|
Comment
avez-vous vécu cette période de "flottement"
depuis lexit de la rue Clément Marot jusquà
aujourdhui ?
Si Grnd Zero a démarré sous forme de squat,
nous avons pourtant toujours affiché notre volonté
de dialoguer avec la Municipalité en exprimant des
demandes claires : un véritable relogement, et la
prise en charge des travaux nécessaires à
la mise aux normes de sécurité de la salle.
En 2004, la crise était totale suite à la
disparition du Pez Ner puis du Kafé Myzik. Nous sommes
donc rentrés dans un rapport de force avec les services
de la Ville, interlocuteurs légitimes sil en
est, pour leur faire comprendre quil était
vital de soutenir les cultures underground à Lyon.
Bien sûr, nous concevons parfaitement le fait que
certains squats veuillent conserver leur dimension illégale
en mettant souvent en avant une critique radicale du système,
mais nous nous inscrivons davantage dans une démarche
corrective : il nous semble justifié de penser que
l'argent public puisse servir à autre chose que de
financer l'OL ou lOpéra. Une question se pose
toutefois rapidement : Comment rester autonome tout en travaillant
avec les pouvoirs publics ? C'est la position que nous voulons
tenir, être au bord de l'Institution sans tomber dedans,
dialoguer avec elle tout en gardant un fonctionnement indépendant.
Cette longue période dattente depuis la fin
du premier Grnd Zero n'a pas été facile puisquil
nous fallait maintenir tant bien que mal une programmation
hors les murs, tout en constatant que les délais
de relogement étaient sans cesse repoussés...
Peu de temps après, l'option Rail Théâtre
est sortie du chapeau ! Après de nombreux rebondissements,
nous avons abouti au deal suivant : la mairie octroie une
subvention au Rail qui lui permet, entre autres, de mettre
à disposition la salle à Grnd Zero pour 70
dates à l'année. Cette mise à
disposition n'est pas gratuite et il faut souligner
que Grnd Zero NE PREND PAS en charge la programmation du
Rail Théâtre, qui va continuer ses activités,
principalement du théâtre. Deux structures
différentes, aux activités et aux fonctionnements
distincts, partagent donc les mêmes murs : il ny
a ainsi aucune raison quon évoque le Rail
Théâtre pour localiser nos concerts.
Désormais il y a Grnd Zero Vaise (69, rue Gorge de
Loup) et Grnd Zero Gerland (ndlr : voir + loin).
Présentez-nous le projet Grnd Zéro
an 2 !
Le projet n'a pas changé c.-à-d. donner une
visibilité aux cultures indépendantes/expérimentales/difficiles
à définir. Le processus actuel de diffusion
de la culture met en avant un nombre de plus en plus restreint
de produits sélectionnés pour leur potentiel
commercial. Nous pensons qu'il faut arrêter de prendre
le public pour une masse idiote : il pourrait s'intéresser
à beaucoup d'artistes situés en dehors du
circuit de distribution classique si seulement il les connaissait.
C'est pour cette raison que notre promotion est si intensive,
que nous abordons les gens dans la rue tels des témoins
de Jéhovah pour leur faire découvrir le monde
merveilleux des cultures "ündergründ"
et que nous recouvrons la ville de nos affiches. La programmation
de Grnd Zero continuera de tenter de concilier exigence
et accessibilité. Nous ne voulons pas non plus nous
adresser uniquement à un micro-public déjà
converti, ni nous cantonner à un style particulier.
Si, à travers toute l'Europe, un véritable
réseau de lieux alternatifs s'est constitué
ces vingt dernières années, nous ne pouvons
que déplorer leur rareté en France. Fort heureusement,
il en existe tout de même quelques-uns. Ainsi nous
sentons-nous proches de la programmation du Point Ephémère
ou des Instants Chavirés à Paris, du Confort
Moderne à Poitiers... Il est intéressant de
noter que tous ces lieux, bénéficiant d'une
large reconnaissance institutionnelle, peuvent s'appuyer
sur une équipe de salariés. Grnd Zero, proposant
un volume de dates équivalent, fonctionne uniquement
grâce au bénévolat et aux forces de
l'amour. Mais il ne faudrait pas réduire Grnd Zero
à une salle de spectacles ! Dans nos locaux de Gerland
(40, rue Pré Gaudry), nous sommes en train de mettre
en place des locaux de répétition, un studio
d'enregistrement, une salle d'expo, des résidences
d'artistes, un atelier de sérigraphie, des bureaux
accueillant toutes sortes d'associations...
Un mot justement sur louverture aux autres
associations !
Si une très grande partie des concerts se déroulant
à l'ancien Grnd Zero était organisée
par l'équipe interne, nous avons néanmoins
cherché à rassembler un bon nombre dassociations,
très différentes les unes des autres, liées
par le manque
d'une salle dédiée aux
cultures alternatives. Ainsi plus d'une dizaine d'assos
vont dorénavant collaborer très régulièrement
avec Grnd Zero : Sonotone, Syntax Error, Une Sale Histoire,
Infraksound, Burn Your Flag, Monsieur Kaugumi, Zerojardins,
S'étant Chaussée, Alchimia, Under a Big Black
Sun etc. On fera dailleurs paraître un programme
commun rassemblant la totalité des concerts tous
les deux mois, programme ensuite distribué/collé/scotché
par tous les clans. Chaque asso prendra en charge tous les
aspects liés à l'organisation de manière
autonome, de la conception des affiches au nettoyage. La
prog est aussi bien évidemment ouverte aux assos
extérieures même si nous n'avons pas pour mission
d'accueillir tout le monde. Si esthétiquement les
divergences sont les bienvenues, au niveau éthique,
il existe certaines conditions. Par exemple, les pré-ventes
à la Fnac sont proscrites, le prix d'entrée
maximum est fixé à huit euros (sauf exceptions)
et les prix des boissons seront les mêmes quel que
soit lorganisateur etc.
Quelle identité souhaite générer
le nouveau Grnd Zéro et comment concilier programmation
alternative et Rail Théâtre ?
En matière de programmation, nous disposons d'une
totale liberté. Ni la ville, ni le Rail Théâtre
n'ont de droit de regard dessus. Nous continuerons ainsi
à proposer ce qui nous plaît, stars underground
ou parfaits inconnus. Le problème est ailleurs :
comment concilier FONCTIONNEMENT alternatif et Rail Théâtre
? Nous arrivons dans un lieu qui n'est pas le nôtre,
ayant son propre mode de fonctionnement depuis 20 ans. Nous
sommes donc dans une position étrange, où
deux salles avec des approches complètement différentes
doivent se partager les mêmes murs. Dans une telle
situation, même la décoration peut poser problème.
Pour l'heure, nous sommes assez optimistes, le responsable
du Rail Théâtre est ouvert et prêt à
nous laisser gérer nos soirées comme nous
l'entendons et nous tenons bon nombre de conditions pour
indispensables. Dans beaucoup trop de salles de concerts,
le public est en effet complètement infantilisé
: fouille des sacs à l'entrée, sortie définitive...
des pratiques que nous bannissons. S'il s'avère impossible
dimposer notre façon de faire, nous repartirons
sur un mode plus radical, quitte à rouvrir un squat.
Quels sont vos souhaits intimes à laube
dune grande aventure ?
Notre mission civilisatrice est loin d'être terminée
et notre installation à Vaise comme à Gerland
ne doit être que temporaire. Ce que nous souhaitons
à terme, c'est un Grnd Zero permanent (!) en tant
que lieu de création et de diffusion dédié
aux cultures underground. Bien sûr, ces locaux constituent
déjà un soutien très important de la
part de la Municipalité, mais il est indispensable
que le projet sinscrive dans la durée. Sur
un plan plus général, nous voulons contribuer
à une réflexion collective sur la situation
des arts et cultures underground (leurs spécificités,
leurs place et rôle dans le panorama culturel contemporain,
les difficultés de création et de diffusion
)
et nous cherchons à proposer autre chose que le secteur
marchand traditionnel, étouffé par ses contraintes
de rentabilité. Il faut sinon savoir que sortir de
la marginalité du squat est paradoxalement un pari
risqué. En effet, la législation actuelle
est incroyablement inadaptée : une association qui
organise des événements artistiques dans un
but non lucratif se retrouve assujettie à toutes
sortes de contraintes et de taxes relevant d'activités
commerciales... Il y aurait beaucoup à développer
sur ce point : la rémunération des artistes
nommés amateurs selon la loi française,
la protection des droits dauteurs, le système
fiscal etc. Tout est fait pour tuer dans luf
des initiatives comme les nôtres, à léconomie
extrêmement précaire. Le pire étant
quune partie de ces dispositifs (Droit du Travail
et Droit dAuteurs notamment) ont été
historiquement créés pour protéger
les artistes. Mais ils n'en protègent désormais
qu'une petite partie, et restent inadaptés aux réalités
esthétiques et sociologiques que nous mettons en
avant
Ce genre dabsurdité s'étend
à des domaines d'activité très variés
et certains économistes parlent de la nécessité
de reconnaître l'existence d'un tiers secteur, composé
de formes intermédiaires d'organisations qui ne doivent
ni être renvoyées à l'économie
de marché et à ses injustes répartitions,
ni contrôlées dans ses buts et ses modes de
fonctionnement par les autorités publiques... Cest
typiquement le genre de réflexion quon aimerait
mener au Grnd Zero.
Quoi dautre ?
On espère vraiment que le Sonic va continuer à
exister pendant des siècles. Cette péniche
située vers Perrache offre une programmation très
pointue également ouverte aux associations, et s'impose
comme la relève du regretté Kafé Myzik.
Lendroit idéal pour siroter de la bière
artisanale en écoutant de la bonne musique ! Et puis
on attend avec impatience le nouveau squat de l'équipe
de la Scierie... Ceci pour dire que nous ne sommes pas les
seuls à naviguer Underground, loin de là.
Ah, et aussi, même si Vaise se cache derrière
la colline, et que Grnd Zero peut paraître très
éloigné désormais, on met 10 minutes
porte à porte depuis la Guillotière, 15 depuis
la Croix-Rousse... Ce nest pas loin bordel !!! Et
puis la ligne D automatique cest magique non ?
Soirées/Concerts I Hate Grnd Zero
du 5 au
7 octobre à Grnd Zero Vaise.
Infos sur la programmation sur www.supersupersuper.free.fr
Laurent
Zine
|