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La
Blanche a toujours pris le parti de nen faire quà
sa tête et de résister. Quitte à provoquer
et à ne pas se moucher du coude ou à oser limpensable.
Du genre à appeler son
1er album aquatique, Michel Rocard, clin dil
malicieux à linventeur du RMI sans lequel ledit album
naurait jamais vu le jour. Rappelez-vous 2002 et le lyrique Bart à la pêche aux coquillages dont le reflux
incessant nous avait fait découvrir la voix profonde dÉric
La Blanche. Ambiances électro-pop parfois rentre-dedans,
belle plume et jolis mots au menu. On y croisait aussi une chanson
hommage aux Canuts. La Blanche, hydre à cinq têtes,
est de retour avec un 2ème opus, Disque dor,
au titre quelque peu prétentieux et ironique. Eux parlent
de superstition (
) cest aussi une façon
de marquer notre recul par rapport à lensemble du
système. Essayer de ne pas être dupes.
Là encore, le format plutôt pop reste libre de toute
étiquette. Cest un album multicolore, insoumis,
émouvant, varié, sexy, insolent, changeant, littéraire,
désabusé, dansant, triste, drôle, énergique,
grave. Aucune chanson ne ressemble aux autres, pourtant lensemble
est cohérent. Crossover comme ils
disent
on pioche dans plein de styles différents
et surtout le rock à grosses guitares
avec du texte
bref, on fait de la chanson littéraire "à couilles"
! Il y a donc des guitares électriques, des guitares
sèches, des sons et des rythmes plus technoïdes, une
batterie, un violoncelle et des textes bien écrits (leur
dada).
Ping-pong avec Eric La Blanche son chanteur, auteur compositeur.
Que racontent vos chansons ?
Des histoires. Avec un début, un milieu, une fin, une
structure narrative. Ça parle dhésitation,
de bascule, de vacillement, de dérèglement bref
de liberté. Je me suis toujours intéressé
aux expériences limites, aux moments border-line, ces moments
où les choses sont en train de basculer. Le type qui perd
les pédales mais qui pourrait encore reculer, comme le
type qui se compare à un poisson dans la première
chanson, Le Bocal, où celui qui se rend compte quil
commence à devenir alcoolique.
Une écriture poétique. Hasard ou volonté
?
Je suis très attaché à lécriture
poétique, dabord parce que le monde manque singulièrement
de poésie, de magie. Ensuite, lécriture poétique
et une versification stricte mobligent à des contorsions,
me rajoutent des contraintes qui nourrissent la création.
Par exemple, si vous décidez de faire un texte avec seulement
deux rimes en octosyllabes, il faut se bagarrer, cest difficile,
mais cela produit des choses étranges, des imprévus,
des accidents et cest cela qui est intéressant. Jécris
souvent le texte avant la musique parce que jaime quun
texte sonne, comme en poésie, en rap ou en slam. Et surtout
jaime la belle langue. Un texte bien écrit, un texte
malin, cest de lémotion en plus, des sens cachés,
des tiroirs qui souvrent et des possibilités nouvelles
qui apparaissent. Cest lémotion la clé
de tout; le poil qui se hérisse. Cest très
animal.
Nest-elle pas plutôt un artifice brillant
pour la musique ?
Lécriture et la musique ont des rapports assez conflictuels
: elles tentent de se voler la vedette. Nous ne faisons ni une
musique au service du texte, ni linverse : les deux sont
prépondérants, expansifs, volubiles. Les deux ont
des choses à dire et participent à lhistoire.
Sur scène, cest encore pire - ou encore mieux - puisque
le duo infernal devient trio lorsque les corps entrent en scène.
Écrire a-t-il un sens ?
Lécriture, dans mon cas, nest pas curative,
elle est incantatoire, exorciste, superstitieuse. Je nécris
pas pour me soigner, jécris pour me protéger
: cest ça, exorciser. Elle est forcément en
rapport avec des blessures passées mais elle vise surtout
lavenir, linquiétude, limagination.
La Blanche groupe subversif ?
Être subversif, cest refuser le discours dominant.
Et le meilleur moyen de le refuser, ce nest ni poser des
bombes, ni tomber dans lextrême, mais cest être
dans léquilibre, dans lintelligence. Etre mesuré,
indépendant, déterminé, réfléchir
par soi-même, je trouve ça carrément subversif
dans ce monde doutrance, davis tranchés et
immédiats, où la cupidité, le désir
permanent, la possession et la pulsion sont présentées
comme des qualités. Etre subversif, cest poser les
bonnes questions.
Vous sentez-vous engagé ?
Je suis engagé parce que lactualité me procure
des émotions et que ces émotions me poussent à
écrire des chansons. Ces chansons donnent des avis et ces
avis mengagent. Je suis engagé parce que je narrive
pas à rester neutre et à chanter de sempiternelles
histoires damour qui finissent mal ou à décrire
mon nombril. Mais je ne fais pas vraiment passer de message, ou
alors un seul : Réfléchissez !
A Thou Bout DChant, 14 au 16 décembre, 04 72 98
28 22
Anne
Huguet |