ARCHIVES
2006

JANVIER N°111
Système rudimentaire
Man

FEVRIER N°112
Melik Ohanian
Galerie Vrais Rêves
Le Compagnonnage
Boris Charmatz
Spade & Archer

MARS N°113
Expérience
Rivages noir
Da Silva
Gilles Chavassieux
Cie La Cordonnerie
Uppercut de femmes
Cie Accrorap
Lucien Attoun au TNP

AVRIL N°114
Killing Joke
Hushpuppies
Théâtre Craie
America, America !

MAI N°115
Paroles et Musiques
Théâtre du Grabuge
Les Intranquilles
Charles Pick
Les Tambours du Bronx
Les Anges mineurs
Robert MC Wilson

JUIN N°116/117
Johann Le Guillerm
Antoine Agoudjian

SEPTEMBRE N°118
Biennale de la danse 06
Serge Dorny
ARFI

OCTOBRE N°119
Party at Grnd Zero
Villa Gillet
La Tropa
La BF 15
Philippe Katerine
Jean-Claude Galotta

NOVEMBRE N°120
Virginie Despentes
The Bellrays
Charles Juliet
Instances
#4
Le Théâtre du Fust
Jean-Baptiste André

DECEMBRE N°121
La Blanche
Coriolan
Puzzle Danse
Pierre-Yves Ginet
Dada Rock & Roll Guérilla
Antoine Hervé
Java et Winston McAnuff
Nieme Cie
Emmanuel Meirieu

Mars 2006 N°113  


 

Cie Accrorap
Kader Attou

Chaque spectacle de Kader Attou apporte des émotions nouvelles et il est aujourd'hui, une figure emblématique de la culture hip-hop à travers le monde. Chacun de ses spectacles parle d'un engagement d'homme et d'artiste et il garde toujours un regard profond sur ses interprètes, gage d'authenticité. La danse de Kader Attou est belle, intelligente et sensible.
C'est avec 10 danseurs aux multiples nationalités qu'il nous offre sa nouvelle création Les Corps étrangers !

Que signifie le titre Les Corps étrangers ?
Pour cette nouvelle création, je voulais retravailler avec des interprètes avec qui j'avais dansé, ils sont indiens, brésiliens, du Laos, de Côte d'Ivoire, d'Algérie et de France. C'est ce mélange de hasard et du départ, qui m'a donné envie de monter un spectacle pour justement des corps étrangers. Mais je ne voulais pas parler de rencontres de cultures puisque je l'avais déjà fait avec Anokha, même si de toute façon les rencontres se font implicitement par l'écoute de la personne que l'on a en face de soi. En travaillant sur ce thème, on a bien sûr trouvé plein de métaphores. La notion de corps étrangers dans un premier temps, c'est par exemple le corps étranger que l'on peut avoir en soi, une écharde, un virus, la maladie, des choses contre lesquelles il faut combattre. Le corps étranger, c'est aussi le grain de sable qui perturbe l'engrenage d'une machine qui a l'air bien rodé et qui tout d'un coup se disloque, rompt une harmonie réelle ou apparente, c'est tout ce qui perturbe ou régule notre relation aux autres, à la société, des choses simples ou violentes comme les conflits, les guerres, le terrorisme. En fait, dans toute cette notion de corps étrangers, on revient à une seule chose, parler, mettre en avant la condition humaine, la condition des hommes, tout ce qui m'entoure.
Qu'est-ce que les danseurs vous amènent dans toutes leurs différences ?
Ce qui m'intéresse avant tout n'est pas le fait qu'ils soient indiens ou brésiliens puisque que de toute façon nous avons tous une différence. Ce qui m'intéresse est dans leur parcours personnel, dans leur histoire, dans leur façon d'être sur scène, sur le plateau. Chacun d'entre eux m'apporte quelque chose sur cette notion de condition humaine, avec une manière spécifique d'intérioriser et d'extérioriser à travers le corps, le mouvement. Il y a une alchimie entre les corps, les mouvements dansés, les ensembles, et les moments de rencontres ou pas, mais en fait ce qui m'intéresse, c'est eux, uniquement eux. Et c'est vrai aussi que leur regard sur cette notion de condition humaine est souvent porté par les difficultés sociales, les inégalités sociales, la pauvreté, le politique. Mais ce qu'ils amènent par dessus tout, c'est une ouverture d'esprit, c'est pareil pour tous, mais si je prends l'exemple des danseurs indiens, ils sont vraiment dans une danse traditionnelle et c'est extraordinaire de les voir essayer des choses complètement nouvelles, une autre façon de bouger, ils sont prêts à tout.
Vous avez également une scénographie particulière ?
J'ai découvert un tableau du 15ème siècle, le retable du Jugement dernier de Rogier van der Weyden qui se trouve aux Hospices de Beaune et cette œuvre m'a vraiment frappé, j'y ai vu une représentation de la condition humaine qui me parlait. Il s'agit de la représentation du jugement dernier (le Christ ressuscité est venu pour juger les morts en fonction de leurs actions, de leurs œuvres de miséricordes), elle est composée en 9 parties avec un élément central, je me suis inspiré de ce tableau pour le thème et c'est aussi un élément scénographique. Il a été réadapté à notre façon, c'est-à-dire qu'on a gardé presque les mêmes dimensions, on n'a pas touché à la partie centrale mais on a mis une superposition d'images à nous, de ce que pouvait représenter pour nous les corps étrangers, la condition humaine, ce n'est pas pour autant un spectacle qui parle de religion.
La musique ?
La musique est beaucoup inspirée de ces tableaux. C'est une seule musique du début jusqu'à la fin, même s'il y a des changements de rythme, on a trouvé un thème qui sera joué tout le long du spectacle, de façon très différente et avec la présence d'un violoncelle. Il y a une idée de courbe, si l'on regarde le retable, ça part vraiment d'un point très bas. La musique monte doucement jusqu'au point culminant de la partie centrale avec toutes les perturbations comprises et on revient vers le bas de façon lente, un peu comme une courbe, une montagne, musicalement la construction suit cette idée. Pour finir, je voudrais juste rappeler que mon désir dans cette pièce est de servir un propos fort en me servant de l'expérience des uns et des autres et de faire un spectacle de danse qui parle de la vie.

Martine Pullara