible, qu'à l'époque de Qu'est-ce qu'on s'fait chier. Mais on n'a pas éteint l'ampli complètement, surtout pas aujourd'hui, et on continue de se battre pour essayer de faire changer les choses ou au moins les faire évoluer. Mais il faut aujourd'hui réfléchir à reconstruire d'autres formes d'engagement. On peut dénoncer des choses, mais en évitant le seul 1er degré." Cas de leur chanson Expulsez-moi au refrain grinçant ("Moins on est, mieux je me porte / Ne frappe pas à ma porte"), sorte de sirtaki de l'expulsion - dixit Grégoire - qui traite des sans-papiers sur un mode enjoué et ironique ("Sur mon tapis volant / Expulsez-moi") et balance du bassin sur une rythmique soutenue. Têtes Raides fêtera cette année ses 20 ans discographiques. Puisque c'est en 1988 que sortit son 1er essai, Not dead but bien raides. Deux décennies plus tard, la magie Têtes Raides est toujours au rendez-vous. Ce subtil alliage de chanson et d'électricité, de valse et de rock, cette énergie quasi punk qu'on sent sous-jacente. Contre vents et marées, le groupe, collectif avant tout, a maintenu la barre. Se remettant en question sans cesse. "Les artistes ont aussi des questions à (se) poser, chacun dans son univers. Pourquoi sont-ils là ? Pourquoi font-ils de la musique ? Qu'est-ce qu'ils défendent ?" Intransigeant dans ses choix. "Ne pas jouer à un moment donné c'est jouer… Quand TR fonctionne, c'est qu'il y a une sonorité, des arrangements bien sûr, et une énergie où chacun s'y retrouve à la fois dans la composition et dans sa propre histoire." Frondeur. Libertaire. Aimant la belle littérature qui donne le frisson. Après avoir chanté Michaux, Desnos ou Vian, c'est un texte puissant du Suédois Stig Dagerman (Notre besoin de consolation est impossible à rassasier), véritable hymne à la liberté, que le groupe s'est approprié. Sorte de slam de plus de 19 minutes de mots coups de poing qui enflent sous la voix de Christian Olivier, claquent, fustigent et interrogent sur la notion de vie, d'humanité ou de liberté. Un texte que le groupe entend bien jouer sur scène, qu'on se le dise. Derniers tours de chauffe et calages avant la scène, terrain du jeu notoire de la bande à Christian Olivier, qui "réapprend Têtes Raides (!) et remet sur pied toute une histoire". Ce sera un peu rock, un peu chanson, un peu assis, tout debout, en plein dedans… On leur fait confiance.

Le 14 mars au Transbordeur, 04 72 43 09 99

Anne Huguet