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20 ans de carrière (fêtés dernièrement
à Montreux), ça donne le vertige ou bien ?
Ça dépend si tu regardes en haut ou en bas
Sinon
c'est évident que cela ne nous rajeunit pas mais à la
fois, tout s'est passé tellement vite ! Alors même s'il
y a un peu de fierté qui domine, les sentiments restent partagés
parce que c'est une carrière à cheval sur les montagnes
russes, avec donc des hauts et forcément des bas.
Sur les montagnes russes, dix-huit ans après Envoyé
(extrait du 1er album : The Young Gods), la motivation est-elle toujours
intacte ?
Franchement oui parce qu'on a toujours la niaque par rapport à
ça !, cette envie de trouver des sons, des modes de création
différents, partager cette énergie sur scène
etc. Pour les Young Gods, c'est un peu la course perpétuelle
à l'insaisissable ! Alors forcément que nous changeons,
que parfois nous avons d'autres priorités, je pense aux enfants
et aux amis; mais en même temps
En même temps, c'est un mode de vie ?
Ouais ! et là après vingt ans, ça se confirme
gravement
Et quel regard portes-tu sur ces 20 dernières années
tant considérant le "domaine des dieux" que le reste
du monde ?!
Les douze premières années ont été du
"domaine du marathon"
avant que nous prenions un peu
de recul et quelques congés sabbatiques. Ensuite les choses
se sont enchaînées différemment jusqu'à
aujourd'hui mais je crois qu'au final c'est néanmoins une belle
histoire, même si comme dirait mon ami Spagg (du Peuple de l'Herbe)
: "C'est pas tous les jours facile
" et nous de répondre
ça c'est bien vrai ! Sinon en ce moment on croule
sous les idées, donc c'est sûrement bon signe ! On a
plein de projets entre le travail avec un orchestre de classique,
le remix de Woodstock en live (cf. dernière fête de la
musique à Genève), l'Amazonia Ambient Project (avec
l'anthropologue Jeremy Narby), les nouveaux titres pour le prochain
album etc. Et voilà que ça fait boule de neige avec
le "best of" qui parait aujourd'hui (ndlr : XX Years - 1985-2005
chez Pias). Quant au "reste du monde", je crois que nous
l'avons traversé mais de loin
comme dans une bulle. En
tournée, tu échappes le plus souvent au monde tellement
tu te retrouves pris par l'instant présent, l'instant du concert
à venir etc. C'est comme un état second, pas forcément
déplaisant, mais c'est clair que tu es comme déconnecté,
qu'il est parfois même difficile d'ouvrir un journal. Alors
que l'on parle aujourd'hui de musique ou de politique, c'est évident
que l'environnement a changé, de manière souvent cyclique,
mais je crois qu'il m'est difficile d'avoir un vrai regard analytique.
Quoi qu'il en soit, la musique a toujours un énorme pouvoir
de suggestion et je m'en nourri encore allégrement, même
si elle tend à devenir de plus en plus un produit de consommation
que l'on voudrait comme les autres. Pour notre génération,
j'ai l'impression que la musique était une nécessité
alors qu'aujourd'hui, elle tend à devenir une sorte "d'accessoire"
Les Young Gods ont été musicalement précurseurs
en matière de cohabitation entre l'homme et la machine
et aujourd'hui il est rare de trouver un groupe qui n'utilise pas
de sampler voire d'ordinateur, sauf évidemment en ce qui concerne
l'énième retour du rock vintage; qu'est-ce que cela
t'inspire ?
C'est clair que le panorama a changé : une machine a en quelque
sorte redéfini toute l'approche de composition de la musique,
tous styles confondus ! Concernant le "rock vintage" j'ai
même vu l'autre jour, je crois sur MTV (ndlr : get off the air
!), une sorte de concours genre "rock academy" : les gamins
composaient leur chanson sur le programme Live de Mac puis s'en retournaient
en local pour jouer les compos avec basse, batterie et guitare, histoire
justement de sonner vintage
Qui l'eut cru à l'époque
?! Et aujourd'hui ça me fait gentiment marrer. Quand les "métaleux"
venaient nous voir en concert il y a 20 ans, ils étaient désappointés
de ne pas voir de "vraies guitares" sur scène; aujourd'hui
tous les groupes de "néo métal" ont un sampler
Toujours est-il que la roue tourne et c'est très bien ! Idem
pour ceux qui essayent de revenir actuellement à la "pureté"
du son acoustique. Aujourd'hui, la cohabitation avec la machine fait
partie de la culture musicale, et pas seulement en matière
de rap, dub ou r&b.
Certains pensent que vous avez raté le coche il y a une
douzaine d'années après la parution de TV Sky (1992);
que vous n'avez pas su ou voulu enfoncer le clou alors que cet album
ouvrait la voie à moult groupes de "fusion" comme
Faith No More et consorts
Il y a eu un concours de circonstances puisque notre premier batteur
est parti, mais je crois que l'on a tout bonnement suivi notre chemin,
qui n'était pas celui d'un groupe américain ! L'album
qui a suivi TV sky (ndlr : Only Heaven en 1995) nous correspondait
totalement mais sonnait beaucoup trop "européen"
pour les grosses maisons de disques qui nous draguaient à l'époque
Epoque des fusions dans l'industrie du disque qui a vu notre label
racheté par Warner, qui est devenu Time Warner, puis AOL, puis
blablabla
Bref, on a fini au placard comme cela arrive à
beaucoup d'autres. On a eu notre chance et on a fait nos choix, avec
en premier lieu celui de réintégrer notre petit pays,
de revenir dans un contexte, disons plus humain.
Vous avez depuis multiplié les expériences aux "frontières"
de la musique, notamment dans les domaines du cinéma, de la
danse ou du concert conférence (avec Jérémy Narby);
n'était-ce pas aussi une façon de n'être jamais
là où lon vous attendait ?
J'espère que oui, que cette façon de brouiller un peu
les pistes est un signe distinctif du groupe, également en
ce qui concerne sa production discographique, comme par exemple pour
l'album Play Kurt Weill : les gens ne nous attendaient pas à
ce coin de rue-là. Mais ce n'est pas un but en soi et tous
ces projets que nous menons sont simplement basés sur des rencontres,
des envies de travailler ensemble à des choses différentes;
même si notre 1er amour reste le "power trio", ce
à quoi on revient constamment.
J'ai cru justement comprendre que le nouvel album des jeunes dieux
à paraître fera la part belle aux guitares rentre-dedans
C'est un retour aux sources ?
On peut dire ça comme ça. On a aujourd'hui juste un
peu plus de bagages quant au traitement des sons et des samples
mais oui des guitares, parfois pures, parfois dégénérées,
incérées dans des chansons relativement courtes et assez
"frontales" effectivement !
Tu reviens apparemment aussi au chant en français
Oui parce que je ne vois pas comment dire certaines choses autrement.
Mais ça va rester mélangé avec de l'anglais voire
d'autres langues car les racines du groupe sont multiples.
Si les Young Gods n'ont jamais cultivé le mythe, ils entretiennent
à tout le moins le Secret (nouveau titre), un certain côté
énigmatique
C'est une chanson un peu autobiographique
qui parle du processus
de création, pour finalement conclure qu'il n'y a pas de secret
ni formule magique : toute volonté artistique, tout acte créatif
qui en découle, est impossible à reproduire, sauf à
tomber dans l'exercice de style. Ce processus reste une énigme.
Une chanson extraite de XX Years qui est donc un best of ?
C'est plutôt un Polaroïd de nos vingt ans, incluant un
inédit, quelques raretés et un deuxième CD comprenant
nombre de remixes, histoire de montrer vraiment toutes les facettes
du groupe. Mais ce n'est pas une anthologie non plus puisqu'il s'agit
maintenant de repartir de plus belle !
Alors justement demain, comment les Young Gods voient demain ?
A priori on a un "plan" jusqu'à la fin 2006 ! D'abord
la tournée, puis finir le prochain album en janvier-février
pour espérer le sortir en septembre; entre-temps faire paraître
le DVD live de Montreux et continuer en parallèle les projets
autres, avec heureusement toute une ribambelle de points d'interrogation
qui flottent.
Te souviens-tu de votre premier concert à Lyon ?
C'était dans un club bien "hot", au bord de la rivière,
mais je crois qu'il n'existe plus ?
Exact, c'était le Globe. Alors à bientôt sur
un nuage ou bien.
Laurent
Zine |