ARCHIVES
2006

JANVIER N°111
Système rudimentaire
Man

FEVRIER N°112
Melik Ohanian
Galerie Vrais Rêves
Le Compagnonnage
Boris Charmatz
Spade & Archer

MARS N°113
Expérience
Rivages noir
Da Silva
Gilles Chavassieux
Cie La Cordonnerie
Uppercut de femmes
Cie Accrorap
Lucien Attoun au TNP

AVRIL N°114
Killing Joke
Hushpuppies
Théâtre Craie
America, America !

MAI N°115
Paroles et Musiques
Théâtre du Grabuge
Les Intranquilles
Charles Pick
Les Tambours du Bronx
Les Anges mineurs
Robert MC Wilson

JUIN N°116/117
Johann Le Guillerm
Antoine Agoudjian

SEPTEMBRE N°118
Biennale de la danse 06
Serge Dorny
ARFI

OCTOBRE N°119
Party at Grnd Zero
Villa Gillet
La Tropa
La BF 15
Philippe Katerine
Jean-Claude Galotta

NOVEMBRE N°120
Virginie Despentes
The Bellrays
Charles Juliet
Instances
#4
Le Théâtre du Fust
Jean-Baptiste André

DECEMBRE N°121
La Blanche
Coriolan
Puzzle Danse
Pierre-Yves Ginet
Dada Rock & Roll Guérilla
Antoine Hervé
Java et Winston McAnuff
Nieme Cie
Emmanuel Meirieu

Juin 2006 N°116/117  

Arménie. Orphelines à cause du séisme, Sevan. 1989

 

Antoine Agoudjian
photographe de la mémoire

Les photographies d'Antoine Agoudjian ont une charge émotionnelle rare, que nous soyons devant ces visages photographiés en Irak dans un camp de réfugiés dans les faubourgs d'Erbil en 2004 ou bien à Karabagh en 1996 face à ces réfugiés du couloir de Latchine, on ne peut ensuite oublier ces visages, ces regards liés à l'histoire de l'Arménie.


Le négationniste a encore frappé. Le 24 avril était inauguré à Lyon un Mémorial du génocide arménien. Le lieu : Place Antonin-Poncet. 200 policiers pour sécuriser le lieu suite à la manifestation que la Préfecture de Lyon avait autorisée le 18 mars et pendant laquelle une grande partie des manifestants turcs ne se sont pas gênés pour vociférer des slogans purement négationnistes du type "non au mémorial d'un prétendu génocide" allant jusqu'à nier le génocide.
On sait que la Turquie s'enlise depuis toujours dans les voies du mensonge concernant cette partie de son Histoire.

Préambule à l'année de l'Arménie, la Bibliothèque Municipale de Lyon présente jusqu'au 1er juillet les photographies d'Antoine Agoudjian sous le titre Les Yeux brûlants, les Arméniens 1989-2005. Une exposition qui fait le point sur le travail du photographe. Son parcours "en quête des empreintes et de la mémoire d'un peuple, de mon peuple… J'ai poursuivi ma quête à Jérusalem, au Liban, en Syrie, en Anatolie, en Arménie, puis en Irak et en Iran." Des photographies sur les lieux et les gens qui font l'Arménie, cette terre et ces hommes si souvent malmenés. Des images magnifiques d'un noir et blanc tendu comme une douleur vive. Un livre Les Yeux brûlants - Mémoire des Arméniens (collection Photopoche/Actes Sud) vient de sortir en mai.

Vous avez un parcours atypique, en 1988 il y a un tremblement de terre en Arménie, vous vous rendez là-bas avec une ONG. Est-ce à partir de cet instant que votre travail de photographe s'inscrit dans cette quête communautaire ?
J'ai débuté la danse arménienne dès l'âge de 5 ans et la quête autour de mes racines s'est affirmée au contact de troupes professionnelles d'Arménie, j'ai constitué en 1988 un dossier que j'ai soumis au Ministère de la Culture d'Arménie afin d'effectuer un stage à l'Académie de Danse. J'allais partir comme stagiaire quand en décembre 1988 il y eu le terrible tremblement de terre. Je me suis donc rendu en Arménie avec l'aide humanitaire accompagné de mon matériel photo. Au cours de cette expérience humaine forte, ma sensibilité s'est exacerbée et s'est transformée en énergie créatrice. J'ai débuté comme ça mes premières photographies.
Pouvez vous nous dire quelques mots sur votre rencontre avec Robert Doisneau en 1992 ?
Il fait partie de mes maîtres de vie, il lui a suffit de comprendre ma démarche pour aimer mon travail, sans aucune arrogance. Si la sagesse est un but pour certains, Robert Doisneau en est un modèle.
Il y a ce génocide jamais reconnu par la Turquie, qui est comme une blessure supplémentaire. En mars nous avons vu à Lyon les Turcs négationnistes redire "non à la reconnaissance du génocide Arménien". Que vous inspire de tels comportements ?
Ces comportements peuvent avoir trois visages : Le premier étant tout simplement que certains sont sincères car c'est ce qu'on leur a appris en Turquie, d'autres ne justifient leur vie que par la haine de l'autre et les derniers connaissent l'Histoire mais pour des raisons politiques ne veulent pas la reconnaître. Ces derniers sont des négationnistes.
Votre travail autour de l'Arménie vous amène dans différentes parties du monde, notamment au Moyen-Orient. Comment vivez-vous à ce moment-là ce voyage et peut-on le qualifier d'initiatique ?
Mon travail est sur l'histoire des Arméniens. Un peu comme un archéologue, un lieu exacerbe mon imaginaire et développe mon introspection. Ce serait donc initiatique si je ne maîtrisais pas le sujet mais en réalité je ne traite pas un sujet de l'extérieur je cherche une image de ce que tous les grands-parents arméniens rescapés nous ont raconté.
En regardant l'exposition de vos photographies ont est frappé par la qualité des tirages, un noir et blanc rare, très contrasté. C'est le résultat de votre travail dans votre laboratoire.
Chaque expression artistique, nécessite une base technique solide afin qu'un jour l'on puisse faire place à sa créativité si elle existe. C'est pourquoi j'ai effectué 20 ans de labo, non subis car en réalité cela a été une conjugaison de rencontres qui bonnes ou mauvaises m'ont permis d'avancer dans ma quête.
Il y a comme actualité vous concernant un nouveau livre qui vient de paraître en mai ayant pour titre Les Yeux brûlants - Mémoire des Arméniens. La mémoire comme leitmotiv de votre travail.
Il y a je pense deux façons ou deux écoles pour construire sa vie. La première étant de ne pas se préoccuper du passé en considérant qu'elle peut nuire au présent et au futur. Que sa construction personnelle et son équilibre propre a le devoir d'occulter cette mémoire. La deuxième école, qui est la mienne, considère quant à elle que c'est en puisant dans la mémoire et en comprenant les raisons profondes de nos angoisses et de nos frustrations que l'on peut trouver un apaisement.

Jusqu'au 1er Juillet, Bibliothèque de la Part-Dieu, 04 78 62 18 00

Bruno Pin