|
La France qui se lève tard (et qui t'emmerde), ce n'est pas vraiment subliminal comme message !
On ne peut pas dire… Quand le discours se radicalise d'un côté, il est plutôt logique de durcir le ton du sien, non ? Depuis le 6 mai 2007 et au fur et à mesure de la construction de l'album, ce titre s'est imposé comme une évidence. Le "et qui t'emmerde" est devenu primordial pour nous à force d'entendre notre cher président parler de "la France qui se lève tôt" pour stigmatiser flemmards et autres irresponsables. Eh bien non, Nicolas, on peut se coucher et se lever tard tout en faisant activement partie de cette société.
Et cela ne vous a sûrement pas empêchés de "travailler plus" longuement à la finition de ce 2e album…
On ne va pas non plus se faire passer pour des foudres de guerre… Plus sérieusement, on peut dire que la conception de l'album (composition, enregistrement et mix) a pris 4 mois, avec môssieur Greg Aldea, aka Don Aldea de Borbòn le parrain, qui venait de terminer le dernier High Tone, au studio de la Loge à la Croix-Rousse. C'est ça, la fuite des cerveaux : le génie stéphanois contraint de s'expatrier dans la capitale des Gaules… Quant à Greg, son talent fait qu'il y a beaucoup de lui dans cet album.
Entre l'humour et la satire féroce, votre cœur balance ?
Oui, mais les idées sont souvent plus percutantes quand elles sont formulées avec humour, voire avec autocritique. C'est peut-être ça la réelle différence entre cette galette et la précédente : on n'essaie plus de passer pour des "rebelles porte-parole écorchés d'une génération sacrifiéeuhh". En l'espèce, la connerie universelle nous amuse plus qu'elle nous énerve.
"Bienvenue dans mon monde, un monde de merde… Et y a des claques qui se perdent !" : envie de passer à l'acte parfois ?
Bien sûr, pas toi ? [ndlr : heu… si !] On n'est pas très babouze dans l'âme, alors effectivement on a durci le ton. Mais les claques, on les donne en musique ! Et puis, à dire vrai, du haut de nos 60 kilos on n'a pas trop les arguments physiques pour faire peur autrement…
Quelles sont les racines culturelles et musicales que vous pourriez éventuellement revendiquer ?
À part le quadrille ou la bourrée auvergnate… Musicalement, on écoute de tout, et le rap n'est pas forcément majoritaire dans notre discothèque. De fait, on aime l'audace et l'énergie, qu'elle soit discographique ou scénique. Plus largement, on apprécie autant George Orwell que Groland, et je pense que ça se ressent chez nous, ce côté conscient et jeunes cons irresponsables à la fois.
Quel est votre sentiment sur le déRAPage du politique, que vous stigmatisez entre autres dans Intolérance Zéro ?
C'est extrêmement inquiétant cette façon qu'ont les politiques de rejeter la faute sur les plus faibles… Les banlieues, les clandestins, les précaires sont les boucs émissaires de ceux qui ne veulent surtout pas qu'on se tourne vers les vrais problèmes. Les délinquants portent aujourd'hui le costume-cravate, et les scandales financiers (d'Elf à EADS), les luttes de pouvoir font plus de victimes que le dealer de shit, me semble-t-il. Intolérance Zéro a été écrite en référence à un texte de la Fondation Copernic (syndicat de la magistrature) : "À quoi servent les lois sécuritaires ?" S'appuyant sur des faits avérés, elle décrypte les dérives de la justice aujourd'hui (www.fondation-copernic.org). La chanson vise également cette "tolérance zéro" chère à Giuliani, alors maire de New York, et reprise par Sarko, grand fan des États-Unis devant l'Éternel. Messieurs, parlez d'"intolérance totale" et là vous serez en phase avec vos idées nauséabondes.
Comment voyez-vous actuellement la scène rap en France ? Et dans quel état trouvez-vous la "chanson française" ?
Mettre toute la scène rap dans le même panier, c'est faire fausse route. Effectivement, si t'allumes ta radio, c'est pas bandant… Mais en creusant un peu, tu entends des choses différentes. Enfin quoi, c'est comme dans le rock, tu ne peux pas comparer Kyo à Parabellum, non ? Concernant la "nouvelle chanson française", on leur adresse une petite crotte de nez dans l'album, parce qu'il y a trop de choses mièvres à souhait qui sont parues ces dernières années. Cela n'empêche pas que l'on a pris une énorme claque quand on a découvert Loïc Lantoine, par exemple, que l'on a invité par la suite sur notre album Coup de grisou Remix. En résumé : on ne fait pas de généralités.
Et parlez-nous un peu de cette scène stéphanoise qui déboîte…
Qui boite aussi un peu… Je pense que la façon de faire de la musique quand tu vis à Saint-Étienne est à l'image de son public, c'est-à-dire très variée. Tu te nourris de cette mixité pour te la réapproprier, du coup ça se ressent dans ce que tu fais. Et c'est vrai que le nombre de groupes à l'échelle de cette petite ville est hallucinant. En rap, par exemple, si t'écoutes KNX, Sofa So Good, Eska Crew, Piloophaz, etc., y a pas un truc qui se ressemble, et ça c'est motivant.
Quoi que ce soit à ajouter ?
Cette phrase n'est pas de nous, mais elle rejoint tout ce qu'on a pu dire aujourd'hui : "L'avenir appartient à ceux qui ont les ouvriers qui se lèvent tôt." Alors putain, restez couchés mais vivez debout !
Le 9 novembre au Transbordeur,
le 10 à Nyons.
Propos recueillis par Laurent Zine |