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Lidée
à lorigine de la création de lARFI
?
Cétait une idée qui était dans
lair du temps politique à lépoque
et qui avait même trouvé sa réalité
aux Etats-Unis auprès de musiciens qui, dès
la fin des années 60, avaient fondé
leurs propres organisations autogérées, comme
la Jazz Composers Guild à New York. Et nous
avons eu vent de ce mouvement en marche en allant voir les
concerts de free jazz ou en lisant certains journaux. Au
départ, ce sont donc bien les musiciens américains
qui nous ont transmis lidée de monter une telle
structure; des personnes comme Archie Shepp, Cecil Taylor
ou Carla Bley pour nen citer que quelques-uns et pas
des moindres
Des musiciens qui ont toujours bénéficié
dune certaine écoute en France ?
Oui, ici et dans le reste de lEurope plus que dans
leur propre pays; doù ce besoin de se "serrer
les coudes" pour pouvoir exister. Ils avaient dailleurs
créé leur propre label et organisé
leur propre festival baptisé October In Jazz, en
référence à la révolution doctobre
Cette façon de faire a donc eu des répercussions
un peu plus tard de par chez nous.
Sans même attendre 1977 et la naissance de lARFI,
puisquil y a eu auparavant nombre dexpériences
comme celle du Free Jazz Workshop à laquelle vous
participiez
De fait, nombre de formations et autres orchestres de free
jazz se sont montés après 68 et quand
nous avons effectivement créé lARFI,
cest clair que nous jouions ensemble depuis près
de dix ans ! Nous avions dailleurs fondé dès
1971 une Association pour les Nouvelles Musiques (lANM
préfigurant lARFI) axée principalement
sur la promotion de concerts, que nous organisions en relation
avec le Théâtre de la Cité avant quil
ne devienne le TNP
En parlant des années 70, votre camarade
Christian Rollet citait Archie Shepp en ces termes : La
libération des esthétiques n'est qu'un prélude
à la libération de l'humanité.
La libération commençait donc par lautogestion
?
Oui, mais nous nétions pas les seuls ! Et tant
au niveau national quinternational, il y a vraiment
eu tout un réseau de solidarité qui fonctionnait
de cette manière alternative
Par exemple, cest
lune des premières associations de musiciens,
baptisée lADMI (Association pour le Développement
de la Musique Improvisée) et créée
par Didier Levallet, qui avait fait paraître le tout
premier disque du Free Jazz Workshop.
Il semble ainsi que lon ait depuis le début
associé à votre collectif de musiciens et
dorchestres un certain engagement politique; quen
est-il aujourdhui ?
Il ny a aucune raison à ne pas rester les mêmes
sans être forcément "amarrés"
à des convictions si ce nest individuellement
parlant. Concernant lassociation, nous navons
pas non plus cherché à développer un
véritable discours politique. Peut-être que
nos actions parlaient delles-mêmes lorsque nous
allions jouer dans les quartiers ou dans les prisons, mais
si nous nous sommes regroupés au départ, cétait
simplement pour se donner les moyens de notre existence,
du fait que nous étions à Lyon et pas à Paris.
Et 25 ans plus tard, voilà que vous jouiez en
Afrique du Sud pour fêter les 10 ans de cette jeune
démocratie
Dans ce cas précis, cétait à
la demande de lAlliance Française, aussi parce
que nous avions déjà eu loccasion de
faire connaître lARFI dans le monde entier !
Il nempêche que nous avions suivi et musicalement
- nous étions très proches de lorchestre
de Chris McGregor, Brotherhood Of Breath, c'est à
dire en VF : La Fraternité Du Souffle ! - et politiquement
parlant - nous avions fait un concert pour lANC quand
leur représentante, Dulcie September, avait été
assassinée à Paris en 1988 - ce qui se passait
en Afrique du Sud; ce nest donc pas par hasard que
nous nous sommes retrouvés là-bas comme des
poissons dans leau
Quel regard portez-vous aujourdhui sur ces "trente
glorieuses" ?
Il me semble sans prétention aucune que lon
a réalisé du beau travail (!) dautant
que nous ne sommes justement pas restés figés
dans la même esthétique; nous-mêmes les
anciens en évoluant, et en intégrant petit
à petit de nouveaux musiciens qui ont amené
leurs propres idées musicales voire même leur
propre instrumentation : cest par exemple Xavier Garcia
lorsquil est arrivé avec ses samplers ! Cest
clair ça nous a changé de notre pratique qui
était plutôt traditionnelle, c.-à-d.
instrumentale et acoustique
Alors justement, en partant du jazz dans ce quil avait
de plus free, où pensez-vous que cela vous a-t-il
mené musicalement ?
Sans vouloir généraliser à toutes les
formations et tous les musiciens, il me semble néanmoins
quavec lARFI, nous avons toujours ménagé
à la fois lécriture et limprovisation.
Voilà, "nous ne sommes pas free purs et durs"
si je puis dire
surtout en ce qui concerne les grands
orchestres, considérant les bases rythmiques et mélodiques
sur lesquelles nous travaillons. Il y a une raison toute
simple à cela : ça nous permet de garder le
contact avec le public sans tomber dans lélitisme.
Expliquez-nous un peu, comment ça bouillonne une
Marmite Infernale (big band de lARFI)
?
Au départ, lallusion nest pas culinaire
mais plutôt en référence à la
bombe lancée par lanarchiste Auguste Vaillant
sur le palais Bourbon au tournant du 19ème siècle
Enfin bref, la marmite bouillonne en effet, simplement parce
que nous avons essayé depuis ses origines de réaliser
nos fantasmes musicaux mais aussi et cest primordial,
de favoriser les rencontres avec les autres arts que sont
le cinéma, le théâtre, la danse, la
magie etc. et même la cuisine (!) puisque nous avons
également fait un spectacle avec les cuisiniers Philippe
Chavent et Daniel Ancel qui sappelait Festin dOreille.
Cest à mon sens la force dun collectif
: de permettre à nombre didées les plus
"saugrenues" et hétéroclites déclore
et de pouvoir devenir concrètes. Parce que nous sommes
également parvenus à nous multiplier à
partir dun tout petit nombre et nous ouvrir à
dautres.
Ainsi avez-vous pris le "free" au pied de la
liberté pour vous permettre de jeter plutôt
des bombes musicales
(
) disons quen général, et sans
quil soit vraiment possible daller vers la liberté
absolue, nous avons essayé au fil des années
déliminer les contraintes. Nous sommes néanmoins
aujourdhui "un peu inscrits dans linstitution",
mais cela ne sest pas fait tout seul ! Et rien nest
jamais acquis.
Pouvez-vous succinctement nous parler de ce lieu emblématique
quétait le Via Colomès que lARFI
avait occupé entre 1986 et 1989 ?
Nous avions déjà eu auparavant une expérience
très bénéfique dans un lieu à
la X-Rousse alors que nous partagions le théâtre
des Clochards Célestes avec la compagnie Le Lézard
Dramatique de Jean-Paul Delore. Nous avons ensuite investi
le Via Colomès, en premier lieu pour nous permettre
dexister sur Lyon, puis pour se livrer à moult
expériences scéniques les plus audacieuses
possibles
enfin pour devenir un endroit daccueil
et de diffusion de la musique et des musiciens que lon
défendait. Ainsi arrivions-nous à lépoque
à organiser 3-4 concerts par semaine, ce qui signifie
que pas mal de monde est effectivement passé par
le Via Colomès ! Nous avons dû arrêter
pour les mêmes sempiternelles raisons : un local pas
forcément aux normes, des plaintes du voisinage,
une fréquentation pas toujours suffisante pour pouvoir
payer toutes les charges et les salaires en bonne et due
forme
En définitive, on na pas eu vraiment
les aides escomptées et on sest tout bonnement
retrouvé dans le rouge. Mais on en garde un très
bon souvenir.
LARFI aurait-elle envie de rouvrir un tel lieu
dans lavenir ?
Ce nest pas évident de se relancer dans des
expériences de lieux autogérés. Et
lorsque lon connaît le destin du Kafé
Myzik par exemple, ce nest pas forcément motivant.
Aurions-nous de surcroît aujourdhui lénergie
et surtout le temps dêtre constamment sur place
? A titre personnel, plutôt que de se renfermer dans
un club à Lyon, je crois que je préfère
profiter des petites aides que nous avons pour aller prendre
lair et effectuer des concerts décentralisés
directement chez lhabitant ! Cela permet aussi à
des gens qui nont pas obligatoirement la possibilité
de se déplacer de découvrir une musique qui
reste quand même marginale
Au-delà de laspect pédagogique de
certaines missions de lARFI, pressentez-vous que les
jeunes générations sont aptes et motivées
pour prendre le relais ?
Nous navons jamais vraiment voulu devenir une structure
de type pédagogique
parce quil existe
des endroits pour ça : lEcole Nationale de
Musique (ENM) de Villeurbanne, les conservatoires etc. Nous
intervenons plutôt dans le cadre de stages ponctuels
et à loccasion de longues résidences
comme ce fut le cas à lIsle-dAbeau. Mais
pour répondre à votre question, jai
le sentiment quil y a justement en ce moment une nouvelle
génération absolument étonnante (!)
tant au niveau du feeling que de la performance. Sans parler
du côté "suite dans les idées"
et on ne compte plus tous les collectifs qui se sont montés
ces dernières années en Rhône-Alpes
: La TriBu HéRissOn,
I- MuZZic, Ishtar, le Grolektif plus récemment etc.
Ce qui est certain, cest quil y a actuellement
des jeunes qui ont vraiment du talent, et jespère
simplement quils pourront vivre leur truc jusquau
bout. Quant à nous, leur contact nous permet de nous
renouveler et de rester en phase avec le monde.
Lannée 2007 sera celle des 30 ans de lARFI
Honnêtement, on na pas envie du tout de tomber
dans la commémoration
On ira plutôt fêter
lanniversaire des autres ! Comme les 20 ans des Rencontres
Internationales de D'Jazz de Nevers ou du festival A Vaulx
Jazz !! Nous allons néanmoins en parallèle
éditer des disques et autres documents qui témoigneront
du parcours musical de lARFI depuis le début
de laventure jusquà son actualité.
Au-delà du mouvement perpétuel que lon
vous a souvent accolé, que peut-on vous souhaiter
aujourdhui ?
Rester les mêmes et comme disait Coluche : Ce
nest quun début, continuons le combat
ou bien Ce nest quun combat, continuons
le début; je crois que les deux nous vont bien.
Parce que lon continue de se ressembler
et sans
doute que dans les premiers disques de lARFI, il y
avait déjà tout lARFI.
Se ressembler tout en empruntant les chemins de traverse
Oui parce quil y avait peut-être une idée
dintégrité qui traînait là
derrière. Et pour des musiciens, lintégrité
cest drôlement bien ! Avec le recul, ça
veut quasiment dire que lon a pu vivre de ce qui était
perçu au départ comme une utopie. La vivre
sans démesure, de façon naturelle, sensuelle
ou intellectuelle. Et jinsiste sur ce dernier point
tant lintellectualisme est décrié aujourdhui...
Toutes les infos concernant les 30 ans de lARFI
sur www.arfi.org.
Salle Genton le 29 septembre, Trio and His Orchestra
Laurent
Zine
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