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Michel Raskine, directeur du Théâtre du Point du Jour et metteur en scène de spectacles mémorables comme Max Gericke ou Pareille au même de Manfred Karge, Théâtres d'Olivier Py ou, à l'opéra, d'œuvres de Britten et de Verdi, se prépare à une apothéose. En effet, cette année, la Comédie-Française lui a commandé l'entrée au répertoire d'une pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde. Ce petit homme vert débordant de malice et d'énergie, ancien assistant de Roger Planchon aux débuts du TNP de Villeurbanne, n'est pas du genre à bouder son plaisir. La franchise affichée, le verbe facile, rencontre avec Michel Raskine.
Votre saison de metteur en scène sera assez contrastée entre la Comédie-Française et la pièce Jean-Jacques Rousseau, qui est un solo…
Je ne pensais jamais refaire un solo. La forme n'est pas inépuisable. Pourtant je cherchais une pièce pas trop lourde à monter, et je me suis souvenu de Jean-Jacques Rousseau. Je ne l'ai jamais vue, mais c'est tout comme, tellement j'en ai entendu parler ! À ma frustration s'ajoute ma tendresse de toujours pour le philosophe. J'ai gardé l'assemblage de textes original, signé Bernard Chartreux et Jean Jourdheuil, auquel j'ai ajouté quelques épisodes. Il y a un passage des Confessions qui se déroule place Bellecour, une scène de branlette plutôt réjouissante ! La puissante comédienne Marief Guittier incarnera en mars ce héros très controversé de notre littérature et, finalement, assez peu connu.
Vous aborderez également ce que vous appelez "le continent Jean-Luc Lagarce".
Oui, Lagarce, dont l'ami de toujours (pas le petit ami, hein, le compagnon néanmoins de toutes ses aventures théâtrales), François Berreur, gère l'héritage de façon admirable. Pour le cinquantenaire de sa naissance, il a instigué une Année Lagarce qui a porté ses fruits puisque de nombreux textes ont été montés un peu partout. Il m'a invité au Théâtre de la Colline à Paris pour une Nuit Lagarce, où j'ai entendu Laurent Poitrenaux lire des extraits du Journal, qui doit paraître cet automne, et Berreur n'avait pour projet qu'une mise en place pour Théâtre Ouvert. Ce que j'ai vu était super, je les voulais au Point du Jour… Et aujourd'hui, nous avons pu programmer Ébauche d'un portrait, 5 représentations exclusives d'un objet incroyable qui n'est plus du tout une lecture.
Et il y a votre aventure à la Comédie-Française, à Paris…
Il paraît qu'une proposition de mise en scène à la Comédie-Française, "ça ne se refuse pas". Je m'inscris en faux. Je n'aurais certes pas, tout seul, eu l'idée de monter un Lagarce. Mais la vérité est que Juste la fin du monde est une pièce superbe, de celles que j'estime "sans gras". Un metteur en scène a toujours envie de lipo-aspirer ici ou là quelques phrases superflues, mais pas dans celle-là. Et puis… rendez-vous compte ! Qu'est-ce que c'est que cette rencontre phénoménale de Lagarce avec la salle Richelieu ? Si vous ne connaissez pas : c'est 4 fois les Célestins ! Nous faisons le pari, avec la très remarquable Muriel Mayette (nouvel administrateur de la Comédie-Française), que la parole de Jean-Luc Lagarce, sur l'intimité du groupe familial, ses non-dits, y sera amplifiée. Les moyens techniques et humains du Français sont fabuleux, mais je ne me laisserai pas asservir par ces formidables possibilités. Je crois que le budget du spectacle les fera ricaner. Je ne veux rien laisser transparaître de mon projet de scène, mais sachez que je ne ferai pas la course aux Molières du plus gros décor. C'est un théâtre de tréteaux qui débarquera à la Comédie-Française.
Théâtre du Point du Jour, 7, rue des Aqueducs, Lyon 5e, 04 78 150 180
Étienne Faye |