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©Eyal Landesman   Shaker  


d'Inbal Pinto et Avshalom Pollak

Inbal Pinto Dance Company présente à Lyon Shaker, une pièce créée en 2006, présentée pour la 1re fois en France. Sur une scène couverte d'une neige de polystyrène, les danseurs, mi- humains, mi-poupées, présentent un ballet enjoué et mélancolique, inspiré d'enfance, sur les musiques de Chopin, Purcell ou Arvo Pärt. La chorégraphe israélienne Inbal Pinto et Avshalom Pollak, venu du théâtre, parlent de leur bonheur de créer, ensemble, des œuvres multiples qui n'imposent rien, sauf leur poésie. Conversation de nuit au téléphone.

Inbal, vous avez d'abord été danseuse et étudié le graphisme. Avshalom, vous avez eu une 1re carrière en tant qu'acteur. Sur scène, vous faites appel à la danse, mais aussi au théâtre et aux arts plastiques. Pourquoi, en 1992, avez-vous décidé de créer une compagnie de danse, et pas de théâtre, par exemple ? Comment la danse s'est-elle imposée ? Avshalom Pollak : Ce n'était pas planifié. Quand j'ai rencontré Inbal, nous avions un irrépressible désir de créer, d'exprimer ce qui était en nous par tous les moyens qui nous étaient propres… Inbal Pinto : Quand j'étais enfant, je dansais beaucoup, mais je ne rêvais pas de devenir danseuse, comme tous mes amis. C'est venu lentement. La danse s'est imposée et je me suis mise à rêver en danse. C'est notre langage et les autres arts y sont connectés. Quand nous créons, les choses se construisent par couches, avec les différentes formes d'art, le théâtre, les arts plastiques… Mais le 1er travail commence toujours avec les corps qui s'expriment, avec la danse…
Certains artistes vous influencent-ils particulièrement ?
A. P. :
C'est difficile à dire ! J'aime beaucoup Pina Bausch, son univers…
I. P. (rit) : J'aime Jacques Tati…
A. P. : J'aime Bugs Bunny et tous les vieux dessins animés !
I. P. : C'est vrai, les dessins animés sont très puissants : ils peuvent être fins, pleins d'humour, de sarcasmes, et à la fois touchants et tristes. Mais tout influence notre travail. Nous observons et absorbons tout.
Shaker, que vous présentez à Lyon, a été créée en 2006. Cette pièce a-t-elle une place particulière dans votre œuvre ?
A. P. :
Quand nous l'avons créée, il y a 2 ans, c'était simplement la pièce à faire à ce moment-là !
I. P. : Le monde que nous imaginons est particulier… Créer, c'est comme piocher des idées et des intuitions dans un panier. On le fait avec les gens qui nous accompagnent. Les pièces naissent avec un groupe particulier. S'il ne manquait qu'une personne dans ce groupe, le spectacle serait différent.
Y a-t-il tant de hasard dans la création ?
I. P. :
Je suis sûre qu'au démarrage du processus de création, on ne sait pas toujours où l'on va. On a une clé et on entre dans une pièce obscure. Une fois à l'intérieur, on éclaire un coin, puis un autre. Un coin est rose, peut-être, et l'autre bleu. Puis on fait des connexions. Une pièce peut démarrer avec un petit détail, un tout petit indice qui va permettre que les choses s'enchaînent et constituent peu à peu un tout. Il arrive aussi que l'on démarre sur une grande idée, puis qu'elle disparaisse dans l'ensemble. On ne la distingue plus, on ne s'en souvient pas toujours, mais elle est là, à l'origine. J'aime encore cette autre image d'un sculpteur qui disait que la sculpture était déjà dans la pierre. Il faut simplement la découvrir, la rendre visible en travaillant la matière. Et lorsqu'on y arrive, c'est vraiment magique, comme si c'était simplement là à vous attendre.
Qu'est-ce que le "Shaker" ?
A. P. :
Beaucoup de choses. En fait, ce nom est venu après. Comme l'image des petits globes pleins de neige artificielle, qu'on secoue et qui montrent des mondes miniatures. Nous souhaitions d'abord utiliser un matériau qui transforme la scène en quelque chose de mouvant. Une matière qui, selon les mouvements des danseurs, se soulève puis retombe au sol. Qui donne vie à la scène et crée une nouvelle relation entre elle et le danseur. Ce n'est pas facile de danser sur cette fausse neige, il faut avoir une attention particulière pour ne pas glisser. Nous aimions aussi l'aspect visuel de la neige, l'émotion qu'elle provoque. Nous pensions encore à Anna Karenine, à de longs voyages en train dans des plaines. Au départ, ainsi, ces gens partent en voyage, puis diverses situations surviennent, intimes ou collectives. Nous montrons comment ce groupe évolue et fond, d'une certaine manière, comme la neige. Nous sommes attachés à cette idée de changement d'état, au sens physique du terme : les passages d'un état liquide à un état solide ou gazeux…
I. P. : Chacun peut voir ce qu'il veut dans Shaker. Pour moi, il est aussi question de gens qui cherchent à changer, d'une situation inconfortable à une autre. C'est statique. On secoue le "Shaker" et ça bouge. Puis ça retombe et ça redevient statique. Nous travaillons souvent sur l'équilibre des contraires. Le beau et le laid. La gaieté et la tristesse. Dans chaque spectacle, je crois, nous cherchons à approcher cette ligne très fine où tous ces éléments se rencontrent.
Si vous deviez donner une couleur pour Shaker ? Serait-ce le blanc, comme la neige ?
A. P. :
Je dirais gris.
I. P. : Gris, oui, un gris d'où naissent toutes les autres couleurs. Il y a tout de même un court printemps dans la pièce.
A. P. : Nous souhaitons faire de tous nos spectacles une machine émotionnelle. Afin que les gens y entrent comme dans leur propre histoire.
I. P. : Je suis d'accord. J'ajouterais qu'il s'agit d'une machine visuelle et humaine.
A. P. : D'une certaine manière, et puisque c'est la nuit, c'est comme une parfaite machine à rêves !

Du 29 mars au 2 avril à la Maison de la danse, 04 72 78 18 00

Florence Roux