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Que
signifie le titre Les Corps étrangers ?
Pour cette nouvelle création, je voulais retravailler
avec des interprètes avec qui j'avais dansé,
ils sont indiens, brésiliens, du Laos, de Côte
d'Ivoire, d'Algérie et de France. C'est ce mélange
de hasard et du départ, qui m'a donné envie
de monter un spectacle pour justement des corps étrangers.
Mais je ne voulais pas parler de rencontres de cultures
puisque je l'avais déjà fait avec Anokha,
même si de toute façon les rencontres se font
implicitement par l'écoute de la personne que l'on
a en face de soi. En travaillant sur ce thème, on
a bien sûr trouvé plein de métaphores.
La notion de corps étrangers dans un premier temps,
c'est par exemple le corps étranger que l'on peut
avoir en soi, une écharde, un virus, la maladie,
des choses contre lesquelles il faut combattre. Le corps
étranger, c'est aussi le grain de sable qui perturbe
l'engrenage d'une machine qui a l'air bien rodé et
qui tout d'un coup se disloque, rompt une harmonie réelle
ou apparente, c'est tout ce qui perturbe ou régule
notre relation aux autres, à la société,
des choses simples ou violentes comme les conflits, les
guerres, le terrorisme. En fait, dans toute cette notion
de corps étrangers, on revient à une seule
chose, parler, mettre en avant la condition humaine, la
condition des hommes, tout ce qui m'entoure.
Qu'est-ce que les danseurs vous amènent dans
toutes leurs différences ?
Ce qui m'intéresse avant tout n'est pas le fait qu'ils
soient indiens ou brésiliens puisque que de toute
façon nous avons tous une différence. Ce qui
m'intéresse est dans leur parcours personnel, dans
leur histoire, dans leur façon d'être sur scène,
sur le plateau. Chacun d'entre eux m'apporte quelque chose
sur cette notion de condition humaine, avec une manière
spécifique d'intérioriser et d'extérioriser
à travers le corps, le mouvement. Il y a une alchimie
entre les corps, les mouvements dansés, les ensembles,
et les moments de rencontres ou pas, mais en fait ce qui
m'intéresse, c'est eux, uniquement eux. Et c'est
vrai aussi que leur regard sur cette notion de condition
humaine est souvent porté par les difficultés
sociales, les inégalités sociales, la pauvreté,
le politique. Mais ce qu'ils amènent par dessus tout,
c'est une ouverture d'esprit, c'est pareil pour tous, mais
si je prends l'exemple des danseurs indiens, ils sont vraiment
dans une danse traditionnelle et c'est extraordinaire de
les voir essayer des choses complètement nouvelles,
une autre façon de bouger, ils sont prêts à
tout.
Vous avez également une scénographie
particulière ?
J'ai découvert un tableau du 15ème siècle,
le retable du Jugement dernier de Rogier van der Weyden
qui se trouve aux Hospices de Beaune et cette uvre
m'a vraiment frappé, j'y ai vu une représentation
de la condition humaine qui me parlait. Il s'agit de la
représentation du jugement dernier (le Christ ressuscité
est venu pour juger les morts en fonction de leurs actions,
de leurs uvres de miséricordes), elle est composée
en 9 parties avec un élément central, je me
suis inspiré de ce tableau pour le thème et
c'est aussi un élément scénographique.
Il a été réadapté à notre
façon, c'est-à-dire qu'on a gardé presque
les mêmes dimensions, on n'a pas touché à
la partie centrale mais on a mis une superposition d'images
à nous, de ce que pouvait représenter pour
nous les corps étrangers, la condition humaine, ce
n'est pas pour autant un spectacle qui parle de religion.
La musique ?
La musique est beaucoup inspirée de ces tableaux.
C'est une seule musique du début jusqu'à la
fin, même s'il y a des changements de rythme, on a
trouvé un thème qui sera joué tout
le long du spectacle, de façon très différente
et avec la présence d'un violoncelle. Il y a une
idée de courbe, si l'on regarde le retable, ça
part vraiment d'un point très bas. La musique monte
doucement jusqu'au point culminant de la partie centrale
avec toutes les perturbations comprises et on revient vers
le bas de façon lente, un peu comme une courbe, une
montagne, musicalement la construction suit cette idée.
Pour finir, je voudrais juste rappeler que mon désir
dans cette pièce est de servir un propos fort en
me servant de l'expérience des uns et des autres
et de faire un spectacle de danse qui parle de la vie.
Martine
Pullara
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