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A
en juger par la programmation des radios qui en faisaient
leur fond de commerce, on ne croyait plus guère à
la régénération musicale du hip-hop,
qui pour schématiser, semblait éternellement
écartelé entre deux tendances : d'un côté le rap Gangsta, bimbos, bagouzes, grosses voitures
voire R&B, et de l'autre, le rap connoté Fight,
musicalement proche du "hardcore", et caisse de
résonance politique des minorités ethniques.
Cette deuxième option, nettement plus respectable,
trouvant son point d'orgue aujourd'hui avec la parution du
dernier Public Enemy (New whirl Odor chez Slam Jamz
Rds). Si certains artistes échappaient évidemment
à ce catalogage excessif par la pertinence de leurs
propos, leur ingéniosité, voire leur côté
provocateur (Eminem par exemple); il fallait néanmoins
aller fouiner du côté de la scène trip-hop
pour discerner une embellie phonique et imaginer un futur
digne de ce nom.
Avec la multiplication des Slam sessions - destinées
à rendre aux mots et leur sonorité et leur poésie
- et surtout l'assimilation des nouvelles technologies permettant
toutes sortes d'expérimentations électroïdes;
l'avènement du 21ème siècle a coïncidé
avec l'émergence d'un nouveau genre de rap, intelligent,
inventif, déstructuré, sombre et corrosif. Abstract,
alternatif, psychédélique ou électronique
(etc.), autant d'adjectifs pour désormais requalifier
le hip-hop à Atlanta, Chicago et ailleurs. En phase
avec son temps, Spade & Archer s'inscrit complètement
dans cette mouvance et son nouvel album à paraître
le 20 mars - Highway to jail - chez Ici d'Ailleurs,
transpire la noirceur de notre époque. On peut y dénombrer
subjectivement quelques influences plus ou moins directes,
du rap britannique en variantes rentre-dedans, trip ou teknoïdes
(de Gun Shot à Prodigy en passant par Tricky et Scorn),
jusqu'au hip-hop expérimental US ténébreux
et bruitiste (d'Antipop à Anticon). Autoroute vers
un univers sombre, mixant ainsi à l'envi musique post
industrielle, phrasés éloquents et voix indomptées,
boucles électroniques et tribales, tempos lourds et
répétitifs, samples mystérieux et guitares
noïse ambiance fin du monde
en parfaite adéquation
avec la référence au polar américain
(voir les détectives Sam Spade & Miles Archer dans Le Faucon maltais) et la pochette de l'album (réalisée
par Emre Orhun), modèle d'humour noir. Les deux loustics
n'ont pourtant pas le profil de dangereux psychopathes dépressifs,
bien au contraire, en témoigne ne serait-ce que le
titre de leur LP : Highway to jail
"Outre la
référence à ce tube d'un groupe de chevelus
(ndlr : Highway to hell d'AC DC) que l'on écoutait
étant ados et qui nous permet d'établir aisément
une passerelle entre le rock et le rap, nous voulions surtout
témoigner d'une époque complètement paranoïaque (en France, le Ministre de l'Intérieur y est pour beaucoup) qui implique que l'on peut désormais facilement se
retrouver en prison pour presque rien
Quant à
l'ambiance assez sombre du disque, n'oublions pas que nous
avons intégré çà et là,
des choses plus "guillerettes", en samplant des
sons synthétiques, des rires et des chants, des violons
etc. ".
Le duo construit, déconstruit, arrange, à la
manière d'apprentis sorciers des temps modernes et
sans règles préétablies; il a su aussi
bien s'entourer pour ce disque entièrement home made
(sauf les batteries enregistrés au Studio du Peuple)
comme ce sera bientôt le cas sur scène : "C'est
vrai que les gens sont maintenant habitués à
voir des gugusses derrière leurs machines, mais ça
nous paraissait important de combler l'espace, et rien ne
peut remplacer quelqu'un derrière un pied de micro
".
Le rôle est tenu avec brio par Carbon Copies, avec l'aimable
autorisation (!) de Picore, combo local qui lui aussi prépare
un album (à suivre). Autres ingrédients de 1er
choix à la cuisine de Spade & Archer, la voix de
Marilou (Groom) ou les images de Gal6 qui laissent à
penser que le nouveau set live qu'ils nous préparent
pour le jeudi 16 février devrait en asseoir plus d'un,
sans éventer les quelques surprises également
au programme. Un concert "en famille" avec des groupes
échappés comme eux de l'écurie Zoobook
(tour) et qu'ils encensent : Airborn Audio pour ce
qu'ils représentent en tant qu'ex-membres du mythique
Antipop Consortium et CX Kidtronik, (complètement
déjanté sur scène) dixit Mr Archer
Entre joutes verbales et machines infernales, c'est finalement
toute la musique urbaine d'aujourd'hui qui vous interpelle.
Laurent
Zine |