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À l'aube des 2es Assises internationales du roman (AIR) concoctées par la Villa Gillet et Le Monde des livres du 26 mai au 1er juin, Guy Walter, directeur de la Villa Gillet, nous raconte le bonheur d'une aventure qui a sûrement de beaux jours devant.
On imagine mal le travail que représente la programmation de ces Assises. Comment se conçoit et se construit un tel rendez-vous ?
Pour répondre à cette question, il ne faut pas perdre de vue que, d'une part, nous travaillons depuis une institution, la Villa Gillet, qui en 20 ans a su s'ouvrir à l'actualité de la pensée et des arts avec régularité et attention. La construction du programme des Assises repose donc sur une logique de travail au long cours, ce qui nous permet par ailleurs d'échapper au piège de l'événementiel, d'avoir du recul. Les Assises sont nées de ce travail de fond. D'autre part, nous ne sommes pas seuls à travailler. L'équipe rédactionnelle du Monde des livres conçoit avec nous les thèmes et les questions. Cette collaboration avec le quotidien ne se résume nullement à un suivi journalistique. Ce sont des choix communs qui reposent sur de vrais débats.
Présentez-nous cette 2e édition…
Nous avons gardé le même mode d'organisation que l'an passé : des tables rondes avec des questions fortes qui engagent une vision du monde, un dialogue des cultures et des langues au travers des expériences partagées de l'écriture et de la lecture. Cette 2e édition introduit des dimensions nouvelles, l'image, le cinéma, le regard porté par un des plus éminents historiens, Carlo Ginzburg, sur la littérature, un dialogue entre un très jeune romancier, Adam Thirlwell, et les grandes voix du passé grâce à des images d'archives, une approche inattendue de l'œuvre de Sagan par Rachel Cusk. Nous avons donc varié les formats, introduit de la diversité.
Et comment définiriez-vous son leitmotiv ?
Le leitmotiv, c'est simplement cette conviction que l'invention romanesque traduit toutes les dimensions du temps vécu, politique, social, intime. En intitulant cette 2e édition "Le roman, quelle invention !", nous voulons affirmer la force libre et intempestive des romanciers qui ouvrent des perspectives nouvelles sur la réalité. Nous avons choisi des questions vives, parfois inconfortables : invention-intervention, s'emparer de la vie des autres, par exemple…
D'éventuels regrets ou de grandes fiertés ?
Des regrets, non ; des projets, oui… Ce dont nous sommes fiers, c'est la publication du Lexique nomade aux éditions Bourgois. Un livre inattendu. Chacun des auteurs invités a choisi sur notre demande un mot-clé qui ouvre une porte sur son œuvre. C'est un parcours jubilatoire dans les mots. C'est un petit dictionnaire rêveur qui nous fait voyager. Nous le publierons tous les ans. C'est un livre en dédales et en surprises, un bonheur de lecture.
L'an passé, nous disions que la Villa Gillet était en passe d'inviter le monde aux Subsistances pour ses 20 ans… Cette invitation se perpétue aujourd'hui et semble s'inscrire dans la durée. Est-il encore possible de viser plus haut ?
Il ne s'agit pas de viser plus haut, mais de garder la même sagacité, la même exigence dans nos choix. Ce sur quoi nous parions, c'est la qualité renouvelée du dialogue, un dialogue ouvert à tous, sans consumérisme culturel. Nous prenons la littérature au sérieux. Nous voulons la respecter et nous voulons en faire partager les joies. Grâce aux Assises, Lyon et la région Rhône-Alpes sont devenus le lieu d'un rendez-vous international qui met la pensée littéraire à l'honneur. Nous sommes convaincus qu'un grand événement public et médiatique n'est pas obligé de choisir la voix moyenne pour réussir… Le public est aventureux, prêt à engager son intelligence dans la découverte.
Extraterritorialité… Qu'évoque ce mot aujourd'hui pour vous ?
Le roman ne vit qu'en passant les frontières et ses frontières. C'est un genre qui ne cesse de s'inventer de nouvelles figures pour vivre. C'est un genre métamorphique par excellence. C'est là sa puissance esthétique et politique. L'hybride, l'hétérogène, ce n'est pas fait pour me déplaire. En temps de crispation identitaire et de régression…
Quelques mots sur votre partenariat avec France Inter et Le Monde…
Je me suis déjà exprimé sur le rôle du Monde. Quant à France Inter, la chaîne fera 3 émissions en direct depuis Lyon. Ces grands médias nous permettent d'évidence de toucher un public plus large, mais surtout créent d'autres interactions qui nourrissent notre travail et notre réflexion. France Inter a été sensible aux exigences de notre programmation. France Inter a fait aussi le pari d'un intérêt de ses auditeurs pour une réflexion conviviale et rigoureuse sur le roman. Ses émissions le prouvent déjà.
Je reprends (une partie de) la citation de Colum McCann que vous avez mise en exergue : "D'abord vous écoutez, ensuite vous échangez des idées, et enfin vous vous apercevez que le monde est plus grand que l'on ne croit. Et vous vous enrichissez de la voix des autres…"
En tant que romancier, comment appréhendez-vous ces rencontres et comment vivez-vous cette richesse née de l'échange ?
C'est l'essentiel, le but à atteindre. Un événement culturel ne doit servir qu'à cela. C'est un bel hommage qu'il nous rend. Il donne à sa manière un sens au mot "Assises" que nous avons choisi. Être ensemble pour écouter, discuter, débattre. L'événement de la pensée, l'autre en nous…
De grands acteurs (Michel Piccoli, Elsa Zylberstein ou Guillaume Depardieu…) ont répondu favorablement à votre invitation, et le "versant" lecture prend une place prépondérante lors des Assises (idem pour le festival Les Intranquilles) ; parlez-nous de votre motivation !
C'est très simple. Nous avons fait le choix de présences et de voix singulières qui pouvaient nous faire découvrir et entendre les textes que nous aimons. De grands comédiens pour de beaux textes…
Quelques mots sur l'hommage à Christian Bourgois.
Christian Bourgois était un éditeur exceptionnel par ses exigences littéraires. Il a joué un rôle de découvreur et de passeur. Son catalogue ne reflète pas seulement la littérature d'aujourd'hui, mais l'invente. Nous lui devons de nous avoir aidés à comprendre qu'un livre était une aventure infinie. Elle va continuer avec Dominique Bourgois.
Du 26 mai au 1er juin aux Subsistances,librairies, bibliothèques, 04 78 39 10 02
Propos recueillis par Laurent Zine
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