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Vous revenez d'où comme ça ?
Du concert des Beastie Boys aux dernières Transmusicales.
Et ?
Franchement déçus par un set limite planant, alors qu'au départ on était vraiment contents de manger des kilomètres pour aller les voir
mais c'est vrai que dans le domaine du hip-hop, nombre de groupes produisent des disques faramineux sans arriver à rendre la monnaie de la pièce en live, et en l'occurrence le défaut de son y était pour beaucoup, ne serait-ce qu'en comparaison avec le concert de Kraftwerk du lendemain.
En parlant des Trans', quel souvenir gardez-vous de cette frêle jeune fille avec qui vous avez partagé la scène l'an dernier ?
Beth Gibbons est effectivement assez frêle mais c'est vraiment une sacrée bonne femme, un personnage issu de la grande mythologie du rock & roll et dont les idoles sont Edith Piaf et Janis Joplin. Ça ne s'invente pas
alors oui elle parait fragile, mais elle est toujours à fond, quasi excessive et l'on garde un souvenir presque irréel de ces moments passés avec elle sur scène. Heureusement, il nous reste les bandes !
Y aura-t-il justement des suites discographiques à cette expérience ?
Nous aurions bien aimé parce que musicalement et humainement parlant cette rencontre fut enrichissante, mais il est évident que l'on ne joue pas dans la même division et il y a toute une sphère de gens gravitant autour d'elle (managers en tous genres) qui agissent comme autant de freins à ce genre de projet.
Et cela se passe comment dans votre division ?
Très bien merci, aussi parce que l'on ne lorgne pas sur celle du dessus en s'imaginant par exemple, avec la stature internationale d'un groupe comme Portishead. Advienne que pourra sans qu'il soit question de changer notre façon de faire. Conscients de notre niveau, on essaye de progresser surtout sans prendre la grosse tête et cela veut simplement dire aujourd'hui : aller voir un peu partout en Europe si on y est avec un nouvel album en poche et un nouveau set à défendre.
Ainsi donc dans la poche, un Cube : "solide à 6 faces carrées identiques" (in le Petit Robert); cette définition vous convient-elle ?
Plutôt à 11 faces complémentaires
puisque nous sommes 11 sur la route. Quant au dessin de la pochette, c'est une sorte d'agglomérat de produits de récupération dont on se sert pour composer, et compactés ici façon cube.
Un album qui démarre trompettes au vent avec le "thème" du Cube, un titre qui pourrait faire penser à un sonique rendez-vous entre Bullit et Kojak
Et sûrement avec moi dans le rôle de Kojak ! (ndlr : dixit Pee qui a sensiblement la même coupe de cheveux que le célèbre détective
).
Ce thème est pour nous un concentré de fantasmes en matière d'arrangements, qui renvoie effectivement à l'idée que l'on peut se faite d'une musique de film. Et cela fait un moment que l'on flirte avec ce genre de choses que l'on va pouvoir retrouver tout au long de l'album, à travers différents samples.
On sent que vous avez envie de faire de la musique pour de l'image, et pourquoi pas un jour, pour un film ?
Carrément et tout a commencé pour nous avec les 2 titres présents dans la B.O de Baise Moi. Il y a eu ensuite les 2 clips réalisés par Sébastien Fau qui nous ont naturellement amené à composer cet été la musique de son dernier court métrage : pour la 1ere fois, nous avons réellement travaillé à partir des images, ce qui implique aussi tout une recherche en matière d'ambiances et de bruitages etc. Cette chanson une fois compressée a donné le titre Gumzilla sur l'album.
Gumzilla
c'est Godzilla en gomme ?
Ça y ressemble : c'est l'histoire d'un croisement génétique entre un chewing-gum et un pop-corn fait de maïs transgénique
qui va se multiplier pour devenir une boule de chewing-gum immense envahissant la ville jusqu'à l'apocalypse ! Au-delà du côté symbolique de la chose, ce film nous a vraiment donné envie de renouveler ce genre d'expérience; quant à JC 001 (ndlr : toaster londonien désormais "human beat box et 5e élément" du Peuple de l'Herbe), il s'en est donné à cur joie pour faire les bruitages uniquement avec sa bouche !
Et ça vous fait rire
j'en conclus que le plaisir reste le maître mot quant à votre façon de composer ?!
Oui et il n'est pas question pour nous de formater notre musique dans l'optique commerciale de produire du single à gogo. Il nous importe uniquement de rester cohérents, unis et
compacts. Alors on a pris le temps pour finir cet album sous toutes ses coutures jusqu'à ce que le "pack" (métissage des musiques et visuel compris) nous satisfasse complètement. Contrairement d'ailleurs au précédent album qui, de par sa pochette, devait rendre hommage au Sandinista des Clash et qui à l'arrivée, ne ressemblait plus à grand chose. Nous sommes repartis de zéro pour faire un véritable album studio, cad en "soldant" tout ce que nous avions réalisé avant (live, remixes etc.), et aujourd'hui il nous semble que ce Cube, c'est vraiment nous.
Les "Rude boys technoïdes du 69" (selon Virginie D), c'est vraiment vous aussi ?
Oui ben
technoïdes et 69 je ne sais pas trop, et d'ailleurs moi je viens du 42 (N'Zeng) et pour le reste, c'est certain que l'on a beaucoup écouté de reggae et de punk rock, et encore aujourd'hui ! À ce sujet, nous voulions sampler dernièrement une chanson des Dead Boys et l'on s'est rendu compte que les Beasty B nous avaient grillés en le faisant avant nous et avec la même chanson
Sinon on écoute tous énormément d'autres choses, de la Soul jusqu'au hip-hop, bien que concernant ce dernier, niveau "mainstream" c'est de plus en plus désastreux et il faut plutôt chercher du côté alternatif les groupes qui renouvellent le genre.
Vous mesurez le chemin parcouru depuis Les Rues de St Paul jusque ici, dans votre nouveau studio ?
On se dit quelque part que ça vaut la peine d'y aller à fond et de faire des sacrifices. On sait aussi que rien ne tombe du ciel et qu'il faut se donner les moyens d'avancer. La Supadope Factory est évidemment un moyen énorme qui a demandé beaucoup de temps et d'investissement, et que l'on peut aujourd'hui partager avec d'autres groupes qui font et vont faire vivre ce lieu. Ce côté-là est extrêmement important pour nous et quelque soit le chemin parcouru, nous ne sommes pas encore "arrivés"
Ici c'est la liberté de son et d'action ?
Oui c'est vraiment la liberté, ne serait-ce que celle de Krees, notre sonorisateur, de pouvoir utiliser un vrai outil de travail et encore une fois, rien n'est tombé du ciel. Etre ici c'est sûrement un pallier de franchi mais pas question de s'arrêter là. Maintenant, il s'agit vraiment d'aller voir (et jouer) ailleurs, continuellement se remettre en question et toujours rester accessibles à tous. Faire également attention à toutes celles et ceux qui résistent en sortant des sentiers battus.
Aujourd'hui c'est demain, avec cette grosse tournée qui se profile à l'horizon
La vie de nomades, c'est pas tous les jours facile ?
C'est certain qu'il faut s'y préparer à l'avance, s'habituer à l'idée de moins voir ses gosses et avoir la forme pour donner le meilleur de soi-même tous les soirs ! C'est délicat mais qu'y a-t-il de plus excitant ? Autant individuellement (se retrouver sur la route est un bon miroir pour soi-même) que collectivement parlant, puisque l'aventure est au bout du chemin et qu'il est question de symbiose du groupe en situation. À ce niveau-là, je pense que l'on peut parler de magie. Et chaque soir donc, il y a la scène et je crois que c'est la meilleure dope qui existe !
En dehors de tout ça, que demande le Peuple ?
Sûrement pas que de l'herbe et sûrement pas un pays ultra libéral et sécuritaire à la mode Sarkozy.
Vos vux pour 2005 ?
Moins de télé, plus de révolte et de défense des acquis sociaux. Et en ce qui nous concerne, simplement continuer à faire de la musique à notre sauce, pourquoi pas à terme aux 4 coins de la planète.
Laurent Zine
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