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Celui qui a déjà vu un spectacle de Jean-Philippe Salério se réjouit de retrouver son humour particulier, franc, voire massif, et pourtant inventif. S’il est encore des gens qui croient que l’on s’ennuie au théâtre, qu’ils aillent voir la Nième Compagnie ! Projection privée de Remi De Vos (éd. Crater) est une pièce qui sied plutôt bien à l’esprit rigolo du metteur en scène comme à son ambition de raconter les femmes, son sujet de prédilection, de prospection, de moquerie, de tendresse et d’admiration. Une jeune femme à plat ventre regarde la télévision pendant que le public s’installe. Elle est captivée et, quand son mari débarque, avec sa maîtresse, elle ne tique pas. L’homme embarrassé explique qu’il croyait qu’elle était chez sa sœur, mais, réplique-t-elle goguenarde, elle n’a pas de sœur ! Ah bon ? Et cette fille qui l’accompagne ? Euh… C’est la baby-sitter. Mais on n’a pas d’enfant, affirme-t-elle ! Ah bon ? Outre l’effet comique né de l’absurdité et de la répétition, on comprend très vite quelle est l’idée de la pièce : l’incommunication dans le couple, l’impossibilité de se connaître l’un l’autre.
Le décor est, sur la scène, une autre scène derrière laquelle est tiré un rideau blanc qui figure un écran. Les personnages surgissent et disparaissent, la plupart du temps, d’entre les lames plastifiées de ce rideau et, sur un tapis squatté successivement par les 4 comédiennes, trône un poste de télévision. Celui-ci pourtant ne règne pas tout à fait sur l’endroit. Il agit plutôt comme le révélateur de l’incommunication. Une scène montre des femmes devenir folles en se racontant le dernier épisode de leur feuilleton favori – un genre de Feux de l’amour. Un mari constate qu’il n’y a “pas de saison pour le gavage des oies”. Franchement, si on s’arrêtait là, on pourrait soupçonner Rémi de Vos de misogynie. Mais la mise en scène explicite et sensible de Salério vient en contrepoint de cette impression. Les mecs en slibard, silencieux, la bière à la main, viennent hanter le salon et les femmes, comme déguisées dans leurs robes de petite fille, ont souvent perdu un de leurs souliers… On a cru que les femmes étaient des oies, on les découvre cendrillons, princesses bafouées, rêveuses contrariées par la médiocrité des hommes.
Le charisme et le culot des comédiens issus du compagnonnage des Trois Huit ne sont pas pour rien dans le plaisir que l’on prend. Projection privée est toutefois d’avantage qu’un bon divertissement, hilarant, émouvant même dans les sourires, et surprenant. Car, pour dire vrai, c’est nous qu’on voit dans le poste…
Du 27 au 30 décembre et du 3 au 6 janvier, Salle Paul Garcin, 04 72 10 38 23
Etienne Faye |