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Jean-Paul Chazalon :
“Le jazz est vraiment jazz quand il a ce côté d’urgence et de revendication”
Déjà 30 ans que vous traquez les virtuoses inconnus. Y a-t-il une “méthode Rive-de-Gier” ?
Je ne sais pas s’il y a une méthode, mais il y a un moteur et la passion de découvrir des musiciens, ou de les redécouvrir sous un jour méconnu, et de faire partager ces découvertes au public. Ensuite, c’est d’un empirisme inimaginable : nous sommes tout le temps à l’affût de la musique en général. Mais cela ne suffirait pas si nous n’avions pas des musiciens et des mélomanes qui nous appellent pour nous dire : “Vous savez, en Roumanie, il y a un musicien extraordinaire” ou “À New York, il y a un jeune pianiste fabuleux”… Et puis, on ne sillonne pas forcément les festivals, mais les concerts et les clubs de jazz. C’est grâce à eux, à ces lieux qui n’accueillent pas 300 mais 30 personnes, que l’on découvre des musiciens. Enfin, nous utilisons cet instrument fabuleux qu’est l’Internet. Beaucoup de musiciens nous proposent d’aller visiter leur site. Néanmoins, cela ne suffit pas : tout ce que nous programmons, nous l’avons vu sur scène dans 95% des cas.
Le “tremplin” inauguré pour cette 30e édition participe-t-il de cette même intention ?
C’est un peu cela, c’est vrai. Il est aussi né de la volonté de 2 personnes au sein de l’équipe de créer un tremplin sur le Web, doté d’un jury professionnel et d’un jury public. Et puis, l’i-dée de proposer au jeune pianiste Yaron Herman, dont la trajectoire est extraordinaire, de présider ce tremplin – plutôt que d’aller chercher quelqu’un qui est pour la 25e fois président – nous a plu. Le groupe lauréat fera d’ailleurs la 1re partie du concert de Yaron Herman le 9 octobre.
Dans le programme, vous annoncez des “pointures”. Qu’est-ce qu’une pointure pour vous ? David Krakauer, Dimitri Naïditch ?
C’est moi qui ai écrit cela ?! Bon, ce n’est pas un terme que je revendique… Qui pourraient être les pointures ? Et si jamais c’était tout le monde ?! D’abord, si vous le permettez, c’est la 30e édition et nous ne sommes pas partis avec l’idée de faire très différent. Pour moi, c’est toujours la première, avec toujours le même trac et la même humilité. Mais c’est vrai que les médias et le public n’ont eu de cesse de rappeler que c’était la 30e, et ils ont eu raison. Je n’ai pas vu le temps passer depuis que j’ai créé le festival, et je me suis dit que la meilleure façon de programmer cette 30e était de la centrer sur ce qu’avait fait le festival : un programme de révélations et de découvertes. Alors, parmi ces gens-là, qui seraient les pointures ? Ça pourrait être effectivement David Krakauer, Joshua Redman. Dimitri Naïditch ? Oui, il peut en être une… Finalement, chacun reconnaîtra sa pointure ! En tout cas, ce que je sais est que chaque concert devrait déclencher une très belle rencontre entre le public et les musiciens. C’est ce qui nous importe.
Comment évoluent les attentes de votre public ?
Le public a déjà beaucoup changé. Imaginez ceux qui venaient il y a 30 ans, âgés de 55 ou 60 ans… ils ne viennent plus ! Le public change, évolue, et lorsqu’on met Rhino Jazz(s) au pluriel, ce n’est pas pour l’effet visuel, c’est une réalité. Le public des Nouveaux Monstres (le 22 octobre) à l’amphi de l’Opéra de Lyon ne sera pas le même que celui de Jérémie Ternoy (le 17), etc. Il y a un public assez “jazz” au sens où l’on peut encore l’entendre avec toutes ses références historiques, et puis il y a des publics qui gravitent autour de musiques pas immédiatement identifiables comme du jazz : Tumi & The Volume a son public, David Krakauer a le sien. J’aimerais que ce soient les mêmes, mais le public – et je m’inclus dedans – parcellise les choses.
La musique classique n’est-elle pas soumise aux mêmes règles, avec un public vieillissant, qui plus est ?
C’est tout à fait vrai. Pour ce qui nous concerne, nous travaillons beaucoup au niveau du très jeune public via des initiatives dans les écoles, telles que les ateliers actifs qui débouchent sur de vrais concerts. On touche chaque année entre 3 000 et 4 000 jeunes. Et ce travail paye, car il démystifie le jazz. J’entends encore des gens dire que cette musique est élitiste, or c’est quand même une musique née dans les champs de coton. D’ailleurs, je crois que le jazz est jazz quand il a vraiment ce côté d’urgence et de revendication…
Du 7 au 28 octobre, 04 77 75 48 22
Propos recueillis par Caroline Faesch
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