ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall

MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks

OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa

NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  NOVEMBRE N°109  


 

Michel Raskine
Mère & fils dans la nuit blanche


Plus de quinze ans après la création de Kiki l'indien, Michel Raskine, metteur en scène et directeur du Théâtre du Point du Jour, a commandé une seconde pièce à Joël Jouanneau, auteur et metteur en scène. C'est Mère & fils, créé en octobre, repris en novembre et décembre.
Le 13 octobre, soir de première. Les spectateurs du théâtre grimpent les premières marches du théâtre du Point du Jour, investissent le hall vermillon, piqué d'ampoules, papotent, puis cherchent la place idéale, libre, dans la salle noire encore éclairée. Murmures. Soir de première. Du haut des marches, Michel Raskine jette un coup d'œil furtif. Sur la scène, la toile d'un rideau noir masque l'horizon, excepté, au sol, ce croissant de lune immaculé sur lequel est installée une minuscule reproduction. Ce n'est pas une cabane de plastoc, ni même la masure des trois ours, mais l'archétype de la maison, de celle que les enfants dessinent à la maternelle, posée sur une langue blanche. Une page ?
"Un texte nouveau, c'est comme une terre vierge", disait Raskine l'été dernier, avant de commencer les répétitions de Mère & fils qu'il avait commandée à Joël Jouanneau un an plus tôt. Ce premier tableau, tel un préambule, présente aussi les dominantes du spectacle à venir, le noir et le blanc, couleurs de l'écriture de Jouanneau, et du clavier de piano (le fils joue Chopin), le blanc et le noir des décors et des costumes, sans compter la nuit et même, parfois, les gestes et les voix des comédiens David Mambouche et Marief Guittier. Noir sur blanc. Le rideau noir se lève et découvre un cercle de cailloux blancs, au sol, au centre.
Le spectacle raconte une nuit blanche, celle de la Saint-Jean, en 1973, où une mère et son fils se retrouvent après sept années d'absence et, toujours, autour de l'absence du père, Verschueren, disparu avant la naissance du petit. Elle a imposé la nuit à son fils qui a sollicité l'entretien pour, dit-elle, éviter les regards des villageois de Saint-André-du-Loing où elle habite. Une nuit blanche, ce n'est pas trop pour s'approcher à nouveau, s'aborder et se tancer. Il entendra d'elle le secret de guerre qu'il venait chercher, le souvenir de cet enfant juif livré aux Allemands par les villageois. Elle sera bien obligée d'entendre le secret que son fils a découvert. Et de secret en révélation, de monologues en dialogues intraitables, mère et fils dévoreront la nuit, comme la mise en scène, à la fois gourmande et sobre, semble croquer le texte de Jouanneau. Pas de débordement, sur scène, mais une manière d'aisance et des éclats lumineux, dans un espace qui s'organise autour du cercle de cailloux blancs, devant la silhouette de papier d'une maison. Mère et fils, dans leur solitude, s'atteignent par moments. Marief Guittier, à qui la pièce a été dédiée, incarne la douleur sans renier la drôlerie. Elle figure parfois une certaine désincarnation puis, l'instant suivant, met les pieds dans le réel et la sensualité. Face à elle, David Mambouche qui espère jouer "un personnage dans lequel le spectateur devrait pouvoir projeter son écoute", n'en reste pas au stade du miroir. Il permet au contraire à son personnage d'exister pleinement et de tenir le crachoir à sa mère. Pas mal. Elle le mérite.
Au bout de la nuit, alors qu'approche ce "point du jour" décisif pour les personnages, le rythme se fait moins alerte, voire, plus lent. Le principal s'est dit, chacun s'est rassuré de l'amour de l'autre, de cette impossibilité de revivre ensemble, aussi. Les gestes retrouvent leur gaucherie. Mère et fils se quittent finalement.
Mais ce n'est pas fini... Reste le retour annoncé jamais arrivé du troisième personnage de la famille. Un drapeau bleu, blanc, rouge, un homme qui refait quinze fois son entrée. Est-ce une blague ? La même pièce ? Un pied de nez de fin de nuit ? "Si je vous ai perdu en route, ne faites surtout pas demi tour, c'est que vous êtes sur le bon chemin", lance le malin, incarné par Christian Ruché, l'ancien Kiki de la pièce d'avant, celui qui se prenait pour un indien. Vous me suivez ? C'est justement la suite. A voir.

Florence Roux