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Le Théâtre national populaire change de peau et, en prévision, s'incarne dans un groupe de jeunes gens enthousiastes, une troupe de comédiens. Avec elle, le directeur Christian Schiaretti continue sa politique de répertoire en montant les farces de Molière La Jalousie du barbouillé et Le Médecin volant : les deux premières d'une œuvre prolifique… L'occasion de rencontrer cette jeunesse dorée qui côtoie les incroyables Nada Strancar, Roland Bertin et Wladimir Yordanoff dans l'ébouriffante aventure Coriolan, s'apprête en outre à vivre la fabuleuse aventure de la création, en mars, de Par-dessus bord de Michel Vinaver, et sort d'une tournée dans la région avec les Molière créés l'an dernier et qui seront rejoués à l'occasion de ces nouvelles créations.
Trois personnages sympathiques ont accepté de représenter les copains et de répondre à mes questions.
La question rituelle, à propos de Molière, j'ai envie de vous la poser : est-ce que ce ne serait pas un peu barbant, un peu vieux ?
Damien Gouy : Entre le texte qu'on étudie au collège et celui qu'on monte, il y a une énorme différence. Nous avons beaucoup travaillé le verbe de Molière afin de l'incarner. C'est du Molière de plateau : du théâtre.
Clémentine Verdier : C'est vrai que c'est un auteur qui n'est peut-être pas bon ton à jouer pour les professionnels. Mais sa langue est si belle, tellement intelligente ! Chaque vers a son secret, son humour. Il y a une pensée qui s'exprime, même au prix d'une petite perversité… Un plaisir à dire !
D. G. : Pour contrer l'effet "petit monde de Molière" qui tracerait une frontière entre le spectateur et le texte, Christian Schiaretti aime dire que l'on "parle Molière tous les jours". Français, quoi.
C. V. : Lorsque je joue Les Précieuses ridicules, je suis bien obligée de constater que cela m'évoque des choses. Cette façon, par exemple, de périphraser certaines expressions jugées trop vulgaires. Préférer au mot "miroir" l'expression "conseiller des grâces", cela ressemble quand même bien à notre politiquement correct, non ?
Jérôme Quintard : On nous demande parfois si nous n'avons pas modifié le texte ! Ce n'est pas simple de donner à écouter Molière, et durant notre tournée dans la région nous avons pu voir que les salles réagissaient différemment selon les actions menées ou non auparavant dans les collèges. Ce n'est pas pour rien que Christian Schiaretti crée un répertoire du TNP, il faut sans doute éduquer le spectateur…
Vous allez jouer des farces : on est assez loin des comédies plus littéraires qu'on étudie à l'école…
J. Q. : La Jalousie du barbouillé et Le Médecin volant sont 2 pièces très courtes, très peu structurées. Ce sont plutôt de bonnes scènes qui se succèdent. Elles seront d'ailleurs réutilisées par la suite dans George Dandin et Le Médecin malgré lui.
D. G. : Ce sont, à mon avis, des canevas à partir desquels ils devaient improviser, ils se lâchaient.
Vous vous lâchez un peu, aussi ?
C. V. : Parfois on en fait des tonnes, mais tout vient du texte. On accentue l'effet comique, on ne l'invente pas.
J. Q. : On évite le cabotinage tout en s'amusant… donc en respectant le texte à la lettre. Quand notre camarade Xavier Legrand joue le mec bourré, il exécute une figure classique de la farce, mais il invente un truc à chaque fois. Il est irrésistible [c'est vrai, ndlr]. Nous le regardons depuis le fond de la scène, nous nous regardons tous tour à tour, et, comme le public, nous rigolons bien !
Du 6 au 19 novembre au TNP, 04 78 03 30 00
Propos recueillis par Étienne Faye |