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Parmi les spectacles qui ont marqué la saison des Subsistances l'an dernier (on espère retrouver très vite le bouleversant artiste américain Keith Hennessy), deux pièces de Mark Tompkins y figuraient : Song and dance, un solo drôle et émouvant mêlant une mémoire collective aux sensations de l'artiste après le spectacle, dans les coulisses et Sept Voiles une performance, comme le cri d'une violence féminine. Le chorégraphe américain (vivant en France depuis très longtemps), revient cette fois-ci avec Animal, qui met en scène un arbitre et 5 hommes sur un ring. Autodidacte, homme de théâtre avant d'être mis dans la catégorie chorégraphe, il travaille avec d'autres artistes, plasticiens, vidéastes autour de performances et rencontres, et mène depuis de nombreuses années une recherche sur l'improvisation et la composition instantanée. Mais quelle que soit la forme et le contenu de ses spectacles, le corps en est toujours le point de départ !
L'idée d'Animal ?
Animal est né pendant un stage de composition instantanée, effectué dans la nature, en forêt, un lieu où j'emmène très souvent des gens pour travailler sur des sensations, des perceptions comme par exemple, le toucher, l'ouïe, l'odorat. J'ai demandé à des participants de travailler sur la relation dans la lutte et en même temps avec une autre idée de l'ordre de la caresse. C'est autour de ces deux énergies que l'on a fait une performance et de là est venue l'idée de travailler sur une pièce, avec plusieurs personnes.
Et vous avez réellement appris la pratique de la lutte ?
Oui, parce que si l'on a cherché la matière dans la nature, on a voulu aussi la chercher dans le studio. Et chose extraordinaire, j'ai trouvé dans un village à côté du mien, en Franche-Comté, un professeur qui nous a donné des cours de lutte gréco-romaine et de lutte libre. Je n'y connaissais rien en dehors de ce que je pouvais voir à la télévision. Apprendre les règles, les prises, m'a apporté d'autres éclairages sur le sens du mot lutte. On y apprend, entre autres, que la relation vainqueur/ vaincu peut se jouer dans une plus grande subtilité qu'une brutale violence.
On est juste dans la dualité de la puissance face au sensible, ou c'est plus compliqué que ça ?
C'est plus compliqué que ça, parce qu'on est dans la lutte, le pouvoir, la domination. Je ne sais pas ce qu'il va en rester parce que beaucoup de choses s'ajoutent dans le spectacle au fur et mesure qu'on avance, mais le point de départ pour moi, a été les évènements du Trade Center qui m'ont beaucoup marqués, lié au fait que je déteste la politique de Bush. Mes réflexions, mes émotions me renvoient ainsi à la question du pouvoir et de la domination. J'ai pris le rôle de l'arbitre dans ce match, du père, de l'autorité, de celui qui dresse et je vais me retrouver face à des mecs qui vont devenir des lutteurs. Il y aura dans la structure du spectacle, le côté outrancier du match, avec les costumes extravagants, la parade, le délire, tout ce qui est faux. Et puis on passera à un deuxième temps, celui de l'action, là où les confrontations vont se faire, avec ce mélange de volonté de puissance et de ce qu'est l'être humain quand il enlève toutes ses couches, pour se retrouver dans des états ou des émotions qu'il ne connaît pas lui-même.
Il fallait l'espace du ring pour travailler autour de la notion de lutte ?
Les spectateurs seront assis sur 3 côtés, le quatrième en fond de scène, ce sont les loges des lutteurs. Oui, l'espace du ring était inévitable parce que je voulais que le public soit plongé dans l'atmosphère particulière du match, qu'il soit vraiment très près des lutteurs, des enjeux de la lutte et de toutes les émotions qui vont naître à partir de là. Qu'il soit voyeur, témoin, qu'il prenne parti dans cette émergence de l'humain et de l'animalité !
Martine Pullara |