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Le Ballet de l'Opéra de Lyon présente une nouvelle entrée à son répertoire, Limb's theorem, de William Forsythe. Un point d'ancrage de plus dans cette belle histoire qui unit le Ballet et ce génial chorégraphe puisqu'il s'agit de la 8ème pièce transmise. Le "Maître" n'est pas à Lyon, mais c'est Noah Gelber, danseur et maître de ballet (entouré de Jill Johnson et Christopher Roman) qui remonte la pièce pour les danseurs. Au cur d'une répétition du mois d'août, l'enthousiasme et l'envie sont impressionnants !
Limb's theorem est constitué de 3 parties différentes et date de 1990, quelles en sont les particularités ?
Les pièces de William sont très liées à la chronologie de son travail, parce qu'il évolue à chaque fois et spécialement sur cette période de 86 à 96. C'est certainement une pièce plus classique, mais elle correspond aussi à une période forte où il est en train de déstructurer la technique classique et où il développe beaucoup le travail d'improvisation, d'une façon plus maîtrisée et plus compliquée. Ici, la partie improvisation est très importante. Elle s'appuie sur des techniques et des contraintes développées par le Ballet de Francfort, que les danseurs du Ballet de Lyon ont parfaitement intégrées, et qui leur permettent d'exprimer une plus grande créativité, d'affirmer leur personnalité.
La musique est de son complice Tom Willems, et il a lui-même créé les lumières !
Oui, la musique est électronique avec toutes sortes d'émotions et elle est fondamentale. Il y a des passages calmes, d'autres presque sans musique, d'autres très violents, avec une évolution des mouvements sur des sons très forts, très hauts, explosifs. Le travail sur la lumière est fascinant car William joue avec toutes ses sources. Il la pose au centre de la scène, en direction du public, la suspend, la projette au ras du sol avec des variations et tout cela influe sur notre vision des corps qui apparaissent ou disparaissent en partie.
On dit de cette pièce qu'elle explore "l'abandon total du corps à l'espace" !
William a choisi de travailler surtout avec les danseurs classiques parce qu'il veut utiliser la technique classique pour aller vers autre chose, et ça fait partie de notre travail, à moi, Chris et Jill, comme maîtres de ballet, de les emmener ailleurs. Normalement, un maître de ballet n'est là que pour montrer les pas, et avec Forsythe, ce n'est plus ça. Un jour, il m'a dit : "ça ne m'intéresse pas qu'ils reproduisent exactement les pas montrés. Je veux qu'ils se jettent dans la forme des pas pour aller plus loin, qu'ils s'éclatent, qu'ils se perdent complètement dans le mouvement". Cela signifie lâcher toutes les mauvaises habitudes apprises dans les classes classiques (rigidité, axe et poids du corps, contractions musculaires
), lâcher toutes les émotions enfouies, pour aller retrouver le mouvement naturel et le plaisir de danser. Mais se perdre, c'est aussi pour le public, ne pas chercher une explication à chaque mouvement, se laisser aller, rester ouvert, avoir une expérience du mouvement pur, et se perdre dans les mouvements des danseurs.
Pourquoi cette pièce est-elle transmise au Ballet de l'Opéra de Lyon ?
Il y a la complicité entre William Forsythe et Yorgos Loukos et surtout cette grande ouverture du Ballet sur d'autres approches chorégraphiques, qui fait qu'il a une réelle compréhension de son travail, plus que d'autres compagnies. Après le Ballet de Francfort, c'est la seule et deuxième compagnie au monde à recréer Limb's theorem. C'est la 6ème fois que je viens ici, et je suis toujours impressionné par la rapidité avec laquelle les danseurs absorbent l'information. Ils sont prédisposés à ce genre de travail, ils n'ont pas peur et comprennent au-delà de la technique. Et je suis très heureux de leur transmettre le travail de William, car cette rencontre a changé ma façon d'être et de penser, d'exprimer mes émotions. J'ai envie de leur donner tout ce que j'ai compris, tout le plus que j'ai reçu de cette expérience pour qu'elle leur serve le mieux possible !
Martine Pullara |