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  NOVEMBRE N°109  

 

The Young Gods
Sur un nuage

Avec un double album en poche résumant superbement quelque vingt années d'intrépidité musicale (!), les toujours jeunes dieux helvètes reviennent à Lyon en power trio : un concert ô combien attendu le 10 novembre au Transbordeur dans le cadre du festival Riddim Collision. Chanteur et fondateur du groupe, l'affable Franz Treichler répond ici à nos questions.


20 ans de carrière (fêtés dernièrement à Montreux), ça donne le vertige ou bien ?
Ça dépend si tu regardes en haut ou en bas… Sinon c'est évident que cela ne nous rajeunit pas mais à la fois, tout s'est passé tellement vite ! Alors même s'il y a un peu de fierté qui domine, les sentiments restent partagés parce que c'est une carrière à cheval sur les montagnes russes, avec donc des hauts et forcément des bas.
Sur les montagnes russes, dix-huit ans après Envoyé (extrait du 1er album : The Young Gods), la motivation est-elle toujours intacte ?
Franchement oui parce qu'on a toujours la niaque par rapport à ça !, cette envie de trouver des sons, des modes de création différents, partager cette énergie sur scène etc. Pour les Young Gods, c'est un peu la course perpétuelle à l'insaisissable ! Alors forcément que nous changeons, que parfois nous avons d'autres priorités, je pense aux enfants et aux amis; mais en même temps…
En même temps, c'est un mode de vie ?
Ouais ! et là après vingt ans, ça se confirme gravement…
Et quel regard portes-tu sur ces 20 dernières années tant considérant le "domaine des dieux" que le reste du monde ?!
Les douze premières années ont été du "domaine du marathon"… avant que nous prenions un peu de recul et quelques congés sabbatiques. Ensuite les choses se sont enchaînées différemment jusqu'à aujourd'hui mais je crois qu'au final c'est néanmoins une belle histoire, même si comme dirait mon ami Spagg (du Peuple de l'Herbe) : "C'est pas tous les jours facile…" et nous de répondre “ça c'est bien vrai” ! Sinon en ce moment on croule sous les idées, donc c'est sûrement bon signe ! On a plein de projets entre le travail avec un orchestre de classique, le remix de Woodstock en live (cf. dernière fête de la musique à Genève), l'Amazonia Ambient Project (avec l'anthropologue Jeremy Narby), les nouveaux titres pour le prochain album etc. Et voilà que ça fait boule de neige avec le "best of" qui parait aujourd'hui (ndlr : XX Years - 1985-2005 chez Pias). Quant au "reste du monde", je crois que nous l'avons traversé mais de loin… comme dans une bulle. En tournée, tu échappes le plus souvent au monde tellement tu te retrouves pris par l'instant présent, l'instant du concert à venir etc. C'est comme un état second, pas forcément déplaisant, mais c'est clair que tu es comme déconnecté, qu'il est parfois même difficile d'ouvrir un journal. Alors que l'on parle aujourd'hui de musique ou de politique, c'est évident que l'environnement a changé, de manière souvent cyclique, mais je crois qu'il m'est difficile d'avoir un vrai regard analytique. Quoi qu'il en soit, la musique a toujours un énorme pouvoir de suggestion et je m'en nourri encore allégrement, même si elle tend à devenir de plus en plus un produit de consommation que l'on voudrait comme les autres. Pour notre génération, j'ai l'impression que la musique était une nécessité alors qu'aujourd'hui, elle tend à devenir une sorte "d'accessoire"…
Les Young Gods ont été musicalement précurseurs en matière de cohabitation entre l'homme et la machine… et aujourd'hui il est rare de trouver un groupe qui n'utilise pas de sampler voire d'ordinateur, sauf évidemment en ce qui concerne l'énième retour du rock vintage; qu'est-ce que cela t'inspire ?
C'est clair que le panorama a changé : une machine a en quelque sorte redéfini toute l'approche de composition de la musique, tous styles confondus ! Concernant le "rock vintage" j'ai même vu l'autre jour, je crois sur MTV (ndlr : get off the air !), une sorte de concours genre "rock academy" : les gamins composaient leur chanson sur le programme Live de Mac puis s'en retournaient en local pour jouer les compos avec basse, batterie et guitare, histoire justement de sonner vintage… Qui l'eut cru à l'époque ?! Et aujourd'hui ça me fait gentiment marrer. Quand les "métaleux" venaient nous voir en concert il y a 20 ans, ils étaient désappointés de ne pas voir de "vraies guitares" sur scène; aujourd'hui tous les groupes de "néo métal" ont un sampler… Toujours est-il que la roue tourne et c'est très bien ! Idem pour ceux qui essayent de revenir actuellement à la "pureté" du son acoustique. Aujourd'hui, la cohabitation avec la machine fait partie de la culture musicale, et pas seulement en matière de rap, dub ou r&b.
Certains pensent que vous avez raté le coche il y a une douzaine d'années après la parution de TV Sky (1992); que vous n'avez pas su ou voulu enfoncer le clou alors que cet album ouvrait la voie à moult groupes de "fusion" comme Faith No More et consorts…
Il y a eu un concours de circonstances puisque notre premier batteur est parti, mais je crois que l'on a tout bonnement suivi notre chemin, qui n'était pas celui d'un groupe américain ! L'album qui a suivi TV sky (ndlr : Only Heaven en 1995) nous correspondait totalement mais sonnait beaucoup trop "européen" pour les grosses maisons de disques qui nous draguaient à l'époque… Epoque des fusions dans l'industrie du disque qui a vu notre label racheté par Warner, qui est devenu Time Warner, puis AOL, puis blablabla… Bref, on a fini au placard comme cela arrive à beaucoup d'autres. On a eu notre chance et on a fait nos choix, avec en premier lieu celui de réintégrer notre petit pays, de revenir dans un contexte, disons plus humain.
Vous avez depuis multiplié les expériences aux "frontières" de la musique, notamment dans les domaines du cinéma, de la danse ou du concert conférence (avec Jérémy Narby); n'était-ce pas aussi une façon de n'être jamais là où l’on vous attendait ?
J'espère que oui, que cette façon de brouiller un peu les pistes est un signe distinctif du groupe, également en ce qui concerne sa production discographique, comme par exemple pour l'album Play Kurt Weill : les gens ne nous attendaient pas à ce coin de rue-là. Mais ce n'est pas un but en soi et tous ces projets que nous menons sont simplement basés sur des rencontres, des envies de travailler ensemble à des choses différentes; même si notre 1er amour reste le "power trio", ce à quoi on revient constamment.
J'ai cru justement comprendre que le nouvel album des jeunes dieux à paraître fera la part belle aux guitares rentre-dedans… C'est un retour aux sources ?
On peut dire ça comme ça. On a aujourd'hui juste un peu plus de bagages quant au traitement des sons et des samples… mais oui des guitares, parfois pures, parfois dégénérées, incérées dans des chansons relativement courtes et assez "frontales" effectivement !
Tu reviens apparemment aussi au chant en français…
Oui parce que je ne vois pas comment dire certaines choses autrement. Mais ça va rester mélangé avec de l'anglais voire d'autres langues car les racines du groupe sont multiples.
Si les Young Gods n'ont jamais cultivé le mythe, ils entretiennent à tout le moins le Secret (nouveau titre), un certain côté énigmatique…
C'est une chanson un peu autobiographique… qui parle du processus de création, pour finalement conclure qu'il n'y a pas de secret ni formule magique : toute volonté artistique, tout acte créatif qui en découle, est impossible à reproduire, sauf à tomber dans l'exercice de style. Ce processus reste une énigme.
Une chanson extraite de XX Years qui est donc un best of ?
C'est plutôt un Polaroïd de nos vingt ans, incluant un inédit, quelques raretés et un deuxième CD comprenant nombre de remixes, histoire de montrer vraiment toutes les facettes du groupe. Mais ce n'est pas une anthologie non plus puisqu'il s'agit maintenant de repartir de plus belle !
Alors justement demain, comment les Young Gods voient demain ?
A priori on a un "plan" jusqu'à la fin 2006 ! D'abord la tournée, puis finir le prochain album en janvier-février pour espérer le sortir en septembre; entre-temps faire paraître le DVD live de Montreux et continuer en parallèle les projets autres, avec heureusement toute une ribambelle de points d'interrogation qui flottent.
Te souviens-tu de votre premier concert à Lyon ?
C'était dans un club bien "hot", au bord de la rivière, mais je crois qu'il n'existe plus ?
Exact, c'était le Globe. Alors à bientôt sur un nuage ou bien.

Laurent Zine