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Emmanuel Meirieu,
The Night Heron
Après The Night Heron, l’an dernier, Emmanuel Meirieu et ses comédiens préférés reprennent Mojo, qu’ils avaient créé en 2004, en remplacement de leur création annoncée, mais interrompue en cours, The Winterling.
L’auteur reste le même, le very british Jez Butterworth. Very simple. Super fort.
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Un jeu d’enfant ? Prenez une table, plantez-là au centre du plateau -dans la petite salle du théâtre de la Croix-Rousse, par exemple- et déposez-y quelques bouteilles de whisky, de gin, de lait, un gâteau d’anniversaire, un cendrier de bar. Le tout très basique. Pas d’effets inutiles, de l’efficacité, juste. Et une bande de copains. On dirait qu’on joue aux durs, avec plein d’injures et tout... On se la jouerait Scorcese, mais réécrit par Jez Butterworth, auteur de théâtre également scénariste et réalisateur. Et le jeu d’enfant tournerait au drame, peut-être. “Avec Butterworth, dit Emmanuel Meirieu, metteur en scène, j’ai trouvé l’auteur que je cherchais. Nous sommes de la même génération et s’il aime Beckett et Pinter, il adore aussi Scorcese ou Tarantino. Il raconte des personnages que j’ai envie de faire jouer aux comédiens et amis avec qui je travaille. Ce sont des rôles avec lesquels ils peuvent être sincères. Gamins, on rêvait de jouer Les Affranchis, pas Molière ou même Vinaver. Ce sont mes goûts, simplement.”
Côté sexe, c’est aussi simple: Mojo/Babyking est jouée par des hommes, comme l’était The Night Heron qui comprenait pourtant un rôle de femme. Il y a donc cette même ambiance d’entre mecs, à la fois virile et tendre. Les corps assis, couchés, debout, parfois entravés par du scotch. L’ensemble n’est pas troublant, juste bouleversant. Contrasté comme les physiques des comédiens, Thibault Roux, Loïc Varraut, Nicolas Gabion, Jean-Ernst Marie-Louise, Jean-Marc Avocat et Thomas Di Genova, qui livrent un jeu délié, où le silence contamine soudain le dialogue qui s’emballait. Si l’atmosphère de Mojo n’atteint pas, dans la même continuité, la magie de The Night Heron, cette impression étrange de surprendre, voyeur, des personnes dans leur intimité, on retrouve l’émotion des regards à l’affût, qu’ils se cherchent dans le lointain ou se croisent intensément. Cinéma ? Théâtre ?
“Les comédiens ne déclament pas, mais nous cherchons un langage très théâtral, défend Emmanuel Meirieu. Si j’utilise des codes de jeu plus cinématographiques, plus hyperréalistes, c’est peut-être parce que l’histoire me passionne plus que la forme.” Recentrons sur l’histoire, donc. Dans le Londres des années 1950, Ezra, patron d’un club de nuit, s’est fait couper en deux, le bas et le haut jetés dans deux poubelles, alors même qu’il négociait le contrat de Silver Johnny, future rock star de 17 ans, avec le grand impresario Sam Ross. Que s’est-il passé ? Qui a tué Ezra ? Ses employés et son fils, Baby King, se terrent dans le club et s’interrogent. Ils s’agitent et ne font pas grand chose, ne savent pas grand chose. Quoique.
Jusqu’au 17 décembre au Théâtre de la Croix-Rousse, 04 72 07 49 49
Florence Roux |