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Qu'est-ce qui continue de faire courir Néry ?
L'appétit de regarder autour de moi, de découvrir des situations nouvelles, des gens nouveaux. Tout ce qui mérite d'être noté et partagé. Et la musique est un support à partage. A savoir, mettre des textes en musique et les chanter sur scène. Mais je pense que ce qui m'attire le plus, au départ, c'est l'aspect scénario d'une description. Que ce soit abstrait ou concret, ce qui est important c'est la forme de l'écriture et la façon de l'écrire.
Qu'évoque ton écriture ?
Ce sont des tranches de vie. Des moments de vie observée. Vus de la fenêtre… Des moments de concret, de rêveries, de plein vol, d'abstrait. Ce que j'ai apprécié dans la rencontre avec le Belgistan, c'est qu'ils ont amené une idée de balancement et une facilité pour se laisser porter. Puis il y a de l'air, il y a une notion d'envol.
Comment naît l'envie d'écrire ?
Le hasard. Le désir aussi, qui prend des formes très multiples. Ce peut être des désirs très minimalistes qui attirent l'attention et l'œil. Des désirs plus profonds, il y a des surprises, des situations inattendues, drôles ou pas, qui me donnent envie d'écrire… Je note des impressions dans un carnet, ici et ailleurs. Quelques mots clés. Je considère vraiment ce carnet comme un appareil photo. A l'instar du photographe qui choisit de retoucher, de recadrer ou de retravailler le tirage, l'intensité, les lumières d'une photo et pas d'une autre… C'est le même cheminement pour moi.
Le goût de la poésie, ça s'explique ?
Un besoin. Un jeu, aussi, des mots entre eux, comme de la musique. Telle note associée à telle autre, c'est l'ensemble qui va avoir une couleur. Les mots associés les uns aux autres vont sonner d'une certaine façon, vont devenir plus âpres ou prendre une certaine douceur. Mais ce qui prime toujours, c'est l'envie d'écrire. Je n'écris jamais pour faire du remplissage, je n'aime pas ça.
Si je dis "surréalisme" ?
A fond. J'adore, et en même temps je ne suis pas un connaisseur. Je l'effleure. Je pense que je suis comme ça profondément.
Peut-on dire que Néry est loufoque ?
Ça va avec le surréalisme. C'est une façon sérieuse, presque réfléchie, de voir les choses. De détourner des propos, des situations trop concrètes ou trop contraignantes. C'est assez sérieux d'être loufoque. Car c'est vraiment une autre vision des choses. Ça aide à regarder les choses et les gens avec un regard un peu différent.
Retour à l'album : y a-t-il une tonalité générale ?
On est dans une couleur générale de groupe, d'instruments et de personnalités, mais, malgré tout, les textes ont inspiré des musiques différentes. Il y a une tendance un peu pop-rock avec de petites musiques qui sentent la musique africaine, ici et là des tendances très lointaines d'Europe de l'Est.
Un album mondialiste ?
Plutôt mondial dans l'ouverture, dans l'appétit des autres, dans le "pas peur de l'inconnu". J'adore l'idée du voyage, de fonctionnements différents, me plonger dans des habitudes de vie différentes ; je me passionne pour d'autres cultures. Mondialiste, oui. Mais pas dans le sens "lissage". J'aime l'idée d'apprendre d'autres langues pour approfondir et toucher du doigt des différences.
Ce qui t'énerve aujourd'hui ?
L'uniformisation, le lissage, l'unilatéralisme de l'appréhension des choses et des gens. Quelque chose qui me touche, car je le prends de plein fouet. C'est contraignant, ça réduit les possibilités de variété dans tous les domaines (musique, cinéma…). Je n'aime pas le lissage, et en même temps je me laisse volontairement piéger par les grosses machines… Je n'ai pas de position très affirmée là-dessus, je me laisse volontiers envahir, et j'aime ça d'ailleurs. Ensuite je fais mes choix, j'ai des moments de grande immersion et de grand isolement. Je reste éclectique, je prends de tout, je ne suis pas contre ou pour, j'accepte de voir le monde comme il change avec ses doutes et ses questions. Et je me bagarre au milieu de tout ça pour faire les choses qui me motivent. Il faut se battre pour les champs de bataille de l'indépendance.
Alors, militant dans la vie ?
Pour moi, les gens militants sont des gens très engagés, presque curés. Je pense que je suis plus fidèle à un fonctionnement. J'aime ma liberté de penser, d'agir, d'inventer et de concevoir des choses, je ne me laisserai pas emprisonner par des besoins pour arriver à quelque chose. C'est ma façon d'être militant. Ensuite je fais des rencontres, il se passe des choses… Avec les Nonnes Troppo, on continue de verser 10 % sur la vente de nos disques pour le Droit au logement. C'est une forme d'engagement, mais je ne suis pas un militant de tous les jours.
8 février à 20 h 30 à l'Epicerie moderne (+ Zumik)
Anne Huguet |