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L'été, somme toute, a été chaud. La route des vacances, parmi toutes les destinations possibles, m'aura retenue à Montréal, livrée tout entière aux errances urbaines de mon humeur. Parcourir la ville en suivant ses trottoirs gris et se laisser porter par la rumeur estivale, faite de cris d'enfants, de vrombissements et d'extravagantes manifestations. Étalés au pied du mont Royal, mes quartiers se déclinent vers l'est en plusieurs langues et en autant de fantaisies.
Je ne résiste pas au plaisir de circuler dans les rues que la canicule rend désertes, attentive aux jardins, aux façades de briques peintes, au tire-bouchon des escaliers, à la générosité des hortensias. Ici une cour à l'italienne chargée de tomates et de courges, là une terrasse grecque où l'on savoure son café à toute heure du jour. Une humidité tenace colle les cheveux aux tempes et ralentit considérablement le pas.
La curiosité me mène dans ces ruelles qui servent de terrain de jeu aux enfants du bitume. Espaces verts derrière des palissades de bois, cordes à poulie où sèchent les dessous de la maisonnée, bric-à-brac gisant au fond des cours : chaque maison recèle ses secrets. Collées les unes aux autres, ces constructions à 2 ou 3 étages composent une farandole dans laquelle s'immiscent quelques parcs valeureux, véritables résistants à l'omniprésence du béton.
Une jolie fillette me double sur le trottoir, juchée sur ses patins à roulettes. Elle file, hardie et enthousiaste. Son passage provoque une agitation à l'intersection. Coup de klaxon, écureuil en cavale et éclat de rire. Deux nattes qui s'éloignent et me perdent de vue. Devant moi, à l'entrée d'une cour où dorment un vélo et une trottinette, un cerf-volant maladroit, tracé aux couleurs de la craie par des mains enfantines, me lance une invitation.
J'ai encore l'âge de m'agripper à lui et de me laisser conduire là-haut, au-dessus des contingences du quotidien. Je survole ma ville, attachée au rêve d'un enfant, et je devine dans l'exaltation de cette élévation ce que révèle sa quête. Un dédale se dessine sous moi, qui m'oblige à considérer la modestie des lieux. Le vent souffle et me mène vers ce mont qu'on dit royal parce qu'il évoque le siècle qui nous a engendrés, un promontoire de verdure où se dresse cette croix que nous n'avons cessé de porter. Le silence là-haut en impose. Des ailes me poussent, qui me font croire que la vie est ailleurs. La ville est belle, mise en perspective. Comme le destin d'un peuple à échelle réduite.
Miaulement d'un chat, retour à la réalité. Dos rond, queue dressée, le fauve rugit. Je m'échappe, ce territoire n'est plus le mien. Je me laisse happer par le va-et-vient de ce grand boulevard qui traverse la ville, indifférente aux commerces qui m'interpellent et aux automobilistes qui m'ignorent. Je tente de retrouver ces tendres visages que j'ai aperçus de la cime des arbres, ces sourires confiants qui m'ont dit la bonhomie des gens d'ici, leur détermination tranquille. Je les surprends dans l'embrasure d'une porte, derrière des lunettes aux joyeuses montures, devant une vitrine trop colorée, au fond d'un regard embrumé.
Au loin, une cloche marque de sa voix fêlée le coup de 6 heures et guide mes pas. Ma promenade s'achève devant 3 musiciens qui jazzent Montréal, pendant que je sirote une bière fraîche.
Sylvie Drolet |