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Après qu'on l'ait vu cette année à la Maison de la danse dans une conférence dansée avec Pichet Klunchun, danseur thaïlandais, Jérôme Bel revient dans le cadre de la Biennale d'art contemporain avec The show must go on, dansé par le Ballet de l'Opéra de Lyon, qui, étonnamment, le fait entrer à son répertoire (Jérôme Bel refusant a priori l'idée de transmission). Cet ancien élève du CNDC d'Angers a travaillé avec Angelin Preljocaj et Philippe Decouflé et a créé depuis 1994 un certain nombre de performances qui posent, entre autres, des questions sur la notion de représentation, le rapport entre danseurs et public, le sens de la danse et du mouvement, le rapport entre corps et musique, le sens du cadre de la scène même et son influence sur la lecture d'une œuvre, l'existence même de l'œuvre en dehors de l'imaginaire du spectateur - donc son lien avec le supposé créateur -, l'identité du danseur et son rapport avec l'authenticité de la danse… Bref, des questions et des formes de spectacle (minimalistes et plutôt théâtrales) dont on veut nous faire croire aujourd'hui qu'elles sont d'avant-garde. The show must go on date de 2001 et est sa pièce la plus célèbre (mais pas la plus intéressante, on préfère Le Dernier Spectacle). Elle a enthousiasmé, mais aussi énervé un type de public (qui se déplace avec une certaine idée de ce que doit être un spectacle) par sa forme, qui donne l'impression qu'il ne se passe presque rien sur scène. C'était de toute évidence l'objectif de l'artiste. Qu'attend-on d'un spectacle ? De quelle manière l'attend-on ? Voire de quelle manière avons-nous envie de le consommer ou nous a-t-on habitués à le consommer ? Sur scène apparaît une troupe de 20 personnes dont toutes ne sont pas des danseurs, au physique singulier et dont les corps ne ressemblent en rien aux canons de la danse, même contemporaine (il sera d'ailleurs intéressant de voir le rendu avec les corps "formatés" des danseurs du Ballet). Jérôme Bel a choisi des chansons de Bowie, Nick Cave, John Lennon, des Beatles, Lionel Richie, Paul Simon… bien ancrées dans nos vies et avec lesquelles nous jonglons, un mélange de nos propres histoires et de ce qu'elles racontent. Bien évidemment, on se surprend à espérer des mouvements, des comportements, sur telle chanson ou tel rythme, et Jérôme Bel se joue de nos attentes. Corps immobiles, corps absents, corps au sol, qui s'enfuient ou disparaissent, drôles sur du tragique, des corps qui ne dansent pas ou, quand ils dansent, semblent maladroits, appartenant au commun des mortels. Il ira jusqu'à faire bouger les danseurs sur une musique écoutée au Walkman et inaudible pour nous. Qu'est-ce que la musique sur scène ? En fonction de quoi un corps bouge-t-il ? Quelle musique j'attribue à ce danseur tout seul devant moi, spectateur ? Jérôme Bel déstructure la notion de spectacle de danse, il amène des choses là où on ne les attend pas et rappelle que la danse peut être absurde dans des codes appris et figés. Les "temps vides" qu'il instaure sur scène sont autant d'espaces laissés au spectateur pour qu'il se réapproprie la danse et le spectacle. Pour lui, l'œuvre aboutie n'a pas de sens, son rôle est de donner au spectateur toute la place à son imaginaire afin qu'il crée son spectacle avec sa propre représentation du monde… Autant de concepts et de perches tendues qui n'empêchent pas l'ennui de s'installer, sauvé, il est vrai, par un peu d'humour et quelques moments de poésie fulgurante. Dans cette recherche autour de l'imaginaire, une autre question est sous-tendue : qu'est-ce qui nous accroche dans une pièce au déroulement maîtrisé par l'auteur et que nous reste-t-il d'un spectacle lorsqu'il est fini ? Peut-être est-ce là que réside sa réussite, car on se dit la même chose à la fin de chacun des siens.
Du 18 au 20 septembre à l'Opéra de Lyon, 0 826 305 325
Martine Pullara
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