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William Christie, fondateur des Arts florissants en 1979, cultive son talent, "cet art mêlé d'enthousiasme", aurait dit Antoine Rivarol, avec la "constance du jardinier" (pour plagier, cette fois, John Le Carré). Bien que sa formation figure dans le peloton de tête des groupes baroques les plus courtisés de la planète, elle fera 2 fois l'affiche régionale : à Ambronay, le 20 septembre, dans un répertoire Charpentier et Lully, puis en ouverture du 25e Festival de musique baroque de Lyon, le 14 novembre, également dans un programme de musique française. En revanche, William Christie a souhaité reporter la direction de Don Giovanni (qui devait ponctuer le cycle Mozart-Da Ponte concocté par l'Opéra de Lyon) à la saison 2008-2009. "Pour des raisons personnelles", précisait le chef à une heure de la dernière représentation des Noces de Figaro, visiblement très fatigué et très peu enclin à se prêter au jeu des questions-réponses, bien qu'ayant toutefois accepté le rendez-vous. Un chef, tout enthousiaste qu'il puisse être, reste un chef et sait faire valoir ses prérogatives si nécessaire.
Votre répertoire de prédilection se situe surtout dans le registre baroque. Quelles sont les raisons qui vous ont conduit à passer du baroque au classique (à Mozart, en l'occurrence) et à vous engager dans cette "trilogie" avec l'Opéra de Lyon ?
Il n'y a pas véritablement de "passage" de l'un à l'autre. Je suis - soi-disant - un spécialiste des musiques du XVIIe et du XVIIIe. Donc je me balade, si vous voulez, entre Monteverdi et Haendel, Haendel et Rameau, Rameau et ce qui est logiquement à la fin de ce grand cycle, c'est-à-dire la musique classique. Il me semble que les réciprocités entre Haydn, Mozart et leurs prédécesseurs sont tout à fait évidentes. Sachant ce qu'ils ont vécu comme préparation et comme éducation, j'ai trouvé rafraîchissant d'arriver à ce répertoire. Et j'ajoute à cela, tout simplement, mon propre plaisir.
Dans le cadre du Festival d'Ambronay, le public va vous retrouver dans ce répertoire de musique baroque française qui vous est cher. En quoi cette musique vous intéresse-t-elle tout particulièrement ?
Mais c'est une passion ! Est-ce qu'un historien de l'art ou une grande connaissance pourraient vraiment expliquer une passion, une fascination pour un peintre X ou Y ? Ils pourraient peut-être dire : "J'aime les couleurs employées, les sujets dessinés, la technique, l'époque à laquelle ce peintre se réfère", ou beaucoup d'autres arguments encore. Il se trouve que la musique française est une constante dans ma vie, que j'ai découverte avant l'adolescence au travers de disques, de concerts et d'opéras. C'est tout.
Partagez-vous le sentiment de certains mélomanes ou musiciens qui pensent que les représentations d'opéras baroques avec costumes et mise en scène restent trop peu programmées ?
Je suis navré, mais ce n'est pas du tout mon point de vue. Je sillonne la planète et ces opéras sont beaucoup joués, de partout.
En France y compris ?
Mais bien sûr. Tenez, la saison dernière, au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, il y avait au moins 2 opéras du XVIIIe et baroques en versions scéniques, programmés par Dominique Meyer. Il y avait également la reprise d'Alcina, opéra en 3 actes de Haendel, au Palais Garnier. J'ai aussi donné L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato, toujours de Haendel, en avril, avec une mise en scène délirante. Mais les saisons de Bordeaux, de Montpellier, de Nantes et de Strasbourg affichaient également des opéras baroques mis en scène. L'opéra de Lille a lui aussi présenté cette année le Jules César de Haendel, sous la direction de ma collègue Emmanuelle Haïm. D'ailleurs, j'ai moi-même commencé à Aix-en-Provence en 1989 avec The Fairy Queen de Purcell. C'est une activité qui nous est très chère. Et je pense que la France est certainement parmi les pays qui honorent le plus le répertoire ancien avec une mise en scène, donc un souci de décors et de costumes.
Dans ces versions scéniques, participez-vous aux choix qui y président, notamment celui de la distribution ?
Dans la mesure où c'est un répertoire que je connais mieux que la plupart des organisateurs, oui, très souvent. Au minimum, il y a de toute façon une concertation. Quand j'ai monté le Couronnement de Poppée de Monteverdi, à l'Opéra de Lyon en 2005, Serge Dorny avait certains chanteurs à proposer et qu'il voulait maintenir dans la distribution. Mais nous nous sommes concertés pour cela.
Parmi vos concerts à venir, un projet vous tient-il particulièrement à cœur ?
Aucun en particulier. Tout ce que je fais me stimule, puisque c'est moi qui choisis.
Est-ce la règle ou une exception dans la vie d'un chef ?
C'est une chance, car je dirige le répertoire que j'aime, avec les gens que je souhaite faire chanter. Les chefs les plus heureux sont évidemment ceux qui font ce qu'ils veulent !
Un dernier mot sur votre prochain enregistrement ?
Nous avons enregistré La Création de Haydn à la fin du mois de juillet. Cet enregistrement terminera la saison estivale (après la tournée qui m'aura conduit à Aix-en-Provence, à Athènes, à Berlin et en Normandie) et sortira chez Virgin.
Le 20 septembre au Festival d'Ambronay, tél 04 74 38 74 04
Le 14 novembre au 25e Festival de musique baroque de Lyon, 04 78 38 09 09
Caroline Faesch |