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Le Peuple de l'Herbe
"L'avenir, c'est maintenant"

Dans les bacs depuis le 27 août, Radio Blood Money (Pias / Supadope) est le 4e album du Peuple de l'Herbe et s'annonce comme le carton de la rentrée, alors que tournoie déjà sur les ondes leur single Plastic People.
Entretien avec DJ Pee et DJ N'Zeng avant une tournée européenne tentaculaire.


L'été du Peuple semble se finir sur les genoux après des concerts démoniaques à Dour (Belgique) et aux Francofolies…
Saine fatigue… Après l'enregistrement, nous sommes partis directement nous frotter au public des festivals, histoire de finir la tournée Cube et de tester de nouveaux titres sur scène. Sachant que l'on a changé de façon de travailler, c'est évident qu'il a fallu ressortir le bleu de chauffe. Après un an sans tourner, il faut du temps pour retrouver une certaine sérénité sur scène. Rien n'est jamais acquis, alors on est montés au créneau à l'énergie ! Mais finir sur des concerts rentre-dedans avec un public réceptif nous a particulièrement galvanisés.
Avec, au passage, un concert au Fusion Festival dans une ancienne base aéronautique de l'ex-RDA !
Oui, et c'est là, vers la fin de la guerre, que les Allemands testaient leur V2… Depuis la chute du Mur, c'est devenu une sorte d'immense friche gérée de main de maître par des associations, avec des bunkers d'époque (!) qui servent de salles de concert. Question recyclage, et symboliquement parlant, c'est très fort. Le Fusion Fest est un rassemblement, disons, "à gauche toute !", où le respect de l'environnement n'est pas un leurre. Il y a d'ailleurs de grands écriteaux où les slogans sont sans équivoque : "Ne jetez pas que les nazis à la poubelle !" Un festival rassemblant toutes les "tribus". Pas un soupçon d'agressivité dans l'air, une émeute tranquille pendant le concert : vraiment le genre d'atmosphère que l'on apprécie.
Avant l'été, il y a eu le printemps qui t'aura permis (Pee) de rencontrer Chuck D. Tu peux nous raconter l'entrevue ?
Oui, après un superbe concert de Public Enemy, dans le cadre d'un non moins superbe festival (L'Original). Voilà, je lui ai dit simplement que sa musique avait changé nos vies et que, à la façon dont il avait lui-même samplé des disques, nous avions "piraté" son logo puisque celui du Peuple s'inspire directement du lettrage de Public Enemy. Chuck D est un gars disponible et je n'ai vraiment pas été déçu du voyage !
Et, justement, vous lui rendez en quelque sorte hommage dans ce nouvel album.
C'est vrai, petitement mais sûrement.
Quels autres personnages de cet acabit auront donné au Peuple de l'Herbe la sève et l'envie d'aller se confronter à un public ?
Il y en a beaucoup, mais comme ça, de but en blanc, je [Pee] dirais Gil Scott-Heron ou KRS-One… Sinon, Beastie Boys [N'Zeng] pour le côté scénique et philosophie de la chose.
Il se dit également que, dans la foulée de ce printemps "petit avec de grandes oreilles", vous êtes devenus citoyens du Groland ?!
On leur a effectivement demandé l'asile politique suite aux élections… Merci à eux pour les passeports !
Et 10 ans après la création du groupe… vous avez ainsi pensé qu'il était temps de faire paraître votre tout premier 45t (Plastic People).
L'idée nous turlupinait depuis un moment, sauf que l'on ne fait pas toujours ce que l'on veut.
Parlez-nous de ces Plastic People…
C'est un texte assez personnel écrit par JC-001 pour dépeindre l'évolution de son quartier (Notting Hill, à Londres), envahi depuis 20 ans par des promoteurs immobiliers et donc par de nouveaux habitants, très riches, pas vraiment concernés par les us et les coutumes du coin. En l'espèce, plutôt des "gens en plastique" qui roulent tous en 4 x 4, voire en Austin Mini, et parmi lesquels le bonhomme aurait tendance à se sentir de plus en plus étranger… Dans le quartier, les prix ont été multipliés, chassant progressivement les anciens autochtones. C'est clairement ce que l'on vit depuis 15 ans ici à la X-Rousse. Plastic People, c'est également un clin d'œil à ce qu'écrivait John Lennon, dans les sixties, sur le sujet.
Si, par le passé, Le Peuple distillait des messages, disons, plus ou moins subliminaux, les textes semblent dorénavant prendre de plus en plus d'importance.
C'est évident que l'on a cherché à mettre beaucoup plus de sens dans ce nouvel album. Nous sommes des citoyens comme les autres et - signe des temps - il se trouve que nous avions des sentiments à exprimer… Aussi avons-nous utilisé des références à la science-fiction et à la littérature d'anticipation pour amener une réflexion. Le titre de l'album renvoie ainsi directement au Dr Bloodmoney de Philip K. Dick, dont on ne saurait que conseiller la lecture.
Et par exemple sur votre site (www.lepeupledelherbe.net), où vous avez publié une nouvelle…
… de Raphaël Colson, jeune et talentueux écrivain du cru, publié aux Moutons électriques…
On n'en dira pas plus, mais ça vaut le détour. Et si "l'avenir, c'est maintenant", on peut penser que vous le voyez de façon plutôt sombre ?
Disons qu'Orwell et K. Dick avaient en partie vu juste, quand ils parlaient par exemple de caméras de surveillance ou de guerre perpétuelle contre un ennemi invisible (1984)… C'est une littérature, pour nous, classique, qui constitue un bon réservoir d'idées alors qu'il semblerait que le monde en manque cruellement aujourd'hui. La paranoïa guide actuellement nos destinées et il est urgent de penser à l'avenir autrement.
Dont acte. Autre aspect qui a pris de l'importance au sein du groupe, c'est ce côté "joué en direct-live" (batterie, claviers, scratches, chants et désormais basse), pour un nouveau Peuple autant en studio que sur scène…
Il y a encore des machines (!) que les instruments ne pourront remplacer. Mais c'est vrai que le côté organique n'a jamais été aussi présent que sur ce dernier album, et maintenant sur scène. C'est une évolution naturelle, liée à l'arrivée de Spagg (machines + basse) et au fait que l'on a complètement changé de manière de composer. Comme de repartir de zéro ou presque.
Avec, donc, un nouveau line-up !
C'est une "version II du Peuple", avec d'autres personnalités qui vont ajouter une couleur différente à ce nouvel album, mais l'esprit est le même. Spagg faisait déjà partie de l'équipe et a donc remplacé Stani. Quant à Jean, c'est un ami, et on a suivi de près son aventure avec Meï Teï Shô, sachant qu'il chantait déjà avec nous sur le Ph Theme (1er album). On a eu envie de refaire des choses avec lui, et dorénavant il sera sur scène pour plusieurs titres !
Quant à l'album, il est encore plus éclectique, et musicalement c'est sans doute l'opus le plus léché du Peuple de l'Herbe.
Que l'on parle des arrangements, de la place des voix ou de la programmation des machines, etc., il est de toute manière évident que le but de la manœuvre est toujours le même : progresser et se renouveler. C'est donc ce que l'on a essayé de faire… en prenant le temps de peaufiner les détails. Ensuite, c'est le travail accompli par Kreez en studio qui donne sensiblement du relief aux compos. Et faire le son du Peuple, c'est quand même sacrément compliqué.
Considérez-vous ainsi toujours cette phase de création musicale comme un grand détournement de tout ce qui est passé entre vos oreilles, associé à une sorte de panel de références littéraires, voire cinématographiques ?
Absolument, parce que le plaisir est toujours le maître mot. Il y a donc en effet des morceaux qui peuvent s'écouter comme des BO ou qui se réfèrent au thème de l'album évoquant la science-fiction… Mais cela signifie aussi que certains titres seront plus "durs", parce que l'on n'a pas forcément envie de sauter tous les jours au plafond en ce moment. Puisqu'il joue avec notre humeur, l'environnement politique et social contamine aussi, forcément, la tonalité de cet album. M'enfin bon, on n'a pas enfanté non plus d'un opus complètement dark !
"Une nation de non-fumeurs… Pas de cigarettes, pas d'alcool, pas de drogues, pas de femmes… à moins, bien sûr, d'être marié. Pas d'armes, pas de langage grossier, pas de viande rouge… Une terre de liberté !"
Surtout, pas d'écart, chacun devant rester bien à sa place… On n'est pas loin de la réalité, non ?
Mais "quel bel avenir" néanmoins, avec cette tournée qui se profile.
Oui, restons positifs, d'autant que nous avons encore la chance de pouvoir faire ce métier à notre sauce. Avec beaucoup d'envie.
Le 28 septembre aux Abattoirs de Bourgoin, le 12 octobre au Transbordeur et le 19 octobre au festival Rocktambule de Grenoble.

Radio Blood Money, dans les bacs depuis le 27 août.

Laurent Zine