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2007

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Asian Z
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Biennale d’Art Contemporain 07
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OCTOBRE N°130  


©Denis Grigoire

Le Boudu

Le Boudu est un auguste - un clown, quoi. Certes très bourru, très seul. Très bavard aussi. Nez rouge, allure de clodo dépenaillé, tenant à peine debout, râlant et, j'oubliai, un peu méchant quelquefois : le portrait du personnage n'est guère flatteur ! Et le voilà lâché dans un monologue clownesque pour adultes. Aux manettes de ce spectacle pas tendre, Bonaventure Gacon, ancien élève du CNAC et magistral homme-orchestre qui transcende dans ce 1er spectacle solo. Tout à la fois acrobate (on a pu le croiser chez Plume, au Cirque désaccordé ou au cirque Trottola) et clown émouvant, il parle de la condition humaine, pointe du doigt la solitude ou le manque d'amour et porte, avec le Boudu, nos horreurs et nos terreurs.

Qui est le Boudu ?
Un clown théâtral et bavard. Un clown pour adultes, plutôt violent dans ses propos et rentre-dedans. C'est un clown qui a de drôles de façons de parler de sa condition humaine. Il raconte qu'il est le méchant, il mange une petite fille. On parle souvent des ogres qui mangent des enfants ou des gens. Mais on ne se demande pas ce qu'ils font lorsqu'ils sont tout seuls et qu'ils n'ont rien à manger. J'ai eu l'impression que poser un personnage brut et bourru révélait une solitude, une humanité d'autant plus vraie qu'elle est donnée brute au départ.
Un spectacle qui doit faire rire ?
Il y a des gens que ça fait rire, d'autres qui sont très touchés. Je crois qu'un spectacle de clown est toujours un peu à cheval entre les deux, toujours sur la limite. Si on se dit que le spectacle doit faire rire, qu'on se doit d'emmener les gens là, alors on rompt cette ligne.
Peut-il faire peur ?
Par les sujets abordés, sûrement. Mais je me suis gardé d'être provocateur, vulgaire ou même grossier. Pour justement garder une dimension humaine et jouer au-delà de ces paraboles de formes. Je ne crois pas que ce soit un spectacle choquant. Après, je crois qu'il peut remuer, parce qu'il touche à la solitude, à la violence de l'amour (lorsqu'il mange cette petite fille car il est trop seul et trop en manque d'amour). Il a un trop-plein d'humanité qui déborde.
Comment est venue l'idée de ce personnage ?
J'ai toujours aimé jouer les personnages un peu bourrus, ces êtres qui sont en porte-à-faux et en équilibre instable. Ensuite, j'aime dire que j'ai fait ce spectacle comme un livre d'enfants pour adultes. Car ce que j'aime, dans les livres d'enfants, c'est quand ça fait un peu peur, mais que ça vous emmène au-delà d'une conscience qu'on croirait maîtriser. J'ai l'impression que le cirque, le théâtre, le spectacle en général, ça doit bousculer la conscience. Je n'ai pas l'ambition de vouloir changer la face du monde ou de changer l'opinion des gens. J'ai imaginé ce spectacle… un peu comme de l'art brut.
La mission du clown selon Bonaventure Gacon ?
Encore une affaire de consciencieux. Faire rire. Ensuite, il y a tellement de façons de faire rire… Déjà que c'est difficile de vivre en tant que clown, alors lui confier une mission ! Le boulot du clown, c'est de ne pas être consciencieux. Il ne doit rien du tout ou alors il doit tout. Après, ça dépend de chaque clown, de la manière dont on l'aborde. Moi, j'ai l'impression qu'il ne doit pas penser. Comme un petit chat : s'il est affectueux, il ne l'a pas choisi ni décidé. Les gens pensent que les clowns, c'est pour rigoler, que c'est pour les enfants. Du coup, j'avais envie de ruer dans les brancards par rapport à ça…

Le 19 octobre au centre culturel Théo-Argence, 04 78 20 79 37

Propos recueillis par Anne Huguet