|
Le fait que tu évolues désormais en groupe a-t-il changé ta façon "artisanale" de faire la musique ?
C'est toujours la même approche, et j'ai d'ailleurs utilisé pour cet album le même matériel que pour le précédent ; la grosse différence réside dans la façon dont Social Hide and Seek a été enregistré, à savoir quasiment d'un trait en une semaine, avec pas mal de bricolages qui feront pâlir les ingénieurs du son, disons les plus puristes… Mais c'est aussi la première fois que je laisse faire les prises et produire le son par quelqu'un d'autre pour que je puisse me concentrer uniquement sur la "direction" du groupe et des chansons. Le tout étant de laisser à chacun de la "place" pour exprimer sa créativité.
Es-tu toujours un fervent lecteur de la Bible ?
Non. J'ai utilisé la Bible comme matière première pour écrire 33, mon album de 2003, mais j'en avais extrait toutes les notions de religion et de croyance pour ne garder que des concepts qui ont malheureusement souvent forgé nos relations sociales. Depuis, j'écris en m'inspirant d'expériences personnelles, et j'habite aujourd'hui dans une région [le Nord] qui fourmille d'histoires à vivre et à raconter.
I'm not a Yoyo…
Euh… C'est une chanson qui parle de la cyclothymie et des personnes lunatiques qui s'en prennent malgré elles à leurs proches. Je précise à ce type de personnes que moi-même je ne suis pas un yoyo ! Y a sans doute un peu de vécu dans ce texte… Mais je crois que c'est souvent un petit jeu, pas très sympa, que connaissent bien tous les amoureux.
Comment voit-on la scène "rock" vue d'en haut, et qu'est-ce qui a changé pour Red à Lille ?
Lille est une ville très dynamique, où tu peux assister à un concert quasiment tous les jours de la semaine si le cœur t'en dit ; en plus tu n'es pas loin de la Belgique, qui a une culture rock très ancrée. Je suis par contre assez inquiet quand je considère le paysage musical en France d'un point de vue général, et niveau anecdotes je suis servi : ça va de la personne qui vient me demander de dédicacer une copie MP3 de mon album (ça m'est arrivé la semaine passée…) au public bizarrement absent des concerts les soirs de match de foot. Aujourd'hui, quand tu demandes à quelqu'un s'il connaît tel ou tel groupe, tu as droit à une réponse du style : "Ha oui, je suis allé voir sa page sur MySpace"… Personnellement, j'ai l'impression (sûrement vieux jeu) de connaître un groupe quand j'ai écouté son album et que je l'ai vu en concert. Il faudrait expliquer à certains que les concerts sont des réunions de gens qui vont écouter et voir dans une ambiance joyeuse des chanteurs et des musiciens sauter dans tous les sens sous des éclairages en couleur ; ça se passe le soir dans des salles qui sont accessibles à tous et sans la violence inhérente à ⁄ de stade de foot… Le seul hic, c'est qu'il faut évidemment pousser la porte de chez soi… et aller parfois affronter le froid. Mais avec le réchauffement de la planète, ils n'ont plus d'excuse !
On dirait que ce nouvel album transpire la sérénité. Mais on imagine que Red saigne encore à sa manière le blues des pionniers…
Je ne suis pas sûr d'être très serein, et les chansons Social Hide and Seek ou Last Song me semblent être les choses les plus noires que j'ai jamais écrites. C'est simplement qu'aujourd'hui, à quasiment 40 balais, je contrôle mieux mes émotions, et je me sens moins putassier. Sinon, dans cet album, il n'y a pas de blues au sens musical du terme ; je dirais plutôt du "rock colérique".
Joues-tu encore à l'occasion seul dans les bars ?
Oh oui ! Mais aussi avec le groupe ; c'est très important pour moi, parce que je viens de là. C'est toujours un moment agréable de pouvoir jouer devant un petit comité dans mon lieu de vie préféré, quand ces messieurs de la maréchaussée veulent bien nous foutre la paix.
Qu'est devenue "the beast in you" ?
Le coyote est toujours là, plus calme mais pas moins vicelard, et son foie n'a pas encore déjauni.
Penses-tu avoir finalement trouvé ta voie (et ta voix) quelque part entre Robert Johnson et Tom Waits… ?
Ma voie n'a pas varié d'un iota : être libre de ma parole et de mes mouvements, essayer de rester objectif face au monde et honnête avec les gens qui m'entourent, parce qu'un rien m'empêche de dormir. Quant à ma voix, c'est devenu mon instrument préféré, et je pense même qu'à l'avenir je vais laisser tomber la guitare sur scène.
Social Hide and Seek semble avoir été bien reçu partout dans la presse et ailleurs ; penses-tu bientôt permettre à Universal de refaire sa devanture… ?
Je ne pense pas que je puisse faire quoi que ce soit pour la devanture d'Universal, sauf s'ils me demandent de la repeindre à la main… Mais ils sont toujours là pour l'instant et j'espère pouvoir continuer avec eux, car j'ai un tas de projets sous la papatte. Quant à la presse nationale, c'est vrai que l'album a été plutôt bien reçu, mais être chroniqué aux côtés de Carla Bruni ne veut absolument pas dire que nous avons le même compte en banque, parce qu'en ce qui me concerne, y a toujours un moins devant le chiffre…
Always "nothing to celebrate" ?
Non, rien, mais on le fête quand même, et plutôt 2 fois qu'une ! J'adore les non-anniversaires, et d'ailleurs je dois vous quitter car c'est encore le mien aujourd'hui… Alors, à la bonne vôtre et à bientôt.
So long, coyote…
Red au Marché-Gare le vendredi 20 avril à 20h30, 04 78 38 49 69
Laurent Zine |