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Detroit 1968. The Motherfucking STOOGES. Hate and War 10 ans avant la lettre. En plein marasme pré progressif. Alors que les punks sont en train de rendre les armes et que le rock'n'roll devient cérébral, établit des concepts, perd sa morgue et son énergie; surgissent quatre cinglés, fans des groupes anglais de 64, du MC5 naissant et de blues. Leur réalité est tout autre que celle des groupes californiens de l'époque. Leur chanteur a passé son enfance et le début de son adolescence dans un mobile home de la banlieue de Motorcity. La cité où l'on coule plus de blocs moteurs et embouti plus de portières que l'on fabrique de colliers de fleurs. Où l'on a vu plus d'émeutes raciales que de paisibles sit-ins. Les perspectives sont différentes. Pas de robes indiennes ni de fleurs dans les cheveux. Rien de tout ça. Cuir et croix de fer. Vertigineuse descente dans les tréfonds de l'ennui, de la hargne et de l'écurement. No fun ! Dirt ! Be your dog ! Ça durera cinq ans, le temps de sortir trois albums et de devenir un mythe.
2003. Le concert des STOOGES, des "Motherfuckin' STOOGES" comme l'a lui même répété Iggy. Nom de dieu ! LES STOOGES.
Je ne savais même pas comment prendre la chose. J'écoute ces morceaux depuis SI LONGTEMPS. L'idée n'était pas d'y aller pour se recueillir mais quand même, j'étais pratiquement intimidé par la perspective de les voir sur scène. Merde. Comment aborder ce bordel ? Avec respect ? En essayant d'en mémoriser le maximum de détails ? Comme un archéologue ? Ces enfoirés ont décidé pour moi. En fonçant dans le tas, Dés la première note de fuzz. Au risque d'avoir à mettre quelques coups de poings dans la meute de motards débiles qui constituaient une partie non négligeable du public. Je crois que ça ne m'aurait pas déplu. Il s'en est fallu de peu. Le vent de folie qui soufflait autorisait pas mal de choses. Encore un coup à se retrouver avec un traumatisme crânien et un peu de vrac dans les idées... Le concert a été fantastique. Iggy impérial, tout près, sans cirque, à fond. Punk. Au milieu du public, sur le dos du service d'ordre quand il molestait un fan trop enthousiaste, faisant monter les gens sur scène, apostrophant le public, grimpant sur les amplis... Chantant, braillant, hurlant 1969, Loose, TV eye... la quasi totalité des deux premiers albums, ceux sur lesquels Ron Asheton joue de la guitare. Ron Asheton en retrait sur scène, forcément, par rapport à Iggy. Tronche bien joufflue mais étonnamment jeune, cheveux longs comme en 69, Raybans noires, vêtu de noir hormis une veste de treillis camouflée. La classe. Son frangin Scott derrière la batterie. Dégaine de camionneur américain. Chemise à carreaux, cheveux longs et casquette de baseball. Mike Watt pour remplacer Dave Alexander, en transe mais scotché devant son ampli. Parti. En retrait lui aussi. Laissant la place aux STOOGES originaux.
Au moins une heure et demie de furie. A REAL COOL TIME, un instant magique,volé. Du carburant pour un bout de temps. Regonflé à bloc.
Vous savez quoi ? Les STOOGES reviennent !
Marc Prempain |