ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall

MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks

OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa

NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  SEPTEMBRE N°107  

A. Patten©

 

Russell Banks
L'ami américain

À l'occasion de la parution de son dernier roman American Darling aux éditions Actes Sud, Russell Banks fera escale à l'Institution des Chartreux le vendredi 16 septembre répondant ainsi à l'invitation de la Villa Gillet. Digne représentant de lalittérature dite "réaliste" autrefois en vogue Outre-atlantique, l'écrivain aujourd'hui âgé de 65 printemps perpétue une tradition de franc-parler, sapant consciencieusement au fil de ses livres et de ses interventions, le mythe du rêve américain. Dont acte à Lyon durant l'été indien…


Celui qui fut après Salman Rushdie le troisième président du parlement international des écrivains, s'exprimait en ces termes alors qu'un journaliste de L'Humanité l'interrogeait il y a quelques années sur le pourquoi de son œuvre : "A la façon d'une loterie : il faut quelques gagnants pour que les autres acceptent de continuer à acheter et à perdre. Le mythe du rêve américain ne s'applique qu'à des exceptions. Tout rêve est là pour nous empêcher de regarder la réalité, qui en est son revers". Et s'il y a longtemps que le bonhomme a choisi son camp entre celui des gagnants et son damné de corollaire, l'abîme des perdants… il serait déplacé de ne voir dans ces propos qu'une dimension manichéenne. Issu d'un milieu modeste dans une famille profondément meurtrie (père violent et alcoolique, frère mort aux confins du tragique…), Russell Banks, plutôt que de céder aux chants des sirènes de quelque idéologie que ce soit, s'est tout bonnement intéressé à la vie des petites gens et autres laissés-pour-compte, en campant sa fiction romanesque dans le cadre d'un réalisme social et politique; celui de l'Amérique profonde, sans fard et sans reproches. Au gré d'une bonne douzaine de romans et recueils de nouvelles, tous publiés en France aux éditions Actes Sud, l'auteur croque le portrait en situation d'anti-héros issus des classes moyennes et/ou laborieuses, en prise avec leurs incertitudes, leurs contradictions, leurs cicatrices et surtout leur solitude, imbriquées dans la grande histoire comme dans la vie de tous les jours. Une littérature Sur la Route, si ce n'est de la vérité, à tout le moins de la sincérité. Son dernier livre baptisé American Darling ne déroge pas à ces quelques principes directionnels, auxquels on ajoutera simplement l'ambiguïté; celle qui submerge le personnage principal en proie aux doutes et aux blessures du passé… Ecriture magistrale pour aventures en décalé ayant banni des cartes le moralisme, l'œuvre de Russel Banks flirte avec le désenchantement sans jamais tomber dans l'apitoiement. Livrés à eux-mêmes dans un monde qui parfois semble conjuguer le sordide, les anti-héros restent souvent dignes ou simplement humains. La performance de l'ordinaire en quelque sorte.

Laurent Zine