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C'est avec un live au titre évocateur, Sur nos forces motrices (Cinq 7 / Wagram), que Dominique A revient sur le devant de la scène. Sur CD et en live, le garçon repart sur les routes de France, voire plus loin (il est question d'Amérique du Sud, du côté du Chili et de l'Argentine), mais, en attendant, il passera à Lyon en novembre. On est en droit de se demander pourquoi Dominique A a attendu si longtemps avant de livrer un premier CD live. "J'avais des enregistrements sur les autres tournées, notamment en 1999 : nous avions enregistré, mais le résultat était à l'image de la tournée consécutive à la sortie de Remué. C'était un peu tristounet, un peu trop lugubre. Et puis, pour faire court, je n'écoute pas de disque live. Il n'était pas facile de concilier l'idée de faire un enregistrement en concert alors que je suis dubitatif par rapport à la réussite de ce genre de projet."
Ce disque est (enfin) là. L'exercice pouvait s'avérer périlleux, certains s'y sont engouffrés avec leurs gros sabots. Dominique A connaît bien la scène, et on le sait très exigeant. Il a fallu du temps et seulement 4 enregistrements pour trouver la matière - brute - pour ce live.
On se souvient tous des concerts de Dominique A. Malgré le son pourri du Globe, le concert avait quelque chose de magique. C'était l'époque du Twenty-Two Bar et de Il ne faut pas souhaiter la mort des gens. Ensuite, c'était à l'ENTPE, un concert mal parti parce que le problème électrique ne se résolvait pas et que le concert allait être annulé. Il donna finalement un concert sans micro, en acoustique, au risque de faire souffrir sa voix.
Il y eut d'autres concerts. Puis une trace sur DVD, qui représente bien la tension d'un concert de Dominique A, sorti en 2004. Le chanteur-musicien réussit le passage du concert solo.
Mais revenons à aujourd'hui : "Nous nous sommes retrouvés avec des versions assez frontales et des choses assez atmosphériques, comme sur les disques, et j'aimais bien l'idée que nous arrivions à jouer sur ces 2 tableaux. Ce n'était pas qu'un projet personnel. Tous les musiciens ont mis beaucoup d'eux-mêmes. Nous commençons à bien nous connaître, ça fait quelques années que nous tournons ensemble."
À l'écoute du disque, on ressent une tension. Les titres semblent retrouver une seconde vie. "Sur scène, on n'est pas là pour rigoler. C'est vrai que l'on est sur ce registre sur scène, c'est aussi un goût que l'on a, avec le groupe, d'aller vers ce répertoire plus sombre que vers les chansons plus légères. En répétition, on partait sur des ambiances plus crépusculaires, ça faisait ressortir chez chacun des choses plus profondes. Au final, ça donne des émotions plus fortes."
Du Courage des oiseaux, chanson toujours magnifique, à Antonia, les musiciens s'évertuent à tendre le fil serré de la mélodie pour donner cette contraction nécessaire à cette musique. On est sous le charme, parce que Dominique A donne avec ce live une autre vision de ses textes et de ses musiques. La voix a changé, depuis La Fossette. Quinze années séparent ces disques. "J'essaie de ne pas perdre l'esprit originel du morceau tel qu'il était à la base. Puis les titres évoluent du fait que les personnes qui sont sur scène ne sont plus les mêmes qu'à l'époque. Quand on reprend un morceau comme La Mémoire neuve, c'est clair que le titre prend naturellement une autre dimension. C'est très lié au travail de répétition : on se retrouve tous les cinq et on voit comment ça sonne. C'est le fruit d'un travail très informel. La scène, c'est toujours un moment où on est dans une surenchère, où on va grossir le trait. Comme les disques sont assez diaphanes, assez feutrés, il était évident que ça prendrait une tournure plus électrique sur scène."
Le temps est loin où l'on parlait de minimalisme ou de nouvelle chanson française pour Dominique A. Nourri de Brel, Brassens, Barbara, Ferré, Dominique A devait être chanteur et musicien. Il se peut qu'il soit un sacré écrivain. Ses chansons nous parlent depuis longtemps, elles savent nous accompagner.
Les changements de maison de disques n'ont pas altéré son envie de musique. Passant d'une major à un indépendant, les choix sont les siens. Le monde de la musique est différent aujourd'hui : nous sommes passés du vinyle au MP3 en l'espace de 20 ans. "En fait, ce qui me frappe, c'est que l'on soit en train de changer de support. La norme, c'est le MP3, et c'est un support de merde. Plus on avance, plus la diffusion de la musique se fait facilement et plus la qualité est médiocre. Il y a plein de choses audibles avec d'autres formats qui disparaissent avec le MP3, des histoires d'harmonies, de dynamiques qui passent à l'as. Tout est sur un spectre sonore super-étriqué. La qualité en prend un sacré coup dans la gueule, et c'est dommage. Je pense encore en termes d'album et pas en termes de titre isolé qui serait destiné à finir sur une compilation. Pour moi, c'est plus douloureux."
Continuer : Dominique A pense déjà à d'autres morceaux. Après cette tournée, il veut prendre son temps, se retrouver un peu, "pour revenir à bloc". En attendant, il écoute Winter Family, un duo franco-israélien, et Karen Dalton. Le timbre est plus grave, l'homme a grandi et a quitté ses stigmates d'adolescent. Aujourd'hui, Dominique A semble assez serein. Huit disques au compteur et un public qui répond présent : "Il y avait la réaction des gens après les concerts et l'idée de cristalliser ces moments-là. Le disque est le reflet de ces instants. J'aime la scène parce que c'est toujours des moments intenses. C'est vraiment le truc qui me fait évoluer, c'est souvent de là que naissent des envies. Ça reste quelque chose de déterminant."
Le 26 novembre au Ninkasi, 04 72 76 89 00
Bruno Pin |