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Parlez-moi de votre Asie : comment l'avez-vous vécue ?
Ce fut vraiment un réel plaisir. Hanoi, Hô Chi Minh-Ville (Vietnam), Phnom Penh (Cambodge), Bangkok (Thaïlande) et Jakarta (Indonésie) : il y a de tels contrastes entre ces villes qu'il est difficile d'énoncer des généralités. Nous avons simplement essayé de donner le meilleur de nous-mêmes partout, avec l'avantage incontestable que notre son a des couleurs asiatiques mais en version futuriste et remixée. Le seul point noir concerne le manque de fiabilité du matériel technique, dû à la pauvreté des moyens, au climat humide et au manque de stabilité du courant électrique ! Ça nous laisse néanmoins quelques souvenirs impérissables, comme l'électrocution (sans gravité) de notre VJ, due à un court-jus qui l'a propulsé 2 mètres en arrière et qui a détruit son projecteur et son PC… Il y a eu aussi l'arrêt au bout de 1 heure du concert à Phnom Penh pour cause d'intempéries majeures… alors que, selon la coutume, l'organisateur avait payé un shaman pour éloigner la pluie et les mauvaises énergies ! Voilà, sinon il nous est arrivé de manger des scorpions et autres serpents, recommandés comme fortifiants des défenses immunitaires. Il y a bien sûr un plaisir immense à goûter aux différentes cultures à l'autre bout de la planète.
Toujours envie d'aller voir plus loin ailleurs si vous y êtes ?
Nous jouons principalement en France et en Europe. Au-delà, disons qu'il est souvent difficile de surmonter les contraintes liées à l'organisation, et près de 50 % de nos projets (en Inde, Ouzbékistan, Liban) sont ainsi tombés à l'eau… Mais quand ça fonctionne, c'est du bonheur.
Racontez-nous un peu la gestation de cet album (avec un travail particulier sur la spatialisation des sons et effets).
La réalisation de ce disque nous a pris environ 6 mois : 4 de composition et de préproduction et 2 d'enregistrement et de mixage au nouveau studio de Jarring Effects et de Greg Aldea, notre ingénieur du son. Quant à la spatialisation des sons, je pense simplement que ce nouvel album est la suite logique de Wave Digger (le 3e), si ce n'est que les titres me semblent plus aboutis, avec des tempos plus lents et plus dub ! Il y aura beaucoup de choses à exploiter en live et il nous tarde maintenant de reprendre la route.
HT a toujours eu cette propension à triturer les sons… En l'espèce, vous poussez le bouchon au-delà du réel, pour finir la tête dans les étoiles !
La musique peut être associée à une forme de pensée sans les mots pour la traduire, et cette limitation est sûrement aussi sa force. Abstraite mais subtile, avec un effet direct sur le physique et le psychisme. Détente pour certains, stimulant pour d'autres ; une source de réflexion ou de méditation qui peut nous entraîner jusqu'à la transe, voire l'extase… La tête dans les étoiles, n'est-ce pas déjà suffisant ?
Le titre de l'album ?
"Oscillations souterraines"… en référence au tremblement des infrabasses dans certaines musiques ou au grondement sourd de nos cités urbaines. Oscillations de forces souterraines que l'on ne pourrait pas complètement ensevelir, comme le mécontentement face à des mauvais choix de société, ou bien des problèmes écologiques, et qui tôt ou tard finiraient par remonter à la surface pour le meilleur ou pour le pire.
Quoi que ce soit à ajouter ?
Juste un petit constat sur l'industrie du disque : les ventes physiques ont chuté de 45 % en 5 ans, et inversement la demande est énorme dans le monde virtuel (tirant vers la gratuité de la musique). Mais, à terme, c'est la mort des petits producteurs qui investissent, des distributeurs et, au final, des groupes. Il faut donc trouver un juste milieu : essayer de télécharger pour découvrir et d'acheter pour soutenir. Ainsi Jarring Effects s'est associé avec la majeure partie des labels indépendants français pour créer une plateforme de vente et de téléchargement sur Internet (www.cd1d.com), qui pratique une politique de prix vraiment bas et qui permet aux acheteurs potentiels de soutenir directement lesdits indépendants. Alors ça vaut le coup d'aller y jeter un œil !
Underground Wobble (Jarring Effects), dans les bacs le 1er octobre.
Laurent Zine |