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©Xavier Boyer   Yuval Pick  


17 Drops

Après Look White Inside, pièce pour 5 danseurs créée l'an dernier au Toboggan, Yuval Pick, chorégraphe d'origine israélienne, présente en mars à Lyon un duo pour les interprètes Xavier Gresse et Anna Massoni : 17 Drops. À la mi-février, en répétition au Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, ils peaufinent une danse organique, tout en déséquilibres et rétablissements, forces contraires ou complémentaires. Ils évoluent sur un sol jaune et noir et dans le véritable paysage musical que leur compose Roméo Montéro, dans le cadre du Grame, Centre national de création musicale. Pendant une pause, quelques jours avant de retrouver le studio de la Maison de la danse où il présente sa création, Yuval Pick parle du spectacle.

Seventeen Drops, "17 gouttes". Y aura-t-il 17 mouvements dans le spectacle ? Que signifie le nombre 17 ?
Non, il n'y aura pas 17 mouvements, ni 17 temps, ni 17 rencontres… J'ai juste choisi 17 parce que j'aime bien ce nombre. Pour moi, c'est le 1er numéro complexe. 17, c'est complètement asymétrique et j'apprécie ça dans la danse. Comme s'il y avait un pôle magnétique qui attire les corps et qui les casse. Pas d'amplitude ronde, mais une vraie asymétrie.
Pourquoi aborder la forme du duo, après un spectacle à 5 danseurs ?
Je voulais travailler un duo homme-femme et l'interroger de la manière la plus abstraite possible. Ça nous permet d'aborder la notion de frontière, de territoire, quelque chose de plus universel. Le duo homme-femme, c'est aussi s'approcher d'un point zéro, aller chercher un truc originel en moi. Dans ce spectacle, j'avais besoin d'aller plus loin dans le mouvement, de pousser mon propre langage chorégraphique.
Que voulez-vous dire par "aller plus loin dans le mouvement" ou la gestuelle ?
J'ai beaucoup travaillé sur la lutte contre la pesanteur, sur les déséquilibres. Et là, sur le déséquilibre, notamment, je me permets d'aller plus loin dans la gestuelle. Je demande aux danseurs de rechercher un côté asymétrique, d'être dans une écoute sensorielle de l'autre, de se rencontrer comme s'ils obéissaient à une loi interne… Dans cette pièce-là, nous cherchons à dédramatiser, à éviter un er sens psychologique pour se concentrer dans le mouvement et dans ce qu'il a de physique au sens scientifique du terme. Nous avons le désir d'investir l'espace et de le dévoiler avec les mouvements. J'aime beaucoup la sensation de l'effort contre la pesanteur. Et j'ai plutôt envie de montrer cette lutte que de la cacher. Comment l'expansion d'un corps peut ouvrir l'espace, par exemple.
Est-ce que vous travaillez d'abord dans le silence ?
Oui, beaucoup. J'aime que les danseurs trouvent leur rythme d'abord dans le silence. La musique ne décrit jamais la danse. Elle apporte un paysage. Elle crée une terre, un espace géologique dans lequel les danseurs composent un tableau. Avec l'espace jaune au sol et la musique créée par Roméo Montéro, dans une espèce de désert les danseurs créent un paysage complet. L'espace scénique de Stéphanie Mathieu me fait penser, aussi, au geste du peintre japonais qui, d'un seul trait, en un seul instant, évoque une faille dans la nature, exprime quelque chose du chaos naturel.
Vous vous référez souvent aux arts plastiques…
Je me suis souvent référé au travail d'Erwin Wurm qui interroge les rapports de masse et de poids, d'équilibre et de déséquilibre. Pour ce spectacle, j'ai beaucoup pensé à Jackson Pollock. Je suis fasciné par sa manière de travailler et par l'Action Painting. Il s'engageait physiquement dans la création avec une confiance totale dans ses gestes. À travers eux, il dévoilait un diagramme émotionnel et sensoriel intime. J'aime aussi beaucoup, dans sa peinture, ce côté couche après couche. Nous aussi, nous construisons chaque spectacle avec des couches successives.
Est-ce que la question de territoire est aussi une manière d'évoquer votre pays d'origine, Israël ?
Peut-être cela diffuse-t-il dans mon travail et dans ma danse. Pour moi, je ne veux pas "parler d'un sujet ou d'un autre". J'ai travaillé dans plein d'endroits et j'aspire plutôt à l'universel. C'est la danse et la qualité du mouvement qui m'intéressent d'abord.
Après cette approche d'un "point zéro" dans votre travail, qu'allez-vous faire ?
Dans le futur spectacle, l'année prochaine, je veux ouvrir à plus d'interprètes et travailler dans un paysage dans un changement constant. L'homme détruit et reconstruit en permanence. Et nous changeons tout le temps à l'intérieur, aussi.

Du 11 au 15 mars à la Maison de la danse, 04 72 78 18 00

Florence Roux